Everllence prépare l’arrivée sur le marché de son moteur marin à ammoniac ME-LGIA, avec une première livraison annoncée au T1 2026.
Le jalon qui retient l’attention, c’est un fonctionnement validé à 100% de charge lors des essais, dans un programme qui vise à transformer l’ammoniac en carburant crédible pour la propulsion des grands navires. Derrière l’annonce, il y a une mécanique industrielle lourde, du banc d’essai à l’atelier, puis au chantier naval. L’entreprise décrit une phase de tests étendue, centrée sur la combustion, les émissions, les réglages moteur et la validation des systèmes de contrôle. Le calendrier reste serré, avec une montée en puissance jusqu’à mi-2025, puis une mise en service progressive, un point qui compte dans un secteur où la fiabilité se juge sur des milliers d’heures.

Everllence cale une livraison ME-LGIA au T1 2026
Le cap affiché est clair, Everllence vise une livraison au chantier au premier trimestre 2026 pour son ME-LGIA. Dans la séquence industrielle, ce moment n’est pas un simple envoi de matériel, c’est l’entrée dans une logique de série, avec des exigences de documentation, de procédures et d’intégration à bord. L’entreprise parle aussi d’une phase de bedding-in programmée fin 2025, un rodage qui sert à stabiliser les réglages avant l’exploitation commerciale.
Le moteur se place dans la continuité d’une gamme deux-temps dual-fuel déjà existante, avec une déclinaison liquid gas injection appliquée à l’ammoniac. Le message est simple, limiter les ruptures technologiques côté architecture, tout en changeant le carburant. Sur le papier, c’est une approche qui rassure les armateurs, parce qu’elle évite de repartir d’une feuille blanche. Dans les faits, il faut tout de même requalifier des éléments critiques, injection, sécurité, contrôle-commande.
Le programme s’appuie sur un historique de développement étalé sur plusieurs années. L’entreprise situe le démarrage des travaux dès 2019, avec des pré-études sur l’alimentation carburant et l’injection, puis des analyses de risques de type HAZID et HAZOP menées avec des sociétés de classification, des armateurs, des chantiers et des fournisseurs. Ce détail compte, parce que l’ammoniac est un produit toxique, et le passage à bord impose une acceptation réglementaire beaucoup plus structurée qu’un simple changement de fuel.
Un point à garder en tête, le calendrier T1 2026 reste une cible, pas une garantie gravée dans le marbre. Entre un moteur validé sur banc et un moteur accepté dans un navire, il y a la réalité des chantiers, des plannings de construction, et des arbitrages économiques. Les premiers déploiements vont donc servir de test grandeur nature, avec un enjeu immédiat, prouver que la performance tient dans la durée, pas seulement sur quelques campagnes d’essais.
Le banc d’essai de Copenhague valide 100% de charge à l’ammoniac
La séquence technique mise en avant repose sur des essais conduits au Research Centre Copenhagen, où le programme a franchi plusieurs étapes. Après des combustions confirmées sur un moteur de recherche, l’entreprise a enchaîné avec des tests monocylindre en 2023, puis une phase full-scale en 2024. L’objectif n’est pas seulement de faire tourner un moteur, c’est de comprendre le comportement de combustion, les émissions, et la capacité à régler finement l’ensemble sur des charges variées.
Le jalon le plus parlant pour le marché, c’est l’atteinte de 100% de charge sur ammoniac, annoncée lors d’essais début 2025. Dans un moteur marin deux-temps, la montée à pleine charge est un test de vérité, température, pression, stabilité de flamme, et tenue des composants. L’entreprise communique aussi sur une proportion élevée de carburant ammoniac, avec un mix à 95% mentionné pour une condition de référence à 100% de charge, un chiffre qui donne une idée de l’ambition côté substitution du fuel fossile.
La campagne ne se limite pas à ça marche. Elle vise aussi la validation d’éléments concrets, réglage moteur, validation d’atomiseurs, vérification du système de contrôle, et optimisation des paramètres. Les essais full-scale ont démarré en novembre 2024, avec une poursuite annoncée jusqu’à mi-2025. C’est long, mais c’est cohérent avec la complexité, l’ammoniac a des propriétés de combustion différentes, et la stabilité doit être prouvée sur des centaines de points de fonctionnement.
Un responsable du programme résume l’approche avec une formule qui revient souvent dans ce type de développement, la sécurité d’abord. Le groupe dit avoir réalisé plus de 800 tests entre Copenhague et le site de Mitsui E& S au Japon. C’est un volume qui signale un effort systématique, mais ça n’efface pas le risque de surprises en exploitation. Et c’est là que je nuance, les bancs d’essai accélèrent l’apprentissage, mais ils ne reproduisent pas totalement les contraintes d’un navire, variations de qualité carburant, opérations portuaires, maintenance réelle, équipages.
Les chantiers ciblent Eastern Pacific Shipping et Höegh Autoliner
Le passage au commercial se lit aussi à travers les premiers projets identifiés. Everllence mentionne des déploiements pilotes, avec Eastern Pacific Shipping et deux très grands transporteurs d’ammoniac, puis Höegh Autoliner avec quatre unités destinées à des transporteurs de véhicules. Un autre cas est cité au Japon, une installation sur un vraquier, associée à des essais sur banc chez Mitsui E& S. Dans le secteur maritime, ces noms servent de signal, ce sont des plateformes où l’on peut accumuler des heures et des retours terrain.
Le choix des segments n’est pas anodin. Les transporteurs d’ammoniac ont déjà une logique cargo liée au produit, ce qui peut faciliter l’intégration des compétences et des procédures autour de ce carburant, même si le fuel n’est pas le cargo, et que les circuits doivent rester séparés. Les car-carriers, eux, sont sous pression sur les émissions, parce qu’ils transportent des véhicules, donc ils sont exposés à la communication et aux exigences des chargeurs. Dans les deux cas, l’argument est le même, réduire les émissions liées à la propulsion.
Sur le plan industriel, Everllence annonce une commercialisation initiale sur plusieurs alésages, avec des tailles de type G50, S50, S60, G60, G70 et G80. Pour un armateur, ce détail est important, parce qu’il conditionne l’adéquation avec le navire, puissance, hélice, vitesse de service. Le message, c’est que le moteur n’est pas un prototype isolé, il est pensé comme une famille, avec des configurations adaptées à différents profils de navires.
La question qui revient dans les discussions d’armateurs, c’est le rétrofit. Everllence indique que le moteur est conçu pour les navires neufs, et qu’il doit devenir disponible comme solution de conversion pour des moteurs ME-C à contrôle électronique. Là aussi, il faut être prudent, un rétrofit ne se résume pas à remplacer un injecteur. Il faut de la place pour les modules carburant, des adaptations de tuyauteries, des capteurs, de la ventilation, et une requalification sécurité. Le marché du rétrofit existe, mais il se décide au cas par cas, selon l’âge du navire et son horizon d’exploitation.
Les dispositifs sécurité imposent double paroi, capteurs et ventilation dédiée
L’ammoniac pose une contrainte non négociable, la sécurité. Everllence détaille un safety envelope avec des systèmes de confinement, des capteurs de fuite, une ventilation dédiée et des lignes carburant à double paroi. Ce sont des choix d’ingénierie qui visent à réduire la probabilité d’exposition, et à détecter rapidement un incident. Dans un navire, la gestion d’une fuite ne se joue pas seulement sur le matériel, elle se joue aussi sur les procédures et sur la réaction de l’équipage.
Le développement a intégré des analyses de risques structurées, avec des démarches HAZID et HAZOP conduites avec les sociétés de classification et des acteurs de la chaîne maritime. Ce point est central, parce que la classification conditionne l’assurabilité et l’acceptation portuaire. L’ammoniac n’est pas un carburant nouveau dans l’industrie, il est déjà produit et transporté, mais son usage comme fuel de propulsion implique des scénarios différents, alimentation moteur, opérations de soutage, maintenance, et gestion des espaces machine.
La sécurité se joue aussi sur l’intégration, modules d’alimentation enfermés, systèmes d’isolation, surveillance et contrôle-commande. Everllence insiste sur le fait que la campagne d’essais inclut la vérification du système de contrôle et la validation des atomiseurs, ce qui renvoie à une idée simple, la combustion doit rester stable et pilotable. Une instabilité peut provoquer des surémissions, des contraintes thermiques, et des situations d’exploitation dégradées. Dans un contexte commercial, ce sont ces détails qui font la différence entre une techno prometteuse et une techno exploitable.
Il y a aussi un sujet souvent moins visible, la formation. Les sources ne donnent pas de plan de formation précis, donc je reste sur ce constat, l’arrivée de l’ammoniac comme carburant impose des compétences nouvelles à bord, détection, EPI, procédures d’urgence, et coordination avec le port. Sans cet investissement humain, la meilleure architecture technique ne suffit pas. Et c’est une nuance importante, la transition énergétique maritime se heurte souvent à un facteur simple, la disponibilité des compétences et la capacité des opérateurs à standardiser des pratiques sur une flotte mondiale.
La connectivité numérique veut accélérer diagnostic et optimisation en mer
Everllence met aussi en avant une brique devenue presque incontournable, la connectivité numérique. L’idée est de relier le moteur et ses capteurs à une analyse à terre, avec un flux de données présenté comme sécurisé. L’objectif est double, améliorer les performances et fournir de l’assistance à distance. Pour un armateur, ça peut réduire des immobilisations, parce qu’un diagnostic précoce évite parfois un arrêt non planifié, et ça aide à optimiser les réglages selon les conditions réelles, météo, charge, profil de route.
Cette approche colle à la réalité des nouveaux carburants. Quand un fuel change, les opérateurs cherchent des marges de sécurité, et la donnée sert à documenter ce qui se passe, températures, pressions, stabilité de combustion, et réponses du contrôle-commande. Everllence présente cet outil comme un moyen d’optimiser les paramètres en live. Dans une première phase commerciale, c’est aussi un moyen de capitaliser sur les retours d’expérience, parce que les premiers navires vont générer des cas concrets, pas toujours prévus dans les scénarios de test.
La connectivité s’inscrit aussi dans un contexte de conformité environnementale. Les moteurs marins sont déjà intégrés dans des logiques de suivi, consommation, émissions, maintenance. Le ME-LGIA vise une propulsion à faibles émissions, avec un carburant présenté comme zéro carbone au point d’usage. Mais il faut garder la tête froide, l’impact climat dépendra du mode de production de l’ammoniac, et le marché distingue déjà l’ammoniac produit à partir d’électricité renouvelable et celui issu de filières fossiles avec captage. Les sources mentionnent l’existence de projets d’ammoniac vert et bleu déjà en service, ce qui alimente l’argument de disponibilité.
Dernier point concret, l’interaction entre combustion et post-traitement. Everllence rappelle son expérience sur la réduction des NOx via HPSCR, une technologie de SCR haute pression déjà référencée depuis les années 1990 sur des vraquiers. L’entreprise indique que le mode ammoniac n’est pas le facteur limitant pour le dimensionnement du SCR, et que le dimensionnement est surtout dicté par le mode fuel. C’est une information technique, mais elle a une implication commerciale, elle suggère que certaines briques de dépollution sont déjà matures, ce qui peut accélérer l’acceptation du moteur dans des zones à réglementation stricte.
À retenir
- Everllence vise une première livraison chantier du moteur ME-LGIA à ammoniac au T1 2026
- Le programme d’essais a atteint 100% de charge et cumule plus de 800 tests entre Copenhague et le Japon
- Des projets pilotes sont identifiés chez Eastern Pacific Shipping, Höegh Autoliner et sur un vraquier au Japon
- La sécurité repose sur double paroi, capteurs de fuite, ventilation dédiée et procédures de classification
- La connectivité numérique est présentée comme un levier de diagnostic à distance et d’optimisation en exploitation
Questions fréquentes
- Quand le moteur ME-LGIA à ammoniac doit-il être livré pour la première fois ?
- Everllence indique viser une première livraison au chantier au premier trimestre 2026. La phase de rodage, appelée bedding-in, est annoncée pour la fin de l’année 2025, avant les premières mises en service sur navires.
- Quel jalon technique a été mis en avant lors des essais du ME-LGIA ?
- L’entreprise met en avant l’atteinte de 100% de charge sur ammoniac lors des essais, avec une campagne de validation portant sur la combustion, les émissions, les réglages moteur, la validation des atomiseurs et la vérification du système de contrôle.
- Quels armateurs ou projets sont cités pour les premières applications ?
- Everllence mentionne deux très grands transporteurs d’ammoniac pour Eastern Pacific Shipping, quatre moteurs pour des transporteurs de véhicules de Höegh Autoliner, et une installation liée à un vraquier au Japon, associée à des essais sur le site de Mitsui E&S.
- Quelles mesures de sécurité sont prévues pour l’usage de l’ammoniac comme carburant ?
- Les éléments cités incluent des systèmes de confinement, des capteurs de détection de fuites, une ventilation dédiée, des lignes carburant à double paroi et des modules d’alimentation enfermés. Le développement s’appuie aussi sur des démarches HAZID et HAZOP avec des sociétés de classification et des acteurs du secteur.
- Pourquoi Everllence insiste-t-il sur la connectivité numérique du moteur ?
- La connectivité est présentée comme un moyen de faire remonter des données de capteurs vers des équipes à terre pour analyser les performances, faciliter le diagnostic à distance et optimiser les réglages en fonction des conditions réelles d’exploitation, un point clé lors des premières mises en service d’un nouveau carburant.
Sources
- Everllence B&W ME-LGIA
- [PDF] Everllence B&W two-stroke engine operating on ammonia
- Everllence: Two-stroke ammonia engine poised for maritime debut
- Everllence introduces ME-LGIA ammonia engine for maritime
- Everllence launches first commercial two-stroke ammonia engine | Yang Chen(陈洋) posted on the topic | LinkedIn

