Le ministère américain de la Justice accuse un chef d’entreprise californien d’avoir fait sortir plus de 300 millions de dollars (environ 276 millions d’euros) de serveurs soumis au contrôle des exportations vers la Chine, entre 2023 et 2024. Aucun verrou technique n’a été forcé : selon les procureurs, il a suffi de déclarer aux fabricants des clients autorisés ailleurs, puis de faire transiter le matériel par la Malaisie et Singapour.
Trois chefs d’accusation et une comparution le 1er octobre 2026
Dans un communiqué du 1er octobre 2026, le ministère de la Justice annonce l’arrestation de Greg Lui, également connu sous le nom de Yiu Kong Lui, 38 ans, domicilié à San Gabriel en Californie et propriétaire de la société Earthmade Computer Inc., installée à City of Industry, dans le comté de Los Angeles. L’acte d’accusation fédéral retient, selon les termes du ministère, « un chef de complot en vue de violer l’Export Control Reform Act et l’Export Administration Regulations, un chef de contrebande sortante, et un chef de complot en vue de commettre du blanchiment d’argent ». Le prévenu a comparu pour la première fois et a été mis en accusation le 1er octobre 2026 devant le tribunal fédéral du centre-ville de Los Angeles. Il s’agit d’accusations et non de condamnations, et il est présumé innocent.
Le dispositif reproché tient à la déclaration de destination finale
Le mécanisme décrit par les procureurs est documentaire, pas technique. Lui et des coconspirateurs non identifiés auraient utilisé Earthmade entre 2023 et 2024 pour acheter des serveurs équipés de cartes graphiques Nvidia destinées à l’intelligence artificielle, puis les acheminer vers la Chine sans la licence requise du département du Commerce. Au lieu de déclarer la Chine comme destination finale, le groupe aurait indiqué aux fabricants américains que les machines iraient à des clients autorisés, dans des destinations ne nécessitant pas de licence d’exportation. Des transitaires auraient ensuite expédié le matériel vers la Malaisie et Singapour, juridictions où les restrictions ne s’appliquent pas, avant réexpédition vers des acheteurs en Chine, parmi lesquels le gouvernement chinois selon Tom’s Hardware.
Vingt ou cinquante ans : les peines maximales citées ne concordent pas
Sur la peine encourue, les comptes rendus diffèrent et l’écart mérite d’être signalé plutôt que tranché. Tom’s Hardware écrit que le prévenu encourt jusqu’à 20 ans de prison s’il est reconnu coupable de l’ensemble des chefs. CBS Los Angeles fait état d’un maximum de 50 ans de prison fédérale. L’enquête est menée conjointement par le FBI, l’Office of Export Enforcement du Bureau of Industry and Security au département du Commerce, et le Defense Criminal Investigative Service, service d’enquête de l’inspecteur général du département de la Défense.
| Elément | Détail annoncé |
|---|---|
| Prévenu | Greg Lui, alias Yiu Kong Lui, 38 ans, San Gabriel (Californie) |
| Société | Earthmade Computer Inc., City of Industry (Californie) |
| Période visée | 2023 à 2024 |
| Valeur du matériel | Plus de 300 millions de dollars, environ 276 millions d’euros |
| Itinéraire reproché | Etats-Unis, puis Malaisie et Singapour, puis Chine |
| Peine maximale citée | 20 ans selon Tom’s Hardware, 50 ans selon CBS Los Angeles |
Ce que disent les procureurs et les enquêteurs militaires
Bill Essayli, premier substitut du procureur fédéral pour le district central de Californie, déclare : « Ce prévenu a utilisé, selon nos accusations, de faux documents et des expéditions via des pays tiers pour faire passer en contrebande plus de 300 millions de dollars de serveurs informatiques soumis au contrôle des exportations vers la Chine. » John E. Helsing, agent spécial responsable du bureau Ouest du Defense Criminal Investigative Service, ajoute : « Empêcher l’exportation illégale de technologies contrôlées est essentiel pour protéger notre sécurité nationale. Ces technologies procurent des avantages déterminants aux forces américaines, et veiller à ce qu’elles restent protégées empêche des adversaires de les exploiter. »
Le troisième dossier d’une série, après Super Micro et Taïwan
L’affaire s’ajoute à une suite de poursuites visant le même type de circuit. Le 20 mars 2026, un acte d’accusation descellé à Manhattan visait trois personnes liées au fabricant de serveurs Super Micro Computer, dont son cofondateur Yih-Shyan « Wally » Liaw, pour le détournement vers la Chine d’au moins 2,5 milliards de dollars (environ 2,3 milliards d’euros) de serveurs d’IA américains, avec faux documents, serveurs factices présentés aux inventaires d’audit et société écran. Tom’s Hardware rappelle par ailleurs que neuf personnes ont été mises en accusation à Taïwan le mois dernier pour l’exportation illégale de GPU Nvidia B300 vers la Chine. Le point commun de ces dossiers n’est pas une faille matérielle mais la chaîne de papiers : factures, déclarations de destination et transitaires.
