Soulever 25 kg et attraper un œuf intact dans la foulée sans le briser : les ingénieurs jugeaient ce geste impossible, une main robotique vient de le réaliser

Soulever 25 kg et attraper un œuf intact dans la foulée sans le briser : les ingénieurs jugeaient ce geste impossible, une main robotique vient de le réaliser

Soulever 25 kg puis manipuler un objet fragile sans l’abîmer, c’est le grand écart que les robots ratent souvent. Une nouvelle main robotique à cinq doigts promet de s’en rapprocher, grâce à une dextérité et un toucher plus fins. Derrière la démonstration, un signal clair, la course aux humanoïdes se joue aussi au bout des doigts.

Tesollo présente la DG-5F-S, 880 g pour 20 degrés de liberté

La start-up sud-coréenne Tesollo, basée à Incheon, a dévoilé sa main robotique DG-5F-S avec une promesse simple, gagner en finesse sans sacrifier la force. Le format reste compact, environ 21 cm, pour un poids annoncé de 880 grammes. Dans la robotique de manipulation, ce ratio compte, une main trop lourde pénalise le bras, la consommation, puis l’autonomie.

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Le point technique mis en avant, ce sont les 20 degrés de liberté. Concrètement, chaque doigt dispose de 4 articulations contrôlées, ce qui rapproche la cinématique d’une main humaine, bien au-delà des pinces parallèles classiques. Cette architecture ouvre des gestes difficiles, pincer une languette, tenir une pièce par la tranche, ou stabiliser un objet avec l’index pendant que le pouce tourne.

La capacité de charge, annoncée à 25 kg, vise les usages industriels, bacs, outils, pièces mécaniques. L’intérêt est de garder une main humaine sans basculer sur une griffe dédiée au levage. Pour un intégrateur, cela réduit les changements d’outillage et simplifie la chaîne d’opérations, saisir, déplacer, positionner, puis ajuster.

Ce type de main répond à un verrou bien identifié, sur un humanoïde, les jambes peuvent marcher, la vision peut détecter, mais la manipulation fine reste le goulot d’étranglement. Une main plus articulée ne garantit pas tout, mais elle donne de la marge, surtout quand il faut interagir avec des objets pensés pour des doigts humains, poignées, boutons, bouchons.

Une prise recalculée à 500 Hz pour éviter glisse et écrasement

La donnée qui intrigue les roboticiens, c’est la fréquence de contrôle, la main ajuste sa prise 500 fois par seconde, soit 500 Hz. Dans un geste réel, un objet peut glisser en quelques dizaines de millisecondes, un contrôle rapide permet de corriger avant la chute. C’est la différence entre tenir et rattraper.

Dans la pratique, cette boucle rapide sert à moduler la force de préhension en continu. Une main trop lente compense en serrant fort, ce qui abîme, ou en serrant peu, ce qui lâche. À haute fréquence, la main peut rester dans une zone de contact plus douce, tout en réagissant aux micro-variations, vibrations, changement de centre de gravité, surface humide.

Ce comportement se rapproche d’un réflexe humain, quand un verre glisse, la main serre légèrement avant même que le cerveau réfléchisse. Pour un robot, cela implique des capteurs, une estimation d’état, puis une commande moteur capable de suivre. La promesse n’est pas seulement de bouger les doigts, mais de gérer un contact instable, ce qui est le cur de la manipulation.

Ce point devient critique dans des scènes du quotidien, ouvrir un bocal, visser un bouchon, tirer une fermeture éclair, tenir une assiette mouillée. Les pinces industrielles excellent sur des pièces rigides et répétitives, mais elles peinent sur les objets variés. Une main pilotée à 500 Hz vise cette zone grise, celle où l’objet n’est pas standard, et où la marge d’erreur est faible.

XELA Robotics apporte uSkin, 0,1 gramme-force détecté au bout des doigts

La sensibilité tactile est l’autre moitié du problème. La main intègre des capteurs uSkin de XELA Robotics, avec, selon les informations disponibles, 12 points de mesure par bout de doigt. L’objectif est de sentir non seulement la pression, mais aussi sa distribution, ce qui aide à distinguer un contact stable d’un contact prêt à basculer.

Le seuil annoncé descend à 0,1 gramme-force, une valeur très basse à l’échelle de la manipulation robotique. Cela ne veut pas dire que la main caresse mieux qu’un humain, mais que le système peut détecter un contact léger très tôt, puis augmenter progressivement la force. Pour un objet fragile, ce démarrage doux compte souvent plus que la force maximale.

Autre détail, la couverture tactile ne se limite pas au bout des doigts. Les capteurs s’étendent aux phalanges, à la paume, et même à l’ongle, selon les descriptions. Cela permet des prises plus naturelles, appuyer un objet contre la paume, caler une pièce avec l’index, ou pousser une languette avec l’ongle, des gestes fréquents en atelier.

Cette abondance de données pose un défi, filtrer, fusionner, et transformer des signaux en actions. D’où l’intérêt d’une boucle à 500 Hz, qui peut exploiter le tactile en temps réel. Sans vitesse de contrôle, la sensibilité devient un indicateur tardif. Avec vitesse, elle devient un outil de stabilisation, et c’est là que la promesse de dextérité proche de l’humain prend un sens concret.

25 kg en charge, une main pour entrepôts, hôpitaux et cuisines

Sur le papier, la combinaison 25 kg et tactile fin vise des environnements où le robot doit enchaîner des tâches hétérogènes. En entrepôt, il faut passer du carton au sachet souple, puis saisir un objet à surface brillante. Une main trop spécialisée oblige à changer d’outil, ce qui ralentit et complexifie.

En hôpital, la promesse se déplace vers la sécurité. Manipuler une boîte de médicaments, un flacon, une seringue emballée, demande une force contrôlée et une bonne perception du glissement. La charge maximale sert moins, mais la précision et la répétabilité comptent, tout comme la capacité à interagir avec des objets conçus pour des mains humaines.

En cuisine ou en restauration, les objets sont souvent humides, gras, irréguliers. Tenir une assiette, saisir une tomate, ouvrir un couvercle, sont des gestes simples pour un humain, mais difficiles pour un robot. Une main à cinq doigts avec une meilleure perception de contact peut réduire les ratés, chutes, écrasements, et donc les pertes.

Il reste la question de l’intégration, durabilité, maintenance, coût, compatibilité logicielle avec des bras existants. Les démonstrations en laboratoire ne reflètent pas toujours les contraintes terrain, poussière, chocs, cycles répétés. Tesollo indique s’appuyer sur des retours d’usage, un élément important, car les mains robotisées échouent souvent sur des détails, câble qui fatigue, capteur qui dérive, peau qui s’use. L’évolution reste incertaine tant que des déploiements à grande échelle n’auront pas été documentés.

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Face aux pinces industrielles, la main à cinq doigts change l’équation

La comparaison avec une pince classique clarifie le positionnement. Une pince à deux mors est robuste, simple, rapide à programmer, mais limitée sur les objets non standard. Une main à cinq doigts est plus complexe, mais elle peut réduire le nombre d’outils nécessaires sur une ligne, surtout si les produits changent souvent.

Pour situer les chiffres, voici un comparatif synthétique entre une main de type DG-5F-S et une solution de préhension plus traditionnelle. Les valeurs de la DG-5F-S reprennent les caractéristiques annoncées, les pinces varient selon modèles, mais les ordres de grandeur restent parlants.

CaractéristiqueMain Tesollo DG-5F-SPince industrielle 2 mors (typique)
Type5 doigts, anthropomorphe2 mors, parallèle
Degrés de liberté201 à 2
Poids880 gVariable, souvent 500 g à 2 kg
Charge maximale25 kg (annoncé)Variable, souvent 5 à 30 kg
Contrôle500 Hz (ajustements rapides)Souvent plus bas, selon contrôleur
Tâches typiquesobjets variés, gestes finspièces répétitives, prises simples

Ce tableau montre une chose, la main ne remplace pas toutes les pinces, elle vise les scénarios où la variété d’objets coûte cher. Dans la course aux humanoïdes, c’est aussi une pièce stratégique, sans une main capable de manipuler sans casse, le robot reste cantonné à des tâches de démonstration ou à des environnements ultra préparés.

Le prochain test sera moins spectaculaire qu’un record de charge, mais plus révélateur, tenir une cadence, répéter les gestes, gérer l’usure, et rester précis après des milliers d’heures. Si ces critères sont atteints, les intégrateurs pourraient commencer à considérer une main à cinq doigts non plus comme un gadget, mais comme un composant de production.

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