Aqara lance la G350, première caméra compatible Matter 1.5, mais l’expérience réelle ressemble encore à une bêta: beaucoup de promesses, peu de fonctions, et un détour obligatoire par SmartThings.
Matter devait simplifier la maison connectée en unifiant les marques. Pour les caméras, c’est le terrain le plus sensible: vidéo, confidentialité, stockage, automatismes. Aqara ouvre le bal avec une caméra 4K pan-tilt bardée de capteurs, vendue autour de 130 € et annoncée “universelle”. Sauf qu’en mars 2026, l’universalité s’arrête net: seule l’app Samsung SmartThings sait vraiment l’accueillir en Matter.
Le standard qui promettait enfin une caméra “comme une ampoule”
Sur le papier, Matter devait être la colle qui manquait entre vos appareils. Une ampoule se pilote partout, une prise aussi, pourquoi pas une caméra. L’arrivée du support caméra dans Matter 1.5 a vendu cette idée: gérer la vidéo et les réglages clés depuis une seule app, sans repasser systématiquement par le fabricant. Dans la vraie vie, c’est exactement l’inverse aujourd’hui: les caméras restent enfermées dans leurs apps, et l’écosystème se fragmente à coups de services propriétaires. Avec la G350, Aqara teste la promesse “une caméra, un standard, plusieurs plateformes”. Le problème, c’est que la plupart des plateformes n’ont pas encore suivi.

Une fiche technique qui coche presque toutes les cases
La G350 est une caméra intérieure pan-tilt qui joue les couteaux suisses. Double optique, une 4K grand-angle et une télé 2,5K, zoom hybride jusqu’à 9x, couverture à 360 degrés avec suivi automatique des personnes et des animaux. Aqara ajoute un volet physique qui ferme l’objectif quand la caméra est désactivée, un détail simple mais fort côté confidentialité. La caméra peut stocker localement via microSD, diffuser en RTSP vers un NVR ou Home Assistant, et proposer du cloud chiffré de bout en bout via son service. Sur le terrain, c’est un produit pensé pour cohabiter avec plusieurs univers, HomeKit Secure Video, Alexa, Google Home, sans demander au foyer de choisir un camp.
Une installation qui ressemble à une petite opération de maintenance
Là où Matter promettait “scan et c’est fini”, la réalité se joue en plusieurs actes. Hors boîte, la G350 peut se comporter comme un hub au lieu d’être reconnue comme une caméra, ce qui casse la promesse de simplicité. La solution la plus stable consiste à l’ajouter d’abord dans l’app Aqara, puis à enchaîner les mises à jour de firmware jusqu’à voir apparaître le support Matter 1.5. Ensuite seulement, vous pouvez l’exposer à SmartThings via le multi-admin. Autrement dit, Matter fonctionne, mais à condition de passer par le fabricant, au moins au départ. Pour un utilisateur avancé, c’est une gêne. Pour un grand public, c’est un frein.

Ce que SmartThings sait faire aujourd’hui, et ce qui reste grisé
Une fois la caméra liée à SmartThings, l’expérience est étonnamment “télé”. Le flux live démarre vite, la latence est faible, le talkie-walkie fonctionne correctement, et un instantané se prend en un tap. Mais les boutons qui font rêver restent souvent inactifs. Les contrôles de pan, tilt et zoom peuvent apparaître sans répondre. L’onglet historique peut afficher une frise… vide, même avec une microSD. Et la bascule “enregistrer sur mouvement” peut rester non fonctionnelle. On a donc une caméra “Matter” qui, pour l’instant, sert surtout de moniteur en direct. C’est utile, mais très loin d’une gestion complète.

Ce que Matter promet sur les caméras, et ce que la G350 n’active pas encore
Le plus frustrant, c’est que la liste des fonctions prévues est claire. Matter autorise le streaming audio vidéo, la commande PTZ, les zones de détection et de confidentialité, l’enregistrement en continu ou sur événement, et la consultation des clips dans l’app de la plateforme. Sur la G350, une partie de ces briques est présente mais pas “débloquée” côté intégration. Aqara indique que certains points, comme le pan-tilt en Matter, devraient arriver via mise à jour.
| Fonction | Promesse Matter 1.5 | État constaté sur la G350 dans SmartThings |
| Vidéo en direct | Oui | Oui, rapide et stable |
| Parler et écouter | Oui | Oui, audio correct |
| Pan tilt zoom | Oui | Boutons visibles, souvent inactifs |
| Historique et enregistrements | Oui | Timeline “pas d’historique” |
| Zones et réglages avancés | Oui | Partiel, dépend des mises à jour |
Les options “hors Matter” qui sauvent déjà la caméra
Le point à retenir: la G350 n’est pas inutile, elle est juste plus mature dans l’écosystème Aqara que dans l’écosystème Matter. Dans l’app maison, les alertes intelligentes et les fonctions avancées existent davantage, détection, réglages fins, parfois reconnaissance selon l’offre. Le stockage local via microSD est une vraie corde à son arc, et le RTSP ouvre la porte à des usages autonomes sans cloud. C’est aussi un appareil hybride: chez Aqara, la G350 peut servir de hub Zigbee, de contrôleur, de pont et de routeur Thread, ce qui en fait un nœud de maison connectée et pas seulement une caméra.

Pourquoi cette “première” compte, même si elle déçoit
L’arrivée d’une caméra Matter met enfin un pied dans une pièce où tout le monde verrouille: la vidéo. Si SmartThings est seul aujourd’hui, c’est déjà un signal: quelqu’un a commencé à câbler l’écosystème. Le gain potentiel est énorme: un seul tableau de bord, des automatismes plus fins, et une meilleure cohérence entre marques. Mais tant que les fonctions clés restent incomplètes, l’utilisateur vit une version “vitrine”, pas une révolution. La G350 montre surtout une chose: l’interopérabilité ne se décrète pas, elle se déploie par étapes, avec des mises à jour, des compromis, et une patience que tout le monde n’a pas.
Sources :
- The Verge
- Matter

