RTX accélère sur l’aviation hybride-électrique avec des essais de systèmes de puissance grandeur nature, menés par Collins Aerospace dans son laboratoire The Grid, aux États-Unis.
Objectif affiché, réduire nettement la consommation, avec un démonstrateur de vol visant jusqu’à 30% d’efficacité énergétique en plus sur un avion régional.
Derrière les communiqués, une réalité industrielle se dessine, l’intégration électrique devient le nouveau champ de bataille, entre batteries, gestion d’énergie et fiabilité.
À Rockford, The Grid met sous tension le projet Clean Aviation SWITCH
À Rockford, dans l’Illinois, Collins Aerospace annonce avoir bouclé des essais intégrés pour le programme européen Clean Aviation SWITCH. Les tests ont été conduits à The Grid, un laboratoire dédié aux systèmes électriques avancés, ouvert en 2023. L’enjeu n’est pas de tester une pièce isolée, mais de faire fonctionner un ensemble cohérent de sous-systèmes.
Le banc a fait tourner des sous-ensembles de chaîne de traction hybride en interaction avec des systèmes avion et systèmes moteur simulés. Ce type de validation sert à traquer les problèmes d’interface, de stabilité électrique et de contrôle, avant de passer à des essais plus coûteux sur plateformes avion. Selon la direction de Collins, il s’agit du plus grand test intégré mené sur le site depuis son ouverture.
Prochaine étape, ces sous-systèmes partent vers les laboratoires Airbus pour une intégration au niveau avion. Le travail annoncé couvre la conception, l’interface batterie et la gestion d’énergie, trois sujets qui décident souvent de la performance réelle, pas seulement de la performance sur le papier.
Le programme SWITCH s’inscrit dans le cadre plus large de Clean Aviation, qui vise des gains mesurables sur les émissions et la consommation. Pour RTX, l’intérêt est clair, prouver que l’électrification partielle peut être industrialisable, avec des architectures testées, documentées et transférables d’un avion à l’autre.
Des moteurs-générateurs et des contrôleurs pour remplacer la tuyauterie énergétique
Dans le lot livré par Collins, on retrouve quatre moteurs-générateurs électriques scalables, des contrôleurs électroniques de nouvelle génération et des équipements de distribution de puissance. L’idée est de bâtir une brique de puissance adaptable à plusieurs classes d’appareils, du démonstrateur aux futurs avions régionaux. Dans un hybride, la distribution électrique devient un système critique, au même titre que le carburant sur un turboprop classique.
Un autre volet touche directement la cabine, avec des systèmes de pression et de ventilation destinés à renforcer la fiabilité et le confort. Ces équipements paraissent périphériques, mais ils pèsent sur la consommation totale, car ils tirent en continu sur le réseau électrique. Une architecture bien pensée évite les surdimensionnements, réduit les pertes et simplifie la maintenance.
Le site de Nördlingen, en Allemagne, doit fournir des contrôleurs de puissance à semi-conducteurs et des panneaux de distribution qui remplacent des disjoncteurs et relais mécaniques. Le bénéfice attendu se joue sur trois axes, moins de poids, plus de réactivité et une meilleure détection des défauts. Sur un avion, chaque kilo et chaque panne évitée finissent par compter en litres économisés.
Les essais et l’intégration se répartissent sur plusieurs sites, de Toulouse à Francfort, en passant par Cork, Rome et Solihull. Cette géographie illustre un point concret, l’hybride n’est pas un moteur magique, c’est une chaîne complète, électronique de puissance, refroidissement, logiciels, certification, et une supply chain capable de suivre.
Le démonstrateur Dash 8-100, un pari pragmatique sur l’avion régional
En parallèle du programme européen, RTX pousse son propre démonstrateur de vol hybride-électrique, installé sur un De Havilland Canada Dash 8-100 modifié. Choisir un turboprop régional n’a rien d’anodin, cette catégorie vole beaucoup, sur des étapes courtes, avec des profils où l’optimisation de puissance et les gains de consommation peuvent se matérialiser rapidement. Le projet vise jusqu’à 30% d’amélioration d’efficacité énergétique sur l’avion d’essai.
L’architecture annoncée combine un moteur thermique et un moteur électrique, ce qui permet de répartir la charge selon les phases de vol. Le décollage et la montée demandent des pics, la croisière demande de la stabilité, la descente ouvre des scénarios de gestion d’énergie. Le gain réel dépend de l’optimisation, pas seulement de la puissance maximale.
RTX met en avant un moteur électrique de 1 mégawatt côté Collins Aerospace, couplé à une batterie d’environ 200 kWh fournie par H55, une jeune entreprise soutenue en partie par RTX Ventures. Le thermique vient de Pratt & Whitney Canada. Sur le papier, la batterie ne remplace pas le carburant, elle sert surtout de tampon, pour lisser les besoins, aider aux pics et tester des stratégies de commande.
Le projet est soutenu par des financements publics au Canada, au niveau fédéral et au Québec, avec des partenaires industriels et académiques. Cette dimension compte, car la certification et les campagnes d’essais coûtent cher, et les retombées industrielles se jouent sur plusieurs années, entre emplois, propriété intellectuelle et chaîne d’approvisionnement.
Le vrai défi, gérer l’énergie en vol sans perdre en masse ni en sécurité
Un avion hybride ne se résume pas à ajouter une batterie. Le cur du sujet, c’est la gestion d’énergie, la coordination entre génération, stockage et consommation, avec des contraintes aéronautiques strictes. Chaque conversion, chaque câble, chaque onduleur ajoute des pertes et de la masse, ce qui peut grignoter les gains de carburant si l’architecture n’est pas optimisée.
Les essais en laboratoire, comme ceux de The Grid, servent à valider des comportements transitoires, surtensions, échauffements, modes dégradés, et compatibilité électromagnétique. L’électrique apporte des avantages, contrôle fin, diagnostic, modularité, mais il impose aussi une discipline de conception, isolation, refroidissement, redondances, et scénarios de panne plus complexes.
Le passage aux contrôleurs à semi-conducteurs, par exemple, promet une meilleure maîtrise et des gains de masse, mais il faut démontrer la robustesse sur la durée, face aux vibrations, aux cycles thermiques et aux environnements sévères. La logique de certification aéronautique demande des preuves, des marges et des données, pas seulement des démonstrations ponctuelles.
Pour situer les ordres de grandeur, la batterie de 200 kWh évoquée dans le démonstrateur est un outil d’expérimentation plus qu’une solution de propulsion intégrale. À ce stade, l’hybride vise surtout à réduire la consommation via une meilleure allocation de puissance, et à préparer une montée en puissance progressive des architectures électriques au fil des générations d’appareils.
| Élément | Programme Clean Aviation SWITCH (Collins, RTX) | Démonstrateur de vol hybride RTX (Dash 8-100) |
|---|---|---|
| But principal | Valider une intégration de sous-systèmes de puissance au niveau avion | Préparer un premier vol et viser jusqu’à 30% d’efficacité en plus |
| Lieu d’essais | The Grid (Rockford), puis labos Airbus | Campagnes d’essais liées à l’avion Dash 8-100 modifié |
| Briques mises en avant | Moteurs-générateurs, contrôleurs, distribution, systèmes cabine | 1 MW électrique, thermique Pratt & Whitney Canada, batterie 200 kWh |
| Partenaires | Écosystème Clean Aviation, intégration chez Airbus | Partenaires industrie et académie, soutien Canada et Québec |
Airbus, H55, Pratt & Whitney Canada, une coalition qui vise l’industrialisation
Le point commun entre SWITCH et le démonstrateur, c’est la logique de coalition. Airbus apporte l’intégration avion et la vision d’architecture, Collins Aerospace pousse l’électrification et l’électronique de puissance, Pratt & Whitney Canada fournit le thermique, et H55 intervient sur le stockage. Ce montage reflète une réalité, aucun acteur ne maîtrise seul toute la chaîne hybride, du logiciel de contrôle jusqu’à la maintenance.
Pour Airbus, ces travaux servent aussi à qualifier des choix technologiques, topologies de réseau, niveaux de tension, redondances et interfaces. Une fois ces choix figés, ils conditionnent la conception, la masse, le refroidissement et la facilité de certification. Les essais en laboratoire permettent de verrouiller des paramètres sans immobiliser un avion pendant des mois.
Pour RTX, l’enjeu est d’aligner ses divisions autour d’un produit crédible. Collins apporte le 1 MW et la distribution, Pratt & Whitney Canada le moteur, RTX Ventures soutient un acteur batterie. Le groupe cherche à occuper une place centrale dans le futur marché des systèmes hybrides, en vendant des briques certifiables, pas seulement un prototype.
Le calendrier exact du premier vol n’est pas détaillé dans les annonces récentes, mais la séquence est classique, essais intégrés, intégration avion, validations de sécurité, puis montée progressive des enveloppes de vol. Les promesses de sobriété se joueront sur des chiffres vérifiés, consommation mesurée, disponibilité opérationnelle, coûts de maintenance, et capacité à faire mieux que les gains incrémentaux des turboprops actuels.
Sources
- Nouvelles | RTX franchit une étape clé dans son programme de démonstrateur de vol hybride électrique avec un essai à pleine puissance | Pratt & Whitney
- L'avion hybride-électrique de RTX fait un pas de plus vers le ciel – H55
- La technologie des batteries H55 contribue à l'avancement du projet de démonstrateur de vol hybride-électrique RTX
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