SpaceX a perdu un étage de Falcon 9 en janvier 2025 et il frappera la Lune à 8 700 km/h le 5 août 2026 : l’astronome Bill Gray l’a observé plus de 1 000 fois pour calculer l’heure d’impact

SpaceX a perdu un étage de Falcon 9 en janvier 2025 et il frappera la Lune à 8 700 km/h le 5 août 2026 : l'astronome Bill Gray l'a observé plus de 1 000 fois pour calculer l'heure d'impact

Un étage supérieur de Falcon 9 doit terminer sa course sur la Lune, en frappant la zone du cratère Einstein à environ 5 400 mph, soit près de 8 700 km/h.

L’impact est attendu le 5 août 2026 à 2 h 44 (heure de la côte Est américaine), selon les calculs d’un astronome spécialisé dans le suivi d’objets. Sur le papier, personne n’est en danger, la Lune n’abrite ni population ni infrastructures sensibles, et l’objet ne vise pas un site où opèrent des engins actifs. Mais l’épisode remet sur la table un sujet plus terre-à-terre, la gestion des débris. Parce que si un étage de fusée peut errer des mois dans une orbite proche de celle de la Lune, il peut aussi, un jour, croiser une mission au mauvais moment, et là, l’histoire ne se limite plus à un simple cratère.

Bill Gray prévoit un impact à 2 h 44 le 5 août 2026

Le scénario part d’un travail de trajectographie mené par Bill Gray, astronome et développeur du logiciel Project Pluto, utilisé pour analyser le mouvement d’objets en orbite. D’après ses calculs, l’étage supérieur incriminé frappera la surface lunaire à 2 h 44 (EDT) le 5 août 2026, près du cratère Einstein, à la frontière entre la face visible et la face cachée.

Ce point est important, parce que la précision annoncée ne repose pas sur une simple estimation. L’objet a été observé plus de 1 000 fois sur environ un an par différents relevés d’astéroïdes, alors qu’il tournoyait en restant à une distance globale comparable à celle de la Lune. Avec ce volume d’observations, Gray affirme pouvoir projeter l’heure et la zone d’impact avec une forte confiance, même si de petites influences, comme la pression de la lumière solaire, peuvent légèrement décaler la trajectoire.

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Nuance nécessaire, son rapport n’est pas présenté comme une publication académique évaluée par des pairs. Il indique avoir demandé à plusieurs astronomes de relire ses résultats, ce qui renforce la crédibilité sans la transformer en certitude absolue. En clair, on n’est pas dans un “flash” incontrôlable, mais on n’est pas non plus dans une annonce gravée dans le marbre scientifique, et c’est exactement ce qui alimente les discussions autour de la responsabilité.

La Terre se couche derrière la Lune, comme l'a observé la mission Artemis II. (Crédit image : NASA)
La Terre se couche derrière la Lune, comme l’a observé la mission Artemis II. (Crédit image : NASA)

L’étage supérieur de SpaceX dérive depuis la mission du 15 janvier 2025

L’objet en question est l’étage supérieur d’une fusée SpaceX, long d’environ 45 pieds (près de 13,8 mètres). Il provient du lancement du 15 janvier 2025, une mission qui a envoyé deux atterrisseurs commerciaux vers la Lune, Blue Ghost (Firefly Aerospace) et Resilience (ispace). Cet étage était censé revenir vers la Terre, mais il s’est retrouvé piégé sur une orbite très elliptique.

Depuis, il “traîne” dans l’espace cislunaire, sur une trajectoire influencée par la gravité de la Terre, de la Lune, du Soleil et des autres planètes. Ce n’est pas une dérive au hasard, c’est une mécanique céleste plutôt prévisible, ce qui explique qu’un suivi régulier permette d’anticiper une collision. Mais prévisible ne veut pas dire maîtrisé, et c’est là que le débat commence, parce qu’un objet non piloté reste un objet non piloté.

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À Mach 7, l’impact n’a rien d’un “atterrissage”. L’énergie libérée devrait être suffisante pour creuser un nouveau cratère ou modifier la zone d’impact, même si l’événement restera probablement invisible depuis la Terre. Les observateurs préviennent qu’un éventuel flash serait trop faible pour être repéré, même avec un grand télescope. Le vrai intérêt, s’il y en a un, se jouera après, quand des sondes pourront comparer un cratère frais à un terrain lunaire plus ancien.

Un crash sans danger immédiat, mais le débat sur les débris cislunaires s’installe

Les spécialistes cités dans les rapports insistent sur un point, ce choc ne représente pas de menace directe pour des personnes ou des appareils en service. La Lune absorbe régulièrement des micrométéorites, et un débris de fusée ne change pas l’équilibre global. Le sujet est plutôt politique et opérationnel, parce que l’épisode illustre une forme de “laisser-faire” dans la fin de vie des matériels, ce que Gray décrit comme une certaine négligence autour des débris spatiaux.

Le précédent de mars 2022 pèse aussi dans la discussion. Gray avait alors prédit l’heure d’un impact lunaire à quelques secondes près et la zone à quelques miles près, ce qui montre que ce type de prévision peut être robuste. Mais cet épisode avait aussi révélé les limites de l’attribution, puisqu’il s’était d’abord trompé sur l’origine, l’objet n’étant pas un étage de Falcon 9 mais un booster chinois. Autrement dit, on sait de mieux en mieux prévoir le “quand” et le “où”, mais l’identification et la traçabilité restent un angle mort.

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À mesure que les missions lunaires commerciales se multiplient, la question devient plus concrète, parce que l’espace entre la Terre et la Lune n’est plus un désert vide. Un ingénieur orbital, “Marc”, résume le malaise comme ça, tant qu’on vise un cratère vide, ça passe, mais le jour où une trajectoire croise un atterrisseur au mauvais moment, le coût n’est plus symbolique. C’est une critique qui ne vise pas une entreprise en particulier, mais une culture générale du “on verra plus tard” dans le cislunaire, alors que les trajectoires, elles, continuent d’évoluer.

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