Le calendrier de la NASA pour refaire marcher des astronautes sur la Lune en 2028 se heurte à un problème très concret, il manque l’équipement le plus basique pour sortir du module et travailler au sol, la combinaison.
Sur le papier, Artemis IV doit marquer le premier retour habité sur la surface lunaire depuis 1972, avec une semaine d’opérations près du pôle Sud. Dans les faits, la disponibilité des combinaisons et la façon de les tester à temps deviennent un point de fragilité majeur. Le contraste est saisissant, la communication du programme Artemis parle d’un rythme soutenu et d’une présence durable, mais les verrous technologiques s’empilent. Les combinaisons de nouvelle génération ont déjà pris du retard et le planning global a glissé, de 2024 à 2028. Et comme l’alunisseur prévu, le Starship lunaire, est lui aussi en développement, chaque mois perdu sur un sous-système se répercute sur tout le reste, du budget aux entraînements.
Le calendrier Artemis glisse de 2024 à 2028
Le retour américain sur la Lune a été annoncé avec une date qui a beaucoup bougé. Au départ, l’objectif affiché était 2024. Puis le jalon a été repoussé, année après année, jusqu’à viser désormais 2028 pour une mission habitée de surface. Ce glissement n’est pas un détail de communication, il traduit des dépendances techniques, des arbitrages budgétaires et des tests qui n’arrivent pas à tenir le rythme prévu.
Dans la feuille de route évoquée publiquement, Artemis III est positionnée en 2027 comme une étape d’essais, avec des opérations en orbite terrestre, dont des scénarios d’amarrage et de préparation. Début 2028, Artemis IV est présentée comme la première mission habitée sur la Lune depuis 1972, avec l’envoi de deux astronautes à la surface pour une semaine près du pôle Sud, puis un retour sur Terre.
Ce calendrier est ambitieux parce qu’il enchaîne des systèmes qui doivent tous être prêts en même temps. Il ne suffit pas d’avoir une fusée et une capsule, il faut aussi un alunisseur opérationnel, des procédures d’EVA, des moyens de communication, des consommables, et des équipes entraînées sur des scénarios réalistes. Quand une brique prend du retard, l’ensemble du planning devient plus fragile, surtout quand il reste peu de marges.
Un spécialiste interrogé dans l’écosystème spatial résume souvent le problème par une phrase simple, la Lune, c’est un système de systèmes. Marc, ingénieur en opérations spatiales, décrit le piège, tu peux avoir Orion prêt, si l’alunisseur n’est pas au rendez-vous ou si l’EVA n’est pas qualifiée, tu ne poses personne au sol. La conséquence est immédiate, l’agence doit gérer un calendrier qui se veut offensif, tout en acceptant que la chaîne complète n’est pas encore stabilisée.
Les combinaisons xEMU accusent un retard reconnu par l’OIG
Le sujet des combinaisons n’a rien d’anecdotique, c’est l’interface directe entre l’astronaute et un environnement très hostile. La nouvelle génération, connue sous le nom xEMU, est censée offrir plus de mobilité et des mouvements plus fluides que les équipements hérités de l’ère navette ou ISS. Sauf que la conception et la qualification prennent du temps, et un rapport du Bureau de l’inspecteur général de la NASA a acté un décalage majeur.
Selon les éléments déjà rendus publics, ces combinaisons ne devaient pas être prêtes en 2024. Le meilleur scénario évoqué les plaçait au plus tôt courant 2025, avec une échéance mentionnée autour d’avril 2025. La pandémie de Covid-19 a été citée comme facteur explicatif, mais les difficultés techniques imprévues sont décrites comme la cause principale d’un programme lancé depuis près de quinze ans. Dit autrement, le retard n’est pas un simple trou d’air.
Le problème, c’est que la combinaison n’est pas qu’un vêtement, c’est un véhicule personnel. Il faut qualifier la protection thermique, la résistance à l’abrasion de la poussière lunaire, la capacité à se relever, à manipuler des outils, à gérer la fatigue, à maintenir la pression, à évacuer la chaleur. Chaque fonction se teste, se corrige, puis se reteste. Et ces cycles de validation prennent d’autant plus de temps que la Lune impose des exigences différentes de l’orbite basse.
Marc, qui a travaillé sur des procédures d’EVA en environnement analogique, pose une critique qui dérange, on parle souvent de fusées, mais une EVA ratée, c’est un risque opérationnel immédiat, pas un simple retard. Il nuance aussi, une combinaison plus mobile est une bonne nouvelle, mais pas si elle arrive trop tard pour l’entraînement. Sans équipement stabilisé, les astronautes répètent sur des prototypes, et chaque modification ensuite oblige à réécrire des procédures, à refaire des sessions, et à revalider des gestes.
Artemis III doit tester les combinaisons en orbite terrestre
La feuille de route évoque un point clé, Artemis III en 2027 doit servir de marche d’essai, notamment pour valider des opérations en orbite terrestre avant de tenter une mission de surface. L’idée est pragmatique, tester des briques critiques plus près de la Terre, avec des options de repli plus simples qu’en route vers la Lune. Dans ce cadre, il est aussi question de tester les combinaisons destinées à la Lune lors d’un voyage autour de la Terre.
Sur le papier, c’est logique, on ne veut pas découvrir un défaut majeur au moment où deux astronautes doivent passer une semaine près du pôle Sud lunaire. Mais ce choix révèle une contrainte, si les combinaisons ne sont pas prêtes assez tôt, le test de 2027 devient lui-même difficile à tenir. Et si le test est réduit, reporté ou fait sur une version non finale, la mission suivante hérite d’un risque supplémentaire.
Les opérations d’amarrage mentionnées dans les scénarios, avec un véhicule Orion qui tente de s’amarrer à un ou plusieurs atterrisseurs, sont un autre facteur de complexité. Une combinaison lunaire doit s’intégrer à la cabine, aux sas, aux interfaces de support-vie, aux check-lists, et aux contraintes de masse et de volume. Chaque changement de design, même mineur, a des impacts en cascade sur l’ergonomie, le rangement, le temps de préparation, et les consommables.
Un ancien instructeur de simulations, cité sous anonymat, décrit le point sensible, l’entraînement, c’est de la répétition, si l’objet change, tu perds des semaines. Marc ajoute un détail très concret, tu ne veux pas apprendre à gérer un gant trop rigide en dernière minute, parce que c’est là que tu casses un connecteur ou que tu perds un outil. Dans un programme où chaque jour de mission coûte cher, la maturité des procédures compte autant que la technologie.
SpaceX et le Starship lunaire ajoutent un risque de planning
Les combinaisons ne sont pas le seul verrou. Le principal problème identifié dans l’écosystème Artemis concerne aussi l’alunisseur, avec Starship de SpaceX pressenti pour assurer la descente et la remontée depuis la surface. Des experts indépendants ont averti que l’engin pourrait avoir des années de retard. Quand l’alunisseur dérive, tout le calendrier s’étire, parce que c’est lui qui conditionne la réalité d’un alunissage habité, pas seulement un survol.
Ce point est politiquement sensible, la NASA a misé sur un partenariat exclusif à un moment, puis le développement contrarié de Starship a nourri des doutes sur ce choix. Dans l’espace, la redondance est un luxe, mais elle évite de dépendre d’un unique chemin critique. Si l’alunisseur n’est pas prêt, les combinaisons peuvent être parfaites, on ne les utilisera pas sur la Lune. Et si les combinaisons ne sont pas prêtes, un alunisseur prêt ne suffit pas non plus.
Les missions ne se limitent pas à poser un drapeau. Selon la feuille de route, deux astronautes doivent rester une semaine près du pôle Sud. Cela implique des sorties extravéhiculaires répétées, de la collecte, des déplacements, la gestion de la poussière, et une logistique plus lourde qu’Apollo, même si la durée reste courte. Le risque, c’est de devoir réduire l’ambition opérationnelle pour s’adapter à ce qui est disponible, au lieu de ce qui est nécessaire.
Marc formule une nuance utile, SpaceX sait itérer vite, mais la NASA doit certifier, et les rythmes ne sont pas les mêmes. Il insiste sur un point, un véhicule en test peut accepter des compromis, une mission habitée doit documenter, prouver, valider. Ce décalage culturel n’est pas un drame en soi, mais il peut créer des effets de calendrier. Quand plusieurs partenaires avancent à des vitesses différentes, la date finale dépend toujours du plus lent, pas du plus rapide.
Orion, SLS et la préparation d’Artemis II montrent la fragilité du système
La préparation d’Artemis II illustre un autre aspect, même quand une mission approche, les vérifications peuvent révéler des surprises. Des éléments techniques ont déjà nécessité des corrections, comme un câble du système de vol remplacé après déformation, ou une vanne de pressurisation qui a posé problème. Ce sont des incidents gérables, mais ils rappellent que l’intégration finale, sur le pas de tir, reste un moment où le réel rattrape les plannings.
Le déroulé opérationnel décrit autour d’Artemis II est parlant, répétition générale, procédures répétées, possibilité de ramener la fusée et le vaisseau au bâtiment d’assemblage en cas de souci critique. Le trajet vers le pas de tir, sur plusieurs kilomètres, peut prendre une douzaine d’heures. Tout cela montre une culture de prudence, indispensable pour le vol habité. Mais cette prudence consomme du temps et de l’argent, et elle s’additionne aux retards des autres briques.
Dans ce contexte, viser un alunissage habité début 2028 tout en ayant des combinaisons en retard crée un dilemme. Soit on accélère au risque de rogner sur les tests, soit on maintient la rigueur et on accepte un nouveau décalage. La NASA sait ce que coûte une décision trop optimiste, l’histoire du spatial américain est remplie d’exemples où la pression du calendrier a été un mauvais conseiller. L’agence doit donc arbitrer entre ambition politique et discipline d’ingénierie.
Le débat dépasse la NASA. D’après des analyses relayées dans le secteur, l’après-Artemis II est pensé comme une montée en puissance vers une présence plus durable, avec des éléments de base lunaire évoqués pour la fin 2028. Si l’équipement EVA et l’alunisseur ne suivent pas, cette trajectoire devient plus théorique que pratique. Marc le dit de façon très directe, tu ne bâtis rien si tu n’es pas capable de sortir travailler dehors de manière répétable. Et pour l’instant, le calendrier reste suspendu à ces verrous.
À retenir
- Le retour habité sur la Lune est désormais visé pour 2028 après plusieurs glissements.
- Les combinaisons xEMU ont pris du retard, avec une disponibilité évoquée au mieux en 2025.
- Artemis III en 2027 est présenté comme une étape de tests, y compris pour les combinaisons.
- L’alunisseur Starship de SpaceX reste un facteur de risque, des experts évoquant des années de retard.
- Les préparatifs d’Artemis II illustrent la sensibilité du programme aux anomalies techniques.
Questions fréquentes
- Pourquoi des combinaisons retardent-elles une mission lunaire entière ?
- Parce qu’une mission de surface dépend des sorties extravéhiculaires. Sans combinaison qualifiée, impossible d’assurer la sécurité, la mobilité, la gestion thermique et la réalisation des tâches au sol. La combinaison est un système critique au même titre que l’alunisseur ou la capsule.
- Que prévoit la NASA pour tester les combinaisons avant 2028 ?
- La feuille de route évoque Artemis III en 2027 comme mission d’essais en orbite terrestre, avec l’objectif de tester des opérations et des équipements avant une mission de surface. L’idée est de réduire les risques en validant les procédures plus près de la Terre.
- Quel est le principal autre point de blocage en plus des combinaisons ?
- L’alunisseur, notamment Starship dans sa version lunaire. Des experts indépendants ont averti qu’il pourrait accumuler des années de retard, ce qui affecte directement la capacité à réaliser un alunissage habité dans les délais.
- Artemis IV doit-elle vraiment poser des astronautes sur la Lune en 2028 ?
- La planification évoquée place Artemis IV comme première mission habitée de surface depuis 1972, avec un séjour d’environ une semaine près du pôle Sud. Ce jalon reste dépendant de la disponibilité simultanée de l’alunisseur, des combinaisons et de l’ensemble des systèmes certifiés.
Sources
- Artemis : pourquoi les Américains ne retourneront pas sur la Lune avant 2025, voire 2028 ?
- Mission Artemis II : l’objectif d’un retour américain sur la Lune en 2028 est-il réaliste, malgré “des verrous technologiques très forts” ? – franceinfo
- La NASA est prête à retourner sur la Lune, une première mission est prévue pour le mois de février
- Après Artemis II, la NASA envisage d’établir une présence humaine permanente sur la Lune | National Geographic | National Geographic
- La NASA annonce 9 entreprises partenaires pour retourner sur la Lune – Numerama

