Cette startup américaine fait un pari inattendu : combiner fission et fusion dans une seule centrale pour produire plus vite

Cette startup américaine fait un pari inattendu : combiner fission et fusion dans une seule centrale pour produire plus vite

Zap Energy change d’échelle, l’entreprise d’Everett, près de Seattle, ne veut plus être seulement une start-up de fusion.

Fin avril 2026, elle annonce construire une plateforme nucléaire intégrée, capable de fournir de l’énergie via fission à court terme et fusion à plus long terme, en réutilisant les mêmes briques industrielles, des matériaux aux équipements de conversion électrique. Le pari vise un point concret, répondre à une demande d’électricité bas carbone qui grimpe vite, portée par les centres de données, l’électrification des transports et des besoins de sécurité énergétique. Zap met aussi un visage sur cette stratégie avec l’arrivée de Zabrina Johal comme directrice générale, tandis que le cofondateur Benj Conway devient président, en charge de la stratégie et des partenariats.

Zabrina Johal pilote la bascule vers une plateforme intégrée

La nomination de Zabrina Johal n’est pas un détail de gouvernance, c’est le signal que Zap veut passer du labo à l’industrialisation. Elle arrive d’AtkinsRéalis, un groupe actif dans le nucléaire civil, avec un profil d’ex-officier de propulsion nucléaire de la Navy américaine. Dans la communication de l’entreprise, son rôle est clair, aligner fission et fusion pour accélérer le calendrier et réduire la complexité.

Sur le papier, Zap assume une approche à deux vitesses. D’un côté, des systèmes de fission compacts et modulaires, décrits comme “bancables”, donc finançables et déployables plus vite. De l’autre, la fusion reste l’objectif technologique central, avec la promesse d’une énergie abondante et sans carbone, mais sur un horizon plus long. L’idée, c’est d’éviter l’attente passive, tu produis d’abord, tu améliores ensuite.

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La nuance, c’est que ce repositionnement peut aussi brouiller le message. Zap s’était construit une identité de pure player de la fusion, et la fission traîne un bagage politique, réglementaire et social. L’entreprise répond en parlant d’un continuum technologique et d’un même écosystème industriel. Reste qu’entre une annonce et des projets concrets sur le terrain, le passage dépendra d’autorisations, de clients et d’une chaîne d’approvisionnement solide.

Zap mise sur des briques communes, turbines, échangeurs, usine

Le cur du raisonnement de Zap, c’est qu’une centrale, qu’elle soit à fission ou à fusion, a beaucoup de “hors-cur” en commun. Les systèmes de conversion, turbines, échangeurs de chaleur, intégration au réseau, sont proches. Même logique pour l’infrastructure industrielle, ingénieurs, opérateurs, fournisseurs, maintenance. Zap veut éviter deux filières séparées, et créer une seule plateforme capable de faire avancer les deux technologies.

La société insiste aussi sur des recouvrements côté fabrication. Elle met en avant la fabrication additive pour produire des pièces complexes, difficiles à usiner en méthodes classiques. Elle parle aussi de manufacturing modulaire, des réacteurs construits en usine puis déployés sur site, un modèle qui vise des délais plus courts et une qualité plus reproductible. Pour un lecteur non spécialiste, c’est la promesse du “plug-and-build”, avec une industrialisation plus proche de l’aéronautique que du chantier unique.

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Autre point technique, les matériaux et environnements extrêmes. Zap explique que des matériaux conçus pour des conditions de fusion peuvent améliorer la durabilité de systèmes de fission compacts. Elle cite aussi des systèmes à métal liquide, avec pompes et circuits thermiques, comme un domaine où les apprentissages se transfèrent. Dit autrement, chaque euro investi dans l’ingénierie, la sûreté et la chaîne d’approvisionnement est censé servir deux fois, et créer un effet de volant d’inertie industriel.

Des microréacteurs à sodium et le Z-pinch FuZE-3 en toile de fond

Zap n’abandonne pas sa trajectoire fusion. Son programme repose sur le SFS Z-pinch, une approche de confinement par pincement magnétique stabilisé par cisaillement d’écoulement. L’entreprise a aussi communiqué sur son dispositif FuZE-3, en revendiquant des pressions de plasma au niveau du gigapascal. Pour le grand public, ce genre d’indicateur ne dit pas “électricité demain”, mais il montre que Zap continue de pousser la physique, pas seulement le business plan.

Côté fission, la stratégie évoquée publiquement s’appuie sur des systèmes compacts, avec une piste de microréacteur refroidi au sodium mentionnée dans des échanges sectoriels autour de l’annonce. L’intérêt du sodium, historiquement, c’est une excellente capacité de transfert thermique, utile pour des réacteurs à forte densité de puissance. Mais ça implique aussi des contraintes industrielles et de sûreté, et un travail de démonstration sérieux pour gagner la confiance des autorités et des futurs exploitants.

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Zap met aussi dans le même panier la question du déploiement, pas seulement la science. L’entreprise parle de régulation, de licences, de cadres différents mais d’un apprentissage réutilisable, et d’un besoin d’écosystème complet. Sur le fond, la demande électrique visée est celle des usages difficiles à couvrir avec des sources intermittentes, data centers, industrie, transport électrifié, et sécurité énergétique. La promesse est séduisante, mais elle sera jugée sur des jalons publics, partenariats, sites, calendrier, et capacité à lever des capitaux sur des actifs nucléaires.

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