1,38 milliard d’euros de prêt public sur trente ans, mais la première tranche ne construit rien : elle rembourse des obligations arrivant à échéance en 2030. Wolfspeed a annoncé le 7 octobre 2026 avoir reçu une lettre d’engagement conditionnel du ministère américain de la Guerre, qui demande en échange des bons de souscription sur 7,5 % de son capital. Le fabricant précise lui-même qu’aucun financement n’est garanti.
Quatre tranches, trente ans, et 552 millions d’euros pour de la dette
Le document déposé auprès de la SEC décrit une facilité de prêt à terme senior garantie, à tirages différés, pouvant atteindre 1,38 milliard d’euros (1,5 milliard de dollars) et répartie en quatre tranches au maximum sur une période d’engagement de 36 mois. La première, de 552 millions d’euros (600 millions de dollars), servirait à rembourser intégralement les obligations garanties de premier rang à échéance 2030, frais de transaction compris. Les tranches suivantes, de 184 à 368 millions d’euros (200 à 400 millions de dollars) chacune, financeraient les dépenses industrielles, sous réserve d’avancement, d’autorisations et d’une contribution minimale de 690 millions d’euros (750 millions de dollars) de l’entreprise elle-même.
7,5 % du capital en bons de souscription, prix calé sur le cours de Bourse
La contrepartie est inhabituelle pour un prêt. Wolfspeed devrait émettre au profit du ministère des bons de souscription donnant droit à 7,5 % au maximum de son capital entièrement dilué. Leur prix serait calé sur le cours moyen pondéré par les volumes, et ils seraient remis au fur et à mesure du financement de chaque tranche, selon le communiqué de l’entreprise. Côté coût, le taux d’intérêt suivrait un taux du Trésor américain de maturité comparable, majoré d’une prime de risque fixée à titre provisoire entre 1,25 % et 1,75 %, avec possibilité de capitalisation des intérêts pendant les cinq premières années en l’absence de défaut.
Epitaxie GaN et durcissement aux radiations : ce que l’argent doit financer
Wolfspeed est spécialiste du carbure de silicium (SiC) et du nitrure de gallium (GaN). Selon l’entreprise, le financement servirait à améliorer ses capacités d’épitaxie GaN pour les systèmes de communication et de guerre électronique de prochaine génération, et à développer le durcissement aux radiations de ses produits SiC et de ses futurs produits GaN. Elle affirme que ces matériaux sont « essentiels aux applications de puissance et de radiofréquence de prochaine génération dans la défense, l’aérospatial, l’IA, les infrastructures critiques et d’autres marchés commerciaux stratégiques ». « Le SiC et le GaN ont des applications critiques pour la sécurité nationale », déclare le directeur général, Robert Feurle, qui ajoute que l’entreprise « serait bien placée non seulement pour continuer à servir le ministère de la Guerre, mais aussi pour étendre ses capacités au bénéfice de la sécurité nationale américaine dans son ensemble ».
Une entreprise sortie du chapitre 11 il y a un an
Le contexte financier éclaire l’ordre des priorités. Wolfspeed est sortie d’une procédure de chapitre 11 le 29 septembre 2025, après avoir réduit sa dette d’environ 70 % et ses charges d’intérêts annuelles en numéraire d’environ 60 %, avec des échéances repoussées à 2030. Ce sont ces échéances que la première tranche du prêt public viendrait solder. Le directeur financier, Gregor van Issum, parle d’« une nouvelle étape importante dans nos efforts continus pour optimiser la structure de capital de Wolfspeed et améliorer nos fondations financières ».
Rien de signé : les conditions qui peuvent tout annuler
Le point le plus important est aussi le plus facile à perdre de vue : il n’y a à ce stade qu’une lettre d’engagement conditionnel. Le communiqué de Wolfspeed précise qu’« il n’existe aucune garantie que des accords définitifs soient signés ni qu’un financement soit accordé ». L’opération dépend encore de la fin des vérifications préalables de l’Office of Strategic Capital, d’autorisations et de crédits budgétaires gouvernementaux, et du consentement des prêteurs existants. Selon Tom’s Hardware, le dispositif américain d’aide aux semi-conducteurs comprend par ailleurs le CHIPS and Science Act, doté de 49,9 milliards d’euros (54,2 milliards de dollars), et un crédit d’impôt de 25 % au titre de la section 48D.
| Elément du prêt annoncé | Montant ou condition | Usage déclaré |
|---|---|---|
| Engagement total | 1,38 milliard d’euros sur 30 ans | SiC et GaN, applications de défense |
| Tranche 1 | 552 millions d’euros | remboursement des obligations 2030 |
| Tranches 2 à 4 | 184 à 368 millions d’euros chacune | dépenses industrielles, sous conditions |
| Apport minimal de Wolfspeed | 690 millions d’euros | condition de tirage |
| Bons de souscription au ministère | jusqu’à 7,5 % du capital dilué | contrepartie du financement |
| Prime de risque provisoire | 1,25 % à 1,75 % au-dessus du Trésor | rémunération du prêt |
