Trois amis pakistanais ont passé une décennie à photographier et restaurer des ouvrages ourdous épuisés, sans budget ni soutien institutionnel. Leur archive, Ibteda Digital Library, totalise 1 800 livres numérisés et plus de 526 000 photographies recto-verso.
Ibteda Digital Library a sauvé 1 800 livres ourdous en dix ans
Le projet, lancé vers 2015, visait à préserver des éditions souvent imprimées en lithographie au XIXe siècle. Les trois fondateurs ont acheté les exemplaires sur leurs fonds propres, parcourant marchés et librairies d’occasion pour rassembler des titres introuvables.
Au total, l’équipe a numérisé environ 1 800 ouvrages, couvrant littérature, poésie et manuels. Beaucoup de volumes présentaient des pages fragiles, encrages dégradés et couvertures manquantes, ce qui a rendu la prise de vue mécanique préférable à la manipulation directe.
La démarche était communautaire et privée : aucune subvention n’a financé l’opération, et l’archive a surtout servi des chercheurs et des locuteurs ourdous dispersés. Le résultat documente une portion importante du patrimoine imprimé ourdou, souvent invisible aux bibliothèques nationales.
Matériel minimal : deux Nikons, une plaque de verre et 902 000 clics
Le dispositif initial tenait sur une table : un Nikon D5300, des ampoules LED, et une plaque de verre récupérée sur un photocopieur pour plaquer les pages. Un second boîtier, un D3300, a rejoint la chaîne plus tard.
Le compteur de déclenchements atteint 576 000 sur le D5300 et 326 000 sur le D3300, pour un total de 902 000 clics, correspondant à environ 526 000 photographies de doubles pages.
La méthode était industrielle mais frugale : éclairage LED pour homogénéiser, plaque de verre pour aplatir, et captures en rafale pour gagner du temps tout en limitant les manipulations. Ce protocole a permis un flux soutenu de numérisation sans coûts matériels élevés.
Traitements manuels et un réseau neuronal entraîné sur leurs retouches
L’un des trois membres a développé un procédé d’apprentissage automatique pour automatiser retouches et nettoyage des clichés. Le modèle a été entraîné sur des corrections réalisées manuellement au fil des années.
Le réseau corrige défauts de contraste, perspective et taches d’encre, tout en préservant l’authenticité des pages lithographiées. Les algorithmes sont ajustés pour les textures papier et la typographie ourdoue, éléments rarement couverts par les modèles commerciaux.
Les traitements accélèrent l’accès aux fichiers exploitables pour l’OCR et l’indexation, et le code pourrait servir d’outil réplicable pour d’autres langues et archives en contexte de ressources limitées.
Résultats chiffrés, exemples concrets et questions patrimoniales
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 1 800 ouvrages sauvés, 526 000 scans utiles, et près de 1 million de déclenchements mécaniques cumulés. Parmi les pièces numérisées figurent des éditions pédagogiques rares et des recueils de poésie du XIXe siècle.
Concrètement, des chercheurs ont déjà consulté des reproductions pour des études linguistiques, tandis que des familles retrouvent des textes littéraires oubliés. L’initiative interroge la place des acteurs non institutionnels dans la préservation du patrimoine imprimé.
D’autre part, la destruction partielle des exemplaires originaux lors de certaines opérations de numérisation soulève des dilemmes éthiques, ici tempérés par l’achat volontaire des livres et la priorité donnée à la conservation numérique.
| Caractéristique | Nikon D5300 | Nikon D3300 |
|---|---|---|
| Déclenchements relevés | 576 000 | 326 000 |
| Rôle | Boîtier principal | Renfort secondaire |
| Résolution effective | Capte détails lithographiques | Complément pour flux |
