Le Fonds monétaire international a recensé 14 opérations croisées depuis 2023 dans lesquelles 276 milliards d’euros de fonds propres et 598 milliards d’euros de dette ont acheté 1 288 milliards d’euros de promesses de revenus entre acteurs de l’intelligence artificielle. Dans son rapport publié le 13 octobre 2026 à Bangkok, le Fonds constate aussi que les hyperscalers sont passés de moins de 1 % à 10 % des émissions mondiales d’obligations de bonne qualité en deux ans. Son scénario le plus sévère retire 1,1 % au PIB mondial d’ici 2028, sans déclencher de récession selon ses propres économistes.
14 opérations recensées, 1 288 milliards d’euros de revenus promis dans le même secteur
Le chapitre 1 du Rapport sur la stabilité financière dans le monde, intitulé « Beneath the Resilience: Rising Risks, Unresolved Vulnerabilities », décrit un circuit qui se referme sur lui-même. Selon le FMI, 14 opérations rendues publiques depuis 2023 ont vu environ 276 milliards d’euros de fonds propres, apportés pour l’essentiel par les hyperscalers, entrer dans des entreprises d’IA que le Fonds qualifie de « financièrement plus faibles », complétés par 598 milliards d’euros de dette. En échange, ces apporteurs ont obtenu 1 288 milliards d’euros d’engagements de revenus futurs, sous forme de services ou de commandes de puces.
Le FMI assortit ce décompte de deux réserves. Il ne porte que sur les opérations publiquement divulguées : l’exposition réelle du secteur n’est pas mesurée. Et ces engagements se concentrent sur une poignée d’entreprises, ce qui augmente le risque qu’une difficulté chez l’une se propage aux autres. Le rapport relève dans le même temps que « l’IA est devenue une source importante de soutien pour l’économie mondiale et les marchés financiers ».
De moins de 1 % à 10 % des obligations de bonne qualité en deux ans
Le deuxième chiffre fort du rapport ne concerne pas les puces mais le marché obligataire. Les hyperscalers représentent désormais 10 % des émissions mondiales d’obligations de bonne qualité, dites investment grade, contre moins de 1 % en 2024. Le FMI en tire deux conséquences concrètes : cette dette entre en concurrence directe avec les emprunts d’État pour capter l’épargne disponible, et son poids nouveau accroît le risque de ventes forcées et de volatilité si le sentiment des investisseurs se retourne.
Deux scénarios de stress qui ne donnent pas le même ordre de grandeur
Le FMI insiste sur un point : ce sont des scénarios de stress, pas sa prévision centrale, qu’il maintient à 3,1 % de croissance mondiale en 2026, contre 3,0 % annoncés en juillet, et 3,4 % en 2027. Le scénario « correction de marché » des Perspectives de l’économie mondiale suppose une baisse de 20 % des actions américaines en 2026 et de 15 % ailleurs : le PIB mondial y reculerait de 0,4 % au plus d’ici 2028, l’investissement de 1,3 % et la consommation de 0,6 %. Un second scénario, celui d’une chute brutale des investissements en IA, aboutit à 1,1 % de PIB mondial en moins d’ici 2028, dont 1,8 % pour la seule production américaine, selon Reuters.
| Scénario du FMI | Hypothèse | PIB mondial en 2028 | Autres effets |
|---|---|---|---|
| Correction de marché | Actions américaines à moins 20 % en 2026, moins 15 % ailleurs | Jusqu’à 0,4 % en moins | Investissement moins 1,3 %, consommation moins 0,6 % |
| Chute des investissements en IA | Doutes sur la rentabilité | 1,1 % en moins | Production américaine moins 1,8 % |
| Prévision centrale | Investissement en IA maintenu | Croissance de 3,1 % en 2026 | 3,4 % en 2027 |
Des banques « globalement résilientes », sauf celles qui pèsent 22 % des actifs
Les tests de résistance du FMI combinent un choc sur les prix de l’énergie, une inflation plus forte et une correction des marchés liée à l’IA. Leur conclusion est rassurante en moyenne : les banques mondiales resteraient « globalement résilientes ». Le détail l’est moins. Des établissements représentant 22 % des actifs bancaires mondiaux affichent dans ce scénario des niveaux de capital jugés faibles, contre 18 % dans l’évaluation 2025 du Fonds. Le chapitre 2 ajoute que les actifs des hedge funds atteignent environ 11 960 milliards d’euros, plus du triple de leur niveau de 2013, avec des emprunts sur marge et des positions à effet de levier en hausse.
Ce que le FMI demande aux régulateurs, et ce qu’il ne chiffre pas
Le Fonds appelle les autorités à limiter l’effet de levier excessif, y compris celui qui passe par les produits dérivés et les prêts sur marge. Selon Jason Wu, directeur adjoint de la division d’analyse des marchés mondiaux du FMI, cité par Reuters, si des doutes apparaissent sur la monétisation de l’IA, les investissements en fonds propres s’éroderont et la dette suivra. Petya Koeva Brooks, directrice adjointe de la recherche, précise que même le scénario sévère ne provoquerait probablement pas de récession mondiale. Sur le volet cyber, dans plus de 70 % des cas enregistrés en 2026, les éditeurs n’ont eu presque aucun délai pour corriger une faille avant son exploitation, soit 20 points de plus qu’un an plus tôt.
