4,6 milliards de dollars de matériel par une seule société sans propriétaire connu : C4ADS documente trois circuits de puces vers la Chine

Portiques et piles de conteneurs des terminaux de Kwai Tsing, à Hong Kong

Un rapport de l’organisation américaine C4ADS documente trois circuits par lesquels des accélérateurs d’intelligence artificielle interdits à l’exportation arrivent en Chine. La plus grosse part, 4,6 milliards de dollars de matériel, passe par une seule société d’Asie du Sud-Est dont le propriétaire réel n’est pas établi.

Trois circuits documentés, et un compte forcément partiel

L’organisation à but non lucratif C4ADS, financée principalement par le gouvernement américain, décrit trois voies : les achats directs par des universités et instituts de recherche chinois, la réexpédition via des pays d’Asie du Sud-Est, et des achats par des empilements de sociétés écrans. Le rapport, relayé le 17 septembre 2026 par Tom’s Hardware, ne compte que les puces explicitement mentionnées dans les documents examinés : les volumes réels peuvent donc être supérieurs. Un rapport antérieur d’Epoch AI estimait qu’environ un tiers, voire davantage, de la puissance de calcul d’intelligence artificielle installée en Chine repose sur des GPU entrés en contrebande.

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56 puces glissées dans des contrats d’universités

Première voie : les cartes sont incluses dans de vastes contrats multi-fournisseurs passés par de petits intégrateurs régionaux chinois pour des universités et des instituts de recherche, dont certains ont des liens avec le parti communiste chinois et avec les secteurs de la défense et du renseignement. C4ADS a suivi 56 puces pour 1,7 million de dollars, environ 1,56 million d’euros, entre juillet 2025 et janvier 2026. Une précédente enquête, publiée en 2024 et portant sur plusieurs années de documents publics, avait relevé 6,48 millions de dollars de composants acheminés de cette manière.

Vietnam, Inde, Malaisie : 13,4 millions de dollars sur un schéma constant

Deuxième voie, légale sur le papier : la réexpédition. En analysant les transactions de 2022 à 2025, C4ADS a trouvé 13,4 millions de dollars de GPU A100, H100 et de la série AD102 acheminés via le Vietnam, l’Inde et la Malaisie, selon un schéma constant. Une partie repart vers Hong Kong, où deux sociétés dominent les importations, Profit New Limited et ELB International Limited. La première a échangé 8,7 millions de dollars de composants en une seule journée en mars 2025, juste avant le durcissement des contrôles d’avril 2025. Des expéditions de grande valeur ne portaient ni coût, ni assurance, ni poids, ni fret, et affichaient des valeurs déclarées à zéro.

4,6 milliards de dollars par une société sans propriétaire identifié

La troisième voie est la plus importante : 4,6 milliards de dollars, environ 4,2 milliards d’euros, de matériel attribués à une seule entité, Megaspeed International, premier importateur de matériel Nvidia d’Asie du Sud-Est entre 2023 et 2025. Sa propriété réelle n’est pas établie : rachetée en 2023 par la société singapourienne Swiftdata, elle appartenait auparavant au groupe chinois de jeux 7Road Holdings, et l’actionnariat de Swiftdata lui-même reste incertain. Megaspeed aurait obtenu des puces de la famille Blackwell, interdites à l’exportation vers la Chine.

MatérielStatut pour la Chine
Nvidia H100, A100 et famille Blackwellvente interdite
Nvidia H20 et H200, AMD MI325Xvente au cas par cas, la H200 avec 25 % de droits de douane
Achats côté chinoisdécouragés par Pékin, avec des exceptions accordées en 2026 à ByteDance, Alibaba et Tencent

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Ce que demande C4ADS

L’organisation recommande de renforcer les effectifs et les moyens du Bureau of Industry and Security américain, afin de vérifier après la vente où sont passées les machines et qui les utilise. Elle demande aux fabricants, équipementiers et distributeurs de semi-conducteurs un système de vérification allant au-delà du simple filtrage des listes de parties restreintes, avec des vérifications sur le terrain, la recherche des propriétaires réels et des contrôles après livraison. Tom’s Hardware souligne qu’un tel dispositif exigerait une coopération d’autres États difficile à obtenir dans le climat politique actuel.

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