La crise de la mémoire a fini par atteindre les puces les moins chères du secteur. Selon le cabinet TrendForce, les prix contractuels de la NOR flash et de la NAND SLC ont augmenté de plus de 100 % au premier semestre 2026, et la SLC devrait encore prendre 120 à 170 % au second semestre. Ce sont les composants qui font démarrer un routeur, un calculateur automobile ou un automate industriel.
Les puces qui font démarrer un routeur rattrapées par la facture de l’IA
Dans son article du 18 septembre 2026, Tom’s Hardware s’intéresse à des mémoires que personne ne regarde. La NOR flash sert à stocker le code de démarrage et le programme d’un appareil ; elle est un élément central de l’automobile, de l’industrie et des équipements réseau. La NAND SLC, elle, est retenue pour sa fiabilité et son endurance dans les matériels embarqués à longue durée de vie. Elles sont anciennes, historiquement bon marché, et leur prix s’envole désormais pour la même raison que celui de la HBM : la demande créée par l’intelligence artificielle. Un rapport de Morgan Stanley daté de juin 2026, cité par Tom’s Hardware, estime que les prix de la mémoire ont plus que sextuplé en un an.
Ce que TrendForce chiffre segment par segment
Selon TrendForce, les prix contractuels de la NOR flash et de la NAND SLC ont progressé de plus de 100 % sur le premier semestre 2026. Le cabinet attend ensuite une hausse de 120 à 170 % pour la NAND SLC au second semestre par rapport au premier. Dans une note du 14 septembre 2026, TrendForce sépare les densités de NOR flash : les fortes capacités, à partir de 256 Mbit, augmenteraient de 90 à 110 % au second semestre, tandis que les faibles capacités, 128 Mbit et moins, ne progresseraient que de 10 à 20 % au quatrième trimestre, la capacité chinoise arrivant progressivement sur ce segment. TrendForce indique qu’un serveur d’IA réclame trois à cinq fois plus de NOR flash qu’un serveur classique.
Une plaquette rapporte 18 400 euros en NAND grand public, 7 360 en SLC
Bryan Ao, responsable de recherche chez TrendForce, donne à Tom’s Hardware le calcul que font les fondeurs. Une plaquette de 300 mm consacrée à la NAND grand public rapporte près de 20 000 dollars, soit environ 18 400 euros. La même surface consacrée à la SLC rapporte de 6 000 à 8 000 dollars, soit 5 520 à 7 360 euros. Selon lui, Micron, Kioxia et SK hynix réduisent en conséquence la capacité allouée à la SLC. Jim Handy, analyste semi-conducteurs et SSD chez Objective Analysis, complète : « Le marché de la NAND SLC pèse probablement moins d’un milliard de dollars par an », environ 920 millions d’euros, une taille trop faible pour attirer le moindre investissement neuf.
Ni substitution simple, ni usine neuve à l’horizon
Selon TrendForce, il n’existe aucun plan significatif d’extension de capacité, ni pour la NOR flash ni pour la NAND SLC. Bryan Ao ajoute que les délais de livraison de certains équipements de fabrication atteignent désormais 12 à 15 mois, ce qu’il qualifie de « sous-approvisionnement sévère ». Kioxia propose bien sa NAND SLC série comme substitut à la NOR flash, mais Tom’s Hardware rappelle que changer de composant dans un produit industriel ou réseau déjà conçu impose un travail d’ingénierie et une requalification. Jim Handy décrit un piège : le marché est trop petit pour justifier une usine, mais la demande y dépasse malgré tout l’offre qui se rétracte.
| Segment de mémoire | Évolution constatée ou attendue | Source |
|---|---|---|
| NOR flash et NAND SLC, prix contractuels | Plus de 100 % au premier semestre 2026 | TrendForce |
| NAND SLC, second semestre 2026 | De 120 à 170 % par rapport au premier semestre | TrendForce |
| NOR flash 256 Mbit et plus, second semestre 2026 | De 90 à 110 % | TrendForce, note du 14 septembre 2026 |
| NOR flash 128 Mbit et moins, quatrième trimestre 2026 | De 10 à 20 % | TrendForce, note du 14 septembre 2026 |
| Prix moyen de la NAND par téraoctet | Environ 67 euros en 2025, environ 257 euros projetés en 2026 | Projection BNP Paribas |
Qui paiera : les marges des équipementiers ou le client final
JPMorgan prévient que ses propres prévisions ne captent pas pleinement une pénurie possible de NAND SLC, anticipe une tension d’au moins deux années supplémentaires et des clients servis à hauteur de 70 à 80 % de leurs commandes. Pour les fabricants d’équipements, Jim Handy résume l’arbitrage : « Nous devrons soit accepter des marges plus faibles, soit augmenter les prix pour le consommateur. » Bryan Ao n’attend pas de retour aux niveaux de 2023 ou 2024 et conclut : « Il va falloir s’habituer à ces prix élevés, quel que soit le segment de mémoire. » Jim Handy, lui, compare la vague d’investissement actuelle au boom des infrastructures internet de la fin des années 1990 : « Je m’attends à ce qu’il se passe la même chose ici : trop de gens dépensent trop d’argent dans l’IA, sans vraiment de retour pour l’instant. »
