Blue Origin veut accélérer brutalement. Une offre d’emploi interne, confirmée par un responsable, fixe un objectif de production de 60 étages supérieurs de New Glenn par an d’ici le troisième trimestre 2028, contre 12 actuellement.
Derrière ce chiffre, l’idée est simple, si l’étage supérieur reste consommable, chaque vol exige un étage neuf, donc la cadence de production devient la cadence de lancement. Le problème, c’est que l’entreprise traîne une réputation de lenteur, et que le lanceur lourd n’a volé que trois fois depuis son premier vol en janvier 2025. La dernière mission, en avril 2026, a bien validé la réutilisation d’un premier étage, mais la charge utile s’est retrouvée sur une orbite non nominale, signe qu’il reste des points durs à régler avant de parler de dizaines de tirs par an.
Blue Origin fixe 60 étages supérieurs New Glenn d’ici T3 2028
La cible affichée est précise, passer de 12 à 60 étages supérieurs par an d’ici T3 2028, puis viser 100 par an en 2029. Ce n’est pas un slogan marketing, c’est un plan de montée en cadence, une rate ramp, décrit noir sur blanc dans le profil recherché pour piloter la production. Et un officiel de l’entreprise a confirmé que ces chiffres étaient exacts.
Ce choix met l’étage supérieur au centre du jeu. Le premier étage de New Glenn est conçu pour revenir se poser sur une barge et être réutilisé, tandis que l’étage supérieur, pour l’instant, est pensé pour un seul vol. L’entreprise dit encore étudier une réutilisation de cet étage, mais tant que ce n’est pas tranché, chaque lancement consomme une unité neuve, ce qui transforme l’usine en goulot d’étranglement.
La montée en cadence s’accompagne aussi d’une évolution technique. Blue Origin prépare une variante plus puissante surnommée Quattro, avec quatre BE-3U sur l’étage supérieur, au lieu de deux sur la version actuelle. L’objectif est de soutenir des missions plus exigeantes, notamment liées à la Lune. Sur le papier, c’est cohérent, dans les faits, cela ajoute une couche de qualification industrielle et de contrôle qualité au moment même où l’entreprise veut multiplier les sorties de chaîne.
New Glenn enchaîne trois vols depuis janvier 2025, avec une anomalie d’étage supérieur
Le bilan en vol reste mince, trois lancements depuis janvier 2025. En 2025, l’entreprise visait une cadence plus élevée, mais n’a finalement réalisé que deux tirs, en janvier puis en novembre. Pour un lanceur lourd neuf, ce n’est pas ridicule, mais ce n’est pas non plus le rythme qui prépare mécaniquement à 60 missions annuelles, surtout quand la chaîne de production doit encore absorber les retours d’expérience.
La mission d’avril 2026 a tout de même marqué un jalon, la réutilisation réussie d’un premier étage. Le booster est revenu se poser sur la barge environ neuf minutes après le décollage, et l’entreprise a expliqué avoir remplacé les sept moteurs pour ce vol, tout en testant des améliorations, dont une protection thermique sur une tuyère. Ce genre de détail compte, parce que la réutilisation n’est pas juste récupérer, c’est aussi standardiser la remise en service.
Mais la même mission a aussi apporté un rappel à l’ordre. Blue Origin a confirmé la séparation de la charge utile, mais a ensuite indiqué que le satellite de télécommunications d’AST SpaceMobile s’était retrouvé sur une orbite off-nominal. L’entreprise a parlé d’une évaluation en cours, sans détailler la cause. Pour viser des clients commerciaux et institutionnels, ce type d’écart pèse, parce qu’une cadence élevée n’a de valeur que si la fiabilité suit, vol après vol.
Satellites, défense et Lune, la cadence sert plusieurs marchés à la fois
Le besoin de cadence ne sort pas de nulle part. Blue Origin veut se positionner face à SpaceX sur les lancements commerciaux, militaires et scientifiques, et soutenir des projets internes, dont des constellations en orbite basse liées à Amazon. Dans ce contexte, la promesse 60 par an sert aussi d’argument de disponibilité, la capacité à réserver des fenêtres de tir régulières, et à absorber des pics de demande sans bloquer un client pendant des mois.
La Lune est l’autre moteur. L’entreprise développe des atterrisseurs Blue Moon et prévoit un vol d’essai non habité plus tard dans l’année, selon le calendrier évoqué publiquement, mais ce planning dépend des résultats de l’enquête sur l’anomalie récente. Et pour des missions lunaires, la version plus puissante New Glenn 9×4 devient centrale. Plus de performance, c’est plus d’opportunités, mais aussi plus de complexité industrielle au moment où l’on veut industrialiser.
Le pari, c’est de passer d’un rythme encore artisanal à une logique quasi aéronautique. Le constructeur met en avant un premier étage conçu pour au moins 25 vols, et des performances annoncées, plus de 45 tonnes en orbite basse et plus de 13 tonnes vers l’orbite de transfert géostationnaire. Mais il y a une nuance qui dérange, la cadence affichée suppose une chaîne d’approvisionnement, des équipes et des procédures capables d’encaisser la répétition sans dérive, alors même que l’étage supérieur a montré qu’il pouvait encore surprendre.
Sources :
- World’s Slowest Rocket Company Suddenly Wants to Churn Out 60 Rockets a Year
- Blue Origin certainly has ambitious launch targets for New Glenn – Ars Technica
- New Glenn | Blue Origin
- Blue Origin launches third New Glenn rocket, but payload ends up in wrong orbit – Spaceflight Now
- Blue Origin successfully reuses a New Glenn rocket for the first time ever | TechCrunch

