La mémoire vive DDR5 reste chère et la détente attendue n’arrivera pas rapidement. Selon AMD, les prix de la DDR5 ne reviendront pas à un niveau jugé normal avant 2028, une perspective qui prolonge la pression sur le budget des PC neufs et des mises à niveau.
Cette projection a été relayée après un entretien accordé à 4Gamers par David McAfee, vice-président et directeur général Client Channel Business chez AMD, qui attribue la situation à la réallocation d’une partie de la production mémoire vers l’IA et les produits à forte marge destinés aux centres de données.
David McAfee (AMD) évoque un retour à la normale vers 2028
Dans l’entretien cité par 4Gamers, David McAfee explique que la hausse et la rigidité des tarifs de DDR5 s’inscrivent dans un cycle plus long que prévu, avec un horizon d’environ deux ans avant un retour à un niveau plus habituel, ce qui repousse l’échéance vers 2028. Le propos n’est pas une annonce de prix cible, mais une lecture de l’équilibre offre-demande, influencée par la montée en cadence des usines et par les arbitrages industriels sur les lignes de production.
Cette estimation recoupe une série d’analyses de marché publiées depuis plusieurs trimestres, qui anticipaient des tarifs élevés sur 2026 et 2027. Le point marquant, pour les consommateurs, tient à la durée, une tension de quelques mois peut se lisser avec des promotions, une tension pluriannuelle s’intègre dans le coût total d’un PC. Les intégrateurs et les distributeurs ajustent leurs configurations, mais ils ne peuvent pas compenser une hausse structurelle d’un composant aussi central.
Le discours d’AMD intervient dans un contexte où la DDR5 s’est imposée comme standard sur une large partie des plateformes récentes, côté Intel depuis plusieurs générations, côté AMD avec les cartes mères AM5. Pour un acheteur, passer sur une plateforme moderne signifie souvent adopter de la DDR5, et donc absorber une part importante du budget dans la mémoire, en plus du processeur et de la carte graphique.
Les effets se voient aussi dans les stratégies d’achat. De nombreux utilisateurs conservent plus longtemps leurs kits DDR4, renoncent à augmenter la capacité, ou choisissent des fréquences plus modestes. Dans certains marchés, des observateurs ont évoqué des écarts très importants selon les références, avec des prix parfois multipliés, alimentant l’idée d’un marché au plus haut sur certaines périodes. Les variations dépendent du pays, des taxes, des stocks et des marques, mais la tendance générale reste à des tarifs peu favorables aux PC grand public.
La demande IA et data centers capte une partie de la production DDR5
Le facteur central cité par AMD est la pression de l’IA et des infrastructures cloud, qui consomment de grandes quantités de mémoire et tirent l’industrie vers des produits plus rentables. Dans les centres de données, la mémoire est un poste massif, non seulement en capacité, mais aussi en exigences de fiabilité, de validation et de disponibilité. Les fabricants privilégient logiquement les segments où les marges sont plus élevées et où les contrats se négocient sur des volumes garantis.
La situation est accentuée par la structure du marché mémoire, dominé par quelques grands industriels, dont la planification de capacité se fait sur plusieurs années. Quand la demande explose sur un segment, la réallocation n’est pas instantanée. Les lignes de production, la qualification, les rendements et les chaînes d’approvisionnement imposent une inertie. Même quand des extensions d’usines sont annoncées, le bénéfice pour le grand public arrive plus tard, une fois les volumes stabilisés et les priorités industrielles rééquilibrées.
Pour les PC, le problème n’est pas seulement la quantité produite, mais la concurrence directe avec des usages où la mémoire est un levier de performance et de revenus. Les serveurs d’IA, les clusters de calcul et les plateformes d’inférence s’équipent avec des configurations lourdes, où la mémoire système et la mémoire associée aux accélérateurs deviennent stratégiques. Cette dynamique réduit la flexibilité sur les stocks destinés aux barrettes grand public, en particulier sur les capacités et les puces les plus demandées.
Le résultat se traduit par une tension sur le rapport capacité-prix. Un joueur qui visait 32 Go peut hésiter et rester à 16 Go, ou différer l’achat. Un créateur de contenu qui a besoin de 64 Go pour la photo, la vidéo ou la 3D se retrouve à arbitrer entre mémoire, stockage et carte graphique. Pour les entreprises, les flottes de PC sont renouvelées par vagues, et une hausse durable de la DDR5 se répercute sur les appels d’offres, les contrats de maintenance et le coût par poste.
Le basculement DDR4 vers DDR5 réduit la capacité DDR4 disponible
Un autre élément mis en avant dans les échanges rapportés est le déplacement de la production de DDR4 vers la DDR5. À mesure que les plateformes récentes adoptent la DDR5, les fabricants réduisent l’attention portée à la DDR4, ce qui fait baisser la capacité disponible. Cette transition est classique dans l’industrie, mais elle devient plus visible quand la demande globale est tirée vers le haut par des usages professionnels, tandis que le grand public espère une baisse.
Pour le consommateur, la conséquence est double. D’un côté, la DDR5 ne baisse pas aussi vite qu’attendu. De l’autre, la DDR4, censée devenir l’option économique, peut cesser de chuter et même remonter sur certaines références, notamment quand les stocks se raréfient. Dans les boutiques, cela se traduit par des prix moins lisibles, avec de fortes différences entre marques, fréquences et latences, et des ruptures ponctuelles sur des kits populaires.
Cette transition touche aussi les fabricants de PC préassemblés. Les modèles d’entrée de gamme conservent parfois de la DDR4 pour contenir les coûts, mais ils finissent par se heurter à la disponibilité des composants et aux décisions des plateformes. Quand une gamme de cartes mères et de processeurs se concentre sur la DDR5, l’écosystème suit. Le consommateur qui veut une machine durable se retrouve face à une équation, payer plus cher aujourd’hui pour une plateforme récente, ou économiser à court terme au risque de limiter l’évolutivité.
Les chiffres précis varient selon les marchés, mais l’écart de coût peut peser dans une configuration complète. Sur un PC à 1 000 euros, quelques dizaines d’euros de différence sur la mémoire ne sont pas neutres, surtout si l’utilisateur vise 32 Go ou 64 Go. Dans le monde professionnel, un parc de 200 postes et une hausse de 30 à 50 euros par machine sur la mémoire représente déjà plusieurs milliers d’euros, sans gain direct visible pour l’utilisateur final si les usages restent bureautiques.
Des PC plus chers, des mises à niveau retardées, des compromis sur 16 à 32 Go
Le maintien de prix élevés sur la DDR5 jusqu’à 2028 a un effet direct sur le marché PC, car la mémoire est un composant que beaucoup d’acheteurs ajustent en fonction du budget. Sur les configurations de jeu, 16 Go reste un minimum courant, tandis que 32 Go s’impose pour davantage de confort dans les titres récents et le multitâche. Quand le coût de la mémoire augmente, certains utilisateurs préfèrent investir dans la carte graphique ou le stockage, et repousser l’augmentation de RAM, ce qui n’est pas toujours optimal.
Dans les usages créatifs, les compromis sont plus pénalisants. Le montage vidéo, la photo en haute définition, la musique avec de nombreux plugins, la 3D ou la virtualisation profitent fortement de 32 Go et au-delà. Une station de travail raisonnable avec 64 Go devient plus coûteuse, et les indépendants comme les petites structures peuvent différer un renouvellement. Cela se répercute sur la productivité, car le temps perdu en swaps disque, en caches saturés et en rendus plus longs a un coût réel.
Les intégrateurs adaptent leurs gammes en jouant sur d’autres variables, SSD plus petit, boîtier moins premium, alimentation plus juste, ou carte mère avec moins d’options. Ce type d’ajustement peut dégrader la qualité globale de la machine. Dans le segment des ordinateurs portables, où la mémoire est parfois soudée, l’effet est encore plus sensible, car l’acheteur doit choisir la capacité dès l’achat. Un passage de 16 à 32 Go est souvent facturé cher, et il devient un frein à l’adoption de machines plus durables.
Le marché de l’occasion et du reconditionné peut en profiter. Conserver un PC DDR4 performant et remplacer seulement le SSD ou la carte graphique devient une stratégie rationnelle. Les particuliers qui possèdent déjà 32 Go de DDR4 peuvent préférer rester sur une plateforme précédente, tant que les performances CPU restent suffisantes. Pour les fabricants, cela signifie un cycle de renouvellement plus lent sur une partie du grand public, tandis que les segments professionnels et IA continuent d’absorber les volumes à forte valeur.
Les fabricants étendent les usines, mais la détente dépend des volumes
Face à la tension, les grands acteurs de la mémoire ont annoncé ou engagé des investissements pour augmenter les capacités. Le principe est simple, plus de production et de meilleurs rendements finissent par détendre les prix. Mais le calendrier est long. Entre l’extension d’une usine, l’installation d’équipements, la qualification et la montée en cadence, plusieurs trimestres passent. Pour le consommateur, cela signifie que les annonces industrielles ne se traduisent pas immédiatement par des promotions en rayon.
La détente dépend aussi de la façon dont la demande évolue. Si l’IA continue de croître à un rythme élevé, une partie des volumes supplémentaires peut être absorbée sans libérer suffisamment de capacité pour le grand public. C’est l’un des points implicites du pronostic d’AMD, la normalisation ne vient pas seulement de la production, mais d’un rééquilibrage. Si les centres de données sécurisent des contrats long terme, ils stabilisent les volumes, mais ils peuvent aussi maintenir une pression sur les prix.
Un autre facteur est la segmentation des produits. La mémoire destinée aux serveurs et aux stations certifiées n’est pas exactement la même que les barrettes grand public, mais elles partagent une partie de la chaîne, notamment au niveau des puces. Quand les meilleures puces, les meilleurs rendements et les capacités élevées partent vers les segments premium, les références grand public peuvent se retrouver avec moins de marge de manuvre. Cela se voit parfois dans les disponibilités, avec des kits très recherchés qui disparaissent temporairement, ou dont le prix varie fortement selon les arrivages.
Dans ce contexte, la perspective 2028 ressemble à une fenêtre de stabilisation plutôt qu’à une baisse brutale. Les consommateurs peuvent s’attendre à des oscillations, avec des périodes de promotions liées aux stocks, aux lancements de plateformes ou à la concurrence entre marques, mais sans retour durable à des niveaux bas tant que la demande structurelle reste élevée. Les assembleurs surveillent aussi l’évolution des normes futures, car l’arrivée progressive de nouvelles générations peut créer une nouvelle phase de transition, avec ses propres tensions.
Sources : AMD
