Avec 1 milliard de dollars, la Chine déploie 8 500 robots humanoïdes sur son réseau électrique dont 500 capables de travailler sous tension à la place des techniciens

Avec 1 milliard de dollars, la Chine déploie 8 500 robots humanoïdes sur son réseau électrique dont 500 capables de travailler sous tension à la place des techniciens

6,8 milliards de yuans, soit près de 1 milliard de dollars, pour acheter environ 8 500 robots dédiés au réseau électrique.

Le plan, attribué à State Grid Corp. of China, vise des usages très concrets, inspection d’installations, interventions sur lignes sous tension, secours d’urgence, logistique d’entrepôts. L’idée est simple, remplacer une partie des tournées humaines par des machines capables d’opérer en continu, y compris dans des zones isolées. Ce basculement vers une maintenance plus autonome arrive après plusieurs années de pilotes. Des projets ont déjà été menés sur des centaines de sites, et des industriels chinois sont cités comme fournisseurs potentiels, dont Deep Robotics, Unitree, Agibot, UBTECH Robotics et Fourier Intelligence. Sur le papier, c’est l’un des déploiements les plus massifs d’ embodied AI dans une infrastructure critique, et ça pose aussi des questions de coûts unitaires, de sécurité des données et de dépendance aux standards internes du groupe.

State Grid chiffre 8 500 robots et 6,8 milliards de yuans

Le cur du plan tient en deux nombres, environ 8 500 robots financés par 6,8 milliards de yuans pour l’année. Les tâches visées couvrent quatre scénarios, inspection du réseau, interventions sous tension, réponse aux urgences et logistique. Concrètement, ça va des rondes dans des postes électriques à la manipulation d’équipements, avec une promesse, réduire l’exposition humaine aux opérations à haut risque et accélérer le diagnostic quand un incident survient.

Le plan détaillé met aussi en avant la répartition budgétaire. Environ 5,8 milliards de yuans iraient à l’achat d’équipements, et 1 milliard de yuans serait réservé à la R& D et à la formation. Dans la pratique, ça veut dire du matériel, mais aussi des équipes capables de l’exploiter, de le maintenir et de le faire évoluer. Et là, on touche un point sensible, sans montée en compétences côté opérateurs, l’autonomie promise reste une vitrine.

A lire aussi :  L'Europe mise sur les faisceaux laser 10 Gbit/s pour ses réseaux saturés

Autre élément marquant, le coût des robots n’est pas homogène. Les humanoïdes destinés au travail sous tension sont présentés comme les plus chers, avec 500 unités associées à un budget de 2,5 milliards de yuans. À côté, environ 3 000 robots à deux bras, plus orientés manutention et réponse aux pannes, seraient budgétés à 1,8 milliard de yuans. Dit autrement, le réseau électrique devient un marché où quelques catégories de machines concentrent l’essentiel de la valeur.

Un employé de China Southern Power Grid fait la démonstration du contrôle d'un robot humanoïde au laboratoire de robotique de l'entreprise à Guangzhou. Photo : Reuters
Un employé de China Southern Power Grid fait la démonstration du contrôle d’un robot humanoïde au laboratoire de robotique de l’entreprise à Guangzhou. Photo : Reuters

Deep Robotics et Unitree déjà cités pour inspections et zones difficiles

Les fournisseurs évoqués sont majoritairement chinois, avec Deep Robotics et Unitree parmi les noms qui reviennent, aux côtés d’Agibot, UBTECH Robotics et Fourier Intelligence. L’orientation est claire, des acteurs capables de livrer vite, en volume, tout en respectant des standards techniques maison. Pour un opérateur de réseau, ce verrouillage par spécifications n’est pas un détail, il conditionne l’intégration aux systèmes existants et la capacité à déployer sans multiplier les couches de compatibilité.

Les pilotes donnent une idée de l’échelle qui se prépare. Un accord-cadre de 1 milliard de yuans avait été signé dès 2023 avec Deep Robotics, couvrant plus de 1 000 sous-stations. Et avant le passage à l’achat massif, les projets de déploiement auraient déjà dépassé 600 en 2025. Sur le terrain, ça correspond à des robots capables de patrouiller, de filmer, de détecter des anomalies thermiques ou visuelles, et d’envoyer des alertes sans attendre la prochaine tournée humaine.

A lire aussi :  La France va contourner son ennemi héréditaire pour relier directement l’Irlande à l’Europe via un câble colossal de 575 km pour 700 MW de puissance

Un exemple souvent cité dans le secteur, ce sont les inspections en zones montagneuses ou difficiles d’accès, là où la logistique et la météo compliquent tout. Dans certaines projections relayées par la presse, une part importante des achats inclut des robots quadrupèdes, typés robot-dogs, destinés à surveiller sous-stations et lignes. Marc, technicien réseau interrogé dans un centre de maintenance, résume la promesse sans fioritures, si la machine peut faire la ronde à 3 h du matin et remonter une alerte exploitable, on gagne du temps, mais il faudra des procédures béton pour éviter les faux positifs et les interventions inutiles.

Vers 30% de pénétration en 2026, et des contraintes de sécurité

Les objectifs affichés vont au-delà d’un achat ponctuel. Dans certaines régions clés, la pénétration des robots sur les tâches ciblées est annoncée à 30% d’ici 2026, puis au-delà de 80% en 2027, avec une couverture de la plupart des missions à haut risque. Si ces jalons sont tenus, le changement est organisationnel, planification des interventions, priorisation des alertes, et redéfinition du rôle des équipes humaines, davantage tournées vers la supervision et les opérations complexes.

À l’horizon 2030, l’ambition évoquée est l’intégration avec des systèmes de jumeau numérique pour tendre vers des opérations largement autonomes. Sur le papier, un jumeau numérique permet de simuler l’état du réseau, d’anticiper des défaillances et d’orchestrer des tournées robotisées. Dans les faits, c’est aussi une dépendance à la qualité des données. Si les capteurs sont mal calibrés ou si les modèles sont mal entraînés, l’autonomie peut produire de la confiance mal placée, et ça, sur une infrastructure critique, c’est une vraie limite.

A lire aussi :  La France lance le moteur d'avion le plus ambitieux d'Europe : Safran teste son open-fan de 4 mètres sur un Airbus A380 en 2029 avec 100 millions de Clean Aviation pour 20% de carburant en moins

La sécurité, justement, est au centre du cahier des charges. Les équipements devraient être compatibles avec le modèle IA interne de State Grid et capables de déploiement local, pour des raisons de sécurité des données. C’est cohérent, mais ça peut réduire l’ouverture technologique et compliquer l’audit indépendant. D’autre part, en additionnant les plans d’autres opérateurs comme China Southern Power Grid, des insiders estiment que l’investissement total en robotique incarnée dans le secteur pourrait dépasser 10 milliards de yuans en 2026, signe que la course se joue aussi sur la souveraineté industrielle et la vitesse d’exécution.

Laisser un commentaire