En mai 2026, le solaire a franchi un cap symbolique aux États-Unis: il a produit plus d’électricité que le charbon, et aussi plus que l’éolien, selon les données de l’Energy Information Administration (EIA). Le mois signe un record de production photovoltaïque et confirme une tendance de fond: la baisse des coûts et l’arrivée massive des batteries déplacent le centre de gravité du mix. Le contraste est net avec le discours politique du moment, plus favorable au charbon, mais la courbe industrielle suit d’abord les prix et les délais de construction.
Mai 2026, le mois où le solaire passe devant le charbon
Les chiffres compilés à partir des données mensuelles de l’EIA font de mai 2026 un jalon: pour la première fois sur un mois complet, la production solaire dépasse celle du charbon aux États-Unis. Ember, qui suit ces séries, évoque un niveau d’environ 45,5 TWh pour le solaire contre 43,4 TWh pour le charbon, sur la base des relevés préliminaires.
Le signal n’est pas seulement symbolique. Le solaire aurait progressé d’environ 17% sur un an, tandis que le charbon recule d’environ 11% par rapport à mai 2025. Le charbon avait touché un point bas récent en avril 2026, autour de 39,3 TWh, avant un léger rebond qui n’a pas suffi à reprendre l’avantage.
Autre lecture, plus structurelle: le solaire devient la troisième source d’électricité du pays sur le mois, derrière le gaz naturel et le nucléaire. Ce rang mensuel varie selon la météo et la demande, mais il reflète un parc photovoltaïque qui n’est plus marginal.
Le fait que le solaire dépasse aussi l’éolien sur la période compte pour les opérateurs. Cela renforce l’idée que le photovoltaïque, très rapide à déployer, est en train de prendre la tête des ajouts de capacité, même si l’éolien reste un pilier sur l’année.
Le “problème d’intermittence” se déplace vers les batteries
La question de l’intermittence ne disparaît pas, mais elle change de nature. L’EIA anticipe qu’en 2026, le duo solaire + batteries représentera environ 79% des 86 GW de nouvelles capacités électriques mises en service aux États-Unis. Cela signifie qu’une part croissante des nouveaux projets arrive déjà “avec” du stockage, et pas comme un ajout ultérieur.
Concrètement, les batteries permettent de déplacer une partie de la production solaire du milieu de journée vers la fin d’après-midi et le début de soirée, là où les prix de gros montent souvent. Dans plusieurs marchés, les exploitants parlent moins de “remplacer” une centrale que de lisser la courbe de charge et de réduire les appels aux unités les plus coûteuses.
La baisse des coûts du stockage, portée par l’industrialisation et des chaînes d’approvisionnement plus matures, change les arbitrages. Un projet photovoltaïque se finance plus facilement quand il peut vendre une électricité mieux valorisée grâce à une batterie, et quand il rend des services réseau, comme la réserve ou la régulation de fréquence.
Ce déplacement du débat se voit aussi dans les files d’attente de raccordement: de nombreux projets hybrides demandent un point de connexion unique pour livrer une puissance plus stable. La contrainte ne devient pas seulement technologique, elle devient aussi administrative, avec des délais d’interconnexion qui pèsent sur les calendriers.
Les coûts dictent le mix, pas les slogans de Washington
La dynamique s’explique d’abord par l’économie. Le rapport Lazard LCOE+ 2025 souligne que le solaire et l’éolien terrestre figurent, sans subvention, parmi les sources d’électricité neuve les moins chères aux États-Unis, et cela sur une longue série d’années. À l’inverse, le coût d’un nouveau cycle combiné gaz atteint un plus haut sur dix ans, selon la même source.
Ce différentiel compte pour les utilities et les développeurs: le solaire se construit vite, avec des risques de chantier plus limités qu’une centrale thermique. Les contrats d’achat d’électricité sur 15 à 25 ans privilégient souvent la visibilité des coûts, et le photovoltaïque offre une structure de dépenses majoritairement en CAPEX, avec un combustible à zéro.
Le contexte politique fédéral ajoute un contraste. L’administration Trump a engagé un bras de fer contre certaines politiques de soutien, avec la perspective de réduire des crédits d’impôt issus de l’IRA pour le solaire et l’éolien. Dans le même temps, un plan de relance du charbon de 700 millions de dollars a été évoqué début juin 2026, selon Bloomberg.
Mais l’investissement suit aussi les contraintes des réseaux et des marchés. Même avec un climat politique moins favorable, des projets déjà financés, des États moteurs, et des prix compétitifs continuent d’alimenter la file de construction. Le mix se déplace souvent par inertie industrielle, plus que par déclaration.
Charbon en repli, gaz en arbitre, nucléaire en socle
Le charbon recule pour des raisons multiples: concurrence des renouvelables, coûts de maintenance d’un parc vieillissant, contraintes environnementales locales, et fermeture de sites peu rentables. La part du charbon dans le mix tombe autour de 12,2% en mai, selon les estimations d’Ember, quand le solaire se situe autour de 12,8%. La différence est faible, mais elle marque une inversion.
Le gaz naturel reste la variable d’ajustement dominante. Quand la demande grimpe ou que le soleil baisse, ce sont encore souvent les centrales à gaz qui stabilisent le système, avec des rampes rapides. Cette position d’arbitre explique pourquoi le gaz conserve un poids élevé, même si les nouveaux projets se heurtent à des coûts et à des délais plus lourds.
Le nucléaire, lui, joue un rôle de socle, avec une production relativement stable. Dans les mois où le solaire grimpe, le nucléaire ne “perd” pas forcément, il continue d’assurer une base qui limite la volatilité du système. Le débat se déplace vers la complémentarité: solaire en journée, batteries au pic, nucléaire en fond, gaz en secours.
Dans ce paysage, l’éolien reste essentiel sur l’année, mais il dépend plus fortement des régimes de vent, et ses meilleures périodes ne coïncident pas toujours avec le pic solaire. Le mois de mai 2026 illustre surtout une chose: le photovoltaïque devient suffisamment grand pour gagner, même quand la comparaison se fait à l’échelle nationale.
Ce que les chiffres de l’EIA changent pour 2026-2027
Le dépassement du charbon par le solaire sur un mois n’est pas une victoire “définitive”, mais il modifie les anticipations. Pour les investisseurs, un record national de production solaire valide des hypothèses de rendement, de disponibilité et de courbe de production. Pour les gestionnaires de réseau, il renforce la priorité donnée aux outils de flexibilité, batteries, pilotage de la demande, modernisation des lignes.
Le calendrier des ajouts de capacité annoncé par l’EIA suggère une accélération. Si 86 GW de nouvelles capacités arrivent en 2026, et si le couple solaire + batteries en représente la majorité, le système électrique va devoir absorber des volumes importants de production variable, mais de plus en plus “calée” sur les besoins grâce au stockage.
Les gagnants ne seront pas uniquement les producteurs. Les industriels de la chaîne solaire, modules, onduleurs, trackers, et les acteurs du stockage, cellules, intégration, logiciels, se retrouvent au centre. La question devient celle du rythme: capacité à raccorder, à obtenir des transformateurs, à sécuriser des terrains, et à gérer les congestions locales.
Pour les consommateurs, l’effet se lit sur les prix de gros en milieu de journée, souvent plus bas dans les régions très solaires, et sur la multiplication des offres de flexibilité. Le charbon, lui, risque de se retrouver cantonné à un rôle résiduel, plus coûteux à maintenir, même quand des annonces politiques tentent de le remettre au premier plan.
| Indicateur (mai 2026) | Solaire | Charbon |
|---|---|---|
| Production estimée | 45,5 TWh | 43,4 TWh |
| Évolution sur un an | +17% | -11% |
| Part du mix (estimation) | 12,8% | 12,2% |
Sources
- Pour la première fois en mai 2026, le solaire dépasse le charbon dans l'électricité aux États-Unis.
- Même aux États-Unis, les renouvelables battent un nouveau record | Agence Science-Presse
- EIA : l'énergie solaire et les batteries stimulent l'expansion record du réseau électrique américain en 2026
- Aux États-Unis, l'énergie solaire dépasse pour la première fois le charbon dans la production d'électricité – RFI
- L'énergie solaire a officiellement… – Konesans general
