Sydney vient de voir Atlassian Central atteindre sa hauteur maximale, à 180 mètres, un jalon symbolique pour la construction en bois massif.
La tour de 39 étages, conçue par SHoP Architects et BVN, revendique le statut de plus haute tour hybride en bois au monde, avec une livraison annoncée pour 2026.
Au-delà du record, le projet sert de vitrine à une ingénierie mêlant bois, acier et béton, pensée pour un usage tertiaire intensif.
180 mètres près de Central Station, un record revendiqué à Sydney
Le chantier d’Atlassian Central a franchi l’étape du topping out, le moment où la structure atteint sa cote finale. À 180 m, la tour s’impose dans le skyline autour de Central Station, l’un des nuds de transport les plus fréquentés de Sydney.
Le projet dépasse largement les références récentes de l’hybride bois. La comparaison la plus citée est l’Ascent de Milwaukee, annoncé à 86,6 m. L’écart, proche de 100 m, donne la mesure du saut d’échelle, avec des exigences mécaniques et réglementaires très différentes.
Cette hauteur ne signifie pas un bâtiment tout bois. Le record porte sur une tour hybride, qui combine bois massif, acier et béton. C’est un point clé, car les grandes hauteurs exigent souvent des noyaux rigides, des contreventements et des solutions coupe-feu que le bois seul ne couvre pas toujours.
Pour Atlassian, entreprise technologique australienne, l’immeuble doit servir de siège et de vitrine. Dans une ville où les tours de bureaux se multiplient, l’argument du matériau devient aussi un marqueur d’image et de différenciation.
SHoP et BVN misent sur un exosquelette acier et des noyaux béton
La structure annoncée repose sur des noyaux en béton qui assurent une grande partie de la rigidité, notamment face au vent. Autour, un exosquelette en acier enveloppe le bâtiment, avec une logique de cage externe qui participe au contreventement.
Entre ces éléments, les plateaux et structures internes intègrent du bois massif, typiquement via des planchers en CLT ou des poutres en lamellé-collé, selon les zones. Ce mix vise à profiter du bois pour sa légèreté relative et sa préfabrication, tout en conservant les fondamentaux de l’acier et du béton pour les grandes portées et la stabilité.
Le résultat attendu est une tour de bureaux qui ressemble à une tour vitrée contemporaine, mais dont une part significative de la trame constructive repose sur des éléments préfabriqués. Sur ce type de chantier, la préfabrication peut réduire certaines nuisances, limiter les reprises et accélérer des séquences, même si la coordination reste lourde.
Le duo SHoP Architects et BVN n’en est pas à son premier projet complexe. SHoP a livré des tours très techniques à New York, BVN connaît les contraintes locales australiennes. Cette alliance est un signal, le bois en hauteur n’est plus un prototype, il entre dans la boîte à outils des grandes agences.
Les mega floors découpent 39 étages en habitats de quatre niveaux
La tour est organisée en habitats de quatre étages, une manière de fractionner un grand immeuble en unités plus lisibles pour les usagers. Tous les quatre niveaux, des mega floors viennent marquer une rupture, et servent de planchers techniques et de plateformes de transition.
Cette stratégie répond à un enjeu très concret, éviter l’effet empilement de plateaux identiques. Dans les rendus et descriptions de l’équipe, ces habitats accueillent des bureaux, mais aussi des atriums sur plusieurs niveaux et des espaces plantés en hauteur. L’idée, c’est de créer des zones de respiration, pas seulement des étages de postes de travail.
Pour l’utilisateur, ces découpes peuvent améliorer l’orientation et la convivialité. Pour l’exploitant, elles permettent de répartir des fonctions, salles de réunion, espaces événementiels, services internes, en évitant de tout concentrer au rez-de-chaussée. Dans une tour de 39 étages, la qualité d’usage se joue souvent sur ces étages charnières.
Sur le plan structurel, ces niveaux renforcés peuvent aussi jouer un rôle dans la logique de reprise d’efforts, avec des zones plus robustes pour redistribuer des charges. C’est une approche fréquente dans les tours récentes, même hors bois, mais ici elle sert aussi le récit architectural du bois et du vivant.
Façade vitrée, terrasses plantées et ventilation, la promesse d’un bureau moins énergivore
Le projet met en avant une enveloppe très contemporaine, verre et acier dominent, avec des terrasses et des retraits destinés à accueillir du végétal. Dans les tours tertiaires, ces dispositifs ont un double rôle, confort d’usage et contrôle solaire, à condition d’être bien dimensionnés.
Les équipes évoquent aussi une approche de ventilation naturelle sur certaines séquences, une promesse devenue fréquente dans les nouveaux sièges, mais qui dépend fortement du climat, des vents, du bruit urbain et des contraintes de sécurité. À proximité de Central Station, l’enjeu acoustique sera scruté.
Le bois, lui, est souvent présenté comme un levier de carbone, via le stockage biogénique et la substitution partielle au béton. Mais la performance dépend du périmètre retenu, du niveau d’hybridation, des distances d’approvisionnement et du scénario de fin de vie. Une tour hybride reste une tour, avec des quantités significatives de béton et d’acier.
Ce qui change, c’est la démonstration à grande échelle. Si l’exploitation tient ses objectifs, Atlassian Central deviendra un cas d’école, observé par les promoteurs, les assureurs et les collectivités qui veulent des bâtiments plus sobres sans renoncer à la densité.
2026 en ligne de mire, un chantier observé par tout le secteur
Le topping out ne signifie pas la fin des travaux. Il reste la mise hors d’eau, la finalisation de la façade, les lots techniques, ascenseurs, sécurité incendie, puis les aménagements intérieurs. Pour une tour, la phase d’équipements et de tests peut durer longtemps, avec des vérifications sur la fumée, les sprinklers et les scénarios d’évacuation.
La date de livraison annoncée, 2026, place le projet dans une fenêtre où de nombreuses villes testent le bois en moyenne et grande hauteur. Les questions qui reviennent dans le secteur sont connues, assurance, maintenance, vieillissement, réparabilité, disponibilité des filières et stabilité des coûts.
À Sydney, l’emplacement près d’un hub de transport renforce la dimension urbaine. Une tour de bureaux à cet endroit vise un usage intensif, avec des flux quotidiens élevés. Si le bâtiment tient sa promesse de qualité d’air, de confort thermique et d’agrément, il pèsera dans les arbitrages des futurs projets tertiaires.
Pour situer le saut d’échelle, un tableau permet de visualiser l’écart entre Atlassian Central et la référence américaine souvent citée.
| Projet | Ville | Hauteur | Type | Usage |
|---|---|---|---|---|
| Atlassian Central | Sydney | 180 m | Hybride bois-acier-béton | Bureaux |
| Ascent | Milwaukee | 86,6 m | Hybride bois et autres matériaux | Résidentiel (référence citée) |
Le chantier d’Atlassian Central devient un marqueur, non seulement pour le bois massif en hauteur, mais pour la manière dont les grandes tours intègrent des logiques de préfabrication et de sobriété sans changer de programme, ni de localisation centrale.
