Le Japon vient de réussir la première mondiale de l’électricité solaire spatiale : le projet OHISAMA a transmis de l’énergie depuis l’espace vers la Terre et vise 1 GW disponible sans interruption

Le Japon vient de réussir la première mondiale de l'électricité solaire spatiale : le projet OHISAMA a transmis de l'énergie depuis l'espace vers la Terre et vise 1 GW disponible sans interruption

Un satellite japonais a déjà envoyé de l’électricité solaire vers la Terre lors d’un test en 2025, à petite échelle, autour de 1 kilowatt.

Maintenant, Tokyo veut passer à l’étape qui compte vraiment, recevoir ce flux au sol, le convertir, puis l’utiliser comme une électricité “normale” sur un site de réception. Le projet s’appelle OHISAMA, “soleil” en japonais, et il vise une démonstration qui se veut une première mondiale sur la chaîne complète, de la production en orbite jusqu’à l’usage au sol. Derrière l’annonce, il y a une promesse simple, produire une énergie disponible presque tout le temps, sans nuages, sans nuit, avec une intensité lumineuse bien supérieure à celle au sol. Mais il y a aussi une réalité plus rugueuse, la transmission par micro-ondes doit rester précise, sûre, et surtout rentable, ce qui n’est pas gagné quand il faut envoyer des infrastructures gigantesques dans l’espace.

OHISAMA vise une réception au sol après un test à 1 kW

Le principe du SBSP, space-based solar power, tient en trois étapes. D’abord, des panneaux solaires en orbite captent la lumière, ensuite l’électricité est convertie en faisceau, puis ce faisceau est récupéré au sol par une antenne dédiée. Dans le cas japonais, la transmission est pensée en micro-ondes, une option jugée plus mature pour viser des puissances utiles. Le jalon, ce n’est pas “voir un signal”, c’est faire tourner quelque chose au bout.

Le test 2025 a servi de preuve de concept, un petit satellite d’environ 180 kg, un panneau d’environ 2 m, et une puissance envoyée proche de 1 kW vers une zone de réception au Japon. À ce niveau, on alimente des équipements, pas une ville, mais l’intérêt est ailleurs, valider l’alignement, la conversion, et la capacité à récupérer une énergie exploitable plutôt qu’un simple écho détecté par des instruments.

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La mission annoncée pour l’exercice 2026 doit aller plus loin dans la démonstration, avec un lancement prévu sur une petite fusée, Kairos 5, opérée par Space One. Et là, petite nuance qui compte, le calendrier dépend du lanceur. Dans l’espace, une feuille de route n’est jamais qu’une feuille de route, si la fusée n’est pas au rendez-vous, l’expérience attend, et la crédibilité politique avec.

Japan Space Systems projette 1 GW depuis 36 000 km

Le scénario de long terme est nettement plus ambitieux. Une architecture étudiée par Japan Space Systems évoque des panneaux solaires d’environ 2,5 km déployés en orbite géostationnaire, à près de 36 000 km d’altitude. Au sol, il faudrait une antenne de réception d’environ 4 km de diamètre, puis injection dans le réseau électrique. On n’est plus dans la démonstration, on parle d’un équipement industriel, visible, planifié, et politiquement sensible.

Sur le papier, une unité pourrait viser environ 1 gigawatt. Les promoteurs expliquent que cela représenterait plus de 10% de la consommation annuelle d’électricité de Tokyo. Dit autrement, l’objectif n’est pas de “compléter” l’éolien ou le solaire au sol, mais de proposer une production pilotable, proche d’un socle permanent. L’argument mis en avant est le facteur de charge, l’espace n’a ni météo, ni alternance jour-nuit au même sens.

Le Japon n’arrive pas de nulle part. Le pays travaille sur ces sujets depuis les années 1980, avec des essais historiques comme MINIX en 1983, puis des tests autour d’antennes à réseau phasé en 1993. Kyoto University est souvent citée sur la transmission sans fil par micro-ondes. Naoki Shinohara rappelle une idée simple, si la demande électrique augmente, le sol seul finira par être contraint, donc l’espace devient une option. C’est une vision, pas une garantie économique.

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Caltech a détecté un signal, le Japon veut de l’électricité utilisable

Dans la compétition technologique, les États-Unis ont déjà avancé. En 2023, une démonstration menée par Caltech a réussi une transmission d’énergie à courte distance dans l’espace et la détection de signaux micro-ondes au sol. Mais l’expérience ne visait pas à fournir une puissance exploitable sur Terre. C’est précisément l’écart que le Japon veut combler, passer du “on capte quelque chose” au “on alimente quelque chose”, avec une conversion et un usage mesurables.

Le discours pro-SBSP insiste sur le “baseload”, une production stable, et sur une donnée frappante, la lumière solaire dans l’espace peut être jusqu’à 13 fois plus intense qu’au sol. Les défenseurs y voient un moyen de répondre à des pénuries, mais aussi d’alimenter des missions lunaires. Une station orbitale pourrait envoyer de l’énergie là où poser des câbles est impossible. Sur le terrain, ça peut aussi servir à des zones isolées ou sinistrées, si le coût suit.

La critique, elle, est directe, l’échelle industrielle coûtera très cher à lancer et à assembler. Les estimations disponibles soulignent que l’électricité spatiale reste plus onéreuse que le solaire ou l’éolien terrestres, sans même compter l’acceptabilité d’une grande antenne de réception. Et il y a un détail opérationnel souvent oublié, les démonstrations peuvent durer quelques minutes, parce qu’une batterie se vide vite, puis il faut du temps pour recharger. Entre la prouesse et le modèle économique, il y a encore un fossé.

Sources

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