ASML affirme avoir atteint 1 000 watts de puissance EUV en continu dans des conditions proches de l’usine, un cap qui pourrait doper la production de puces par machine et renforcer sa position au cœur de l’industrie mondiale.
On parle souvent de puces comme d’un truc abstrait, mais tout se joue dans une usine, à coups de lumière et de précision. ASML explique avoir poussé sa source EUV à 1 000 watts, là où les systèmes récents tournent autour de 600 watts. La promesse est brutale : plus de wafers par heure, moins de temps d’exposition, et un coût par puce qui baisse. Derrière, il y a aussi une course géopolitique, des restrictions d’export, et des rivaux américains et chinois qui veulent casser le monopole.
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Le chiffre qui change tout : 1 000 watts en continu, pas un pic de labo
ASML ne vend pas un feu d’artifice. L’entreprise parle d’un faisceau EUV poussé à 1 000 watts en continu, obtenu dans un environnement de test qui se veut proche d’une configuration usine. L’enjeu est simple : si la puissance est stable, les fabricants de puces peuvent réduire le temps nécessaire pour graver chaque couche, donc augmenter le débit de production sans multiplier les machines. Et dans un monde où une seule machine EUV est un actif stratégique, gagner du débit, c’est gagner du temps et de l’argent. 1 000 watts, débit, coût.
L’EUV expliqué sans magie : graver au-delà de l’invisible
L’EUV, c’est une lithographie qui utilise une lumière à 13,5 nanomètres. À cette longueur d’onde, on peut dessiner des motifs sur silicium d’une finesse extrême, à l’échelle de quelques dizaines d’atomes. L’intérêt n’est pas seulement la miniaturisation, c’est aussi la capacité à produire des transistors plus denses et plus performants. Cette technologie est devenue une clé industrielle, parce qu’elle permet de tenir la cadence du progrès en fabrication. Et comme ASML est aujourd’hui le seul fournisseur de systèmes EUV commercialement viables, chaque pas en puissance se transforme en levier industriel. EUV, 13,5 nm, miniaturisation.

La recette est violente : étain en pluie, laser CO2 et plasma
Pour fabriquer cette lumière EUV, ASML ne branche pas une ampoule. La machine projette des gouttelettes d’étain fondu à une cadence d’environ 100 000 par seconde, puis un laser CO2 les frappe en plein vol. L’impact transforme l’étain en plasma extrêmement chaud, comparé à la surface du Soleil, et ce plasma émet les photons EUV recherchés. Ensuite, des miroirs spécialisés, fournis par Zeiss, collectent et dirigent ce rayonnement vers le wafer. Le point clé est que tout doit être synchronisé : gouttelette, impulsion laser, capture optique, stabilité. Plus on pousse la puissance, plus chaque défaut devient un point de rupture. étain, laser, plasma.
Le truc qui débloque 1 000 W : doubler le rythme et façonner la goutte
ASML explique que deux changements ont été décisifs : augmenter la fréquence des gouttelettes et ajouter une seconde impulsion laser dite de mise en forme, au lieu de se contenter d’un seul tir. Dit autrement, on prépare mieux la cible avant de la vaporiser, et on augmente le rythme du processus. La nuance importante est industrielle : l’entreprise affirme que cette évolution reste compatible avec l’architecture existante. C’est un message pour les clients : pas besoin de réinventer tout le système, on améliore une plateforme déjà maîtrisée. Cette compatibilité est aussi une arme face aux concurrents : améliorer vite sans tout casser. double impulsion, cadence, compatibilité.
Ce que ça change en usine : de 220 à plus de 330 wafers par heure
Les systèmes de production récents sont annoncés autour de 220 wafers par heure avec une source EUV de 600 watts. Avec une source à 1 000 watts déployée avant 2030, ASML vise un débit au-delà de 330 wafers par heure. Chaque wafer contient des centaines à des milliers de puces selon le design, donc le gain se répercute très vite sur la production globale. La puissance plus élevée réduit aussi le temps d’exposition, ce qui fait baisser le coût par puce en théorie. Pour les fondeurs, c’est le nerf de la guerre : produire plus avec le même capital. wafers, productivité, coût par puce.
L’après 1 000 W : 1 500 W, 2 000 W et la vraie limite
ASML laisse entendre que les principes de design pourraient monter plus haut, vers 1 500 watts voire 2 000 watts. Mais ce genre d’annonce vient avec une réalité physique : plus on pousse, plus la chaleur, les débris, l’usure des composants et la stabilité du faisceau deviennent des ennemis. La puissance n’est pas un bouton volume. C’est une bataille de matériaux, de contrôle, de fiabilité sur des milliers d’heures. Le futur dépendra donc autant des conducteurs, de la propreté interne, et des systèmes de protection que de la puissance brute. 1 500 W, 2 000 W, fiabilité.
La pression monte : startups américaines, efforts chinois et guerre des exportations
Ce cap de 1 000 watts est aussi une réponse à une compétition qui se durcit. Des programmes de recherche en Chinetentent de reconstruire une filière EUV domestique, pendant que des startups américaines comme Substrate et xLight lèvent des fonds pour proposer une alternative. L’administration américaine a même évoqué jusqu’à 150 millions de dollars, soit environ 128 millions d’euros, pour soutenir xLight. En parallèle, les États-Unis et les Pays-Bas ont renforcé des restrictions de transfert de technologies vers la Chine, ce qui accélère les efforts chinois. Dans ce contexte, chaque gain de productivité renforce le verrou industriel d’ASML, mais alimente aussi la motivation des rivaux. concurrence, exportations, souveraineté.
| Puissance EUV | Débit annoncé | Ce que ça implique |
| 600 W | ~220 wafers/heure | Niveau production actuel |
| 1 000 W | >330 wafers/heure | Jusqu’à 50 % de production en plus |
| 1 500 à 2 000 W | objectif long terme | Gains possibles, défis de fiabilité |
Source : ASML

