ASML a publié le 14 octobre 2026 un trimestre record à 11,7 milliards d’euros, mais son directeur général prévient dans le même communiqué que la production prévue ne couvrira pas la demande en 2027 ni en 2028. Les fondeurs qui veulent suivre la vague de l’IA ne recevront donc pas toutes les machines qu’ils commandent.
11,7 milliards d’euros, 113 machines neuves et 17 EUV en un trimestre
Le fabricant néerlandais de machines de lithographie annonce 11,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires net au troisième trimestre 2026, son record pour un trimestre, en hausse d’environ 55 % sur un an et d’environ 25 % sur le trimestre précédent, avec une marge brute de 57,5 % et un bénéfice net de 5,0 milliards d’euros. Les ventes nettes de systèmes passent de 6,6 à 8,4 milliards d’euros d’un trimestre à l’autre, pour 113 machines neuves et 8 machines d’occasion livrées, dont 17 machines EUV contre 9 au troisième trimestre 2025. Les services et la gestion du parc installé apportent 3,3 milliards d’euros, contre 2,8 milliards au trimestre précédent.
« Notre offre ne couvrira pas entièrement la demande » en 2027 et en 2028
Le point central du communiqué n’est pas le record mais un avertissement. « Nous prévoyons désormais que notre offre, telle qu’elle est planifiée aujourd’hui pour 2027 comme pour 2028, ne couvrira pas entièrement la demande de nos clients », écrit le directeur général Christophe Fouquet. Il attribue cette tension aux clients, qui « continuent de relever leurs prévisions de demande d’équipements à court et moyen terme, portées principalement par leur vision de l’ampleur et de la durée des investissements liés à l’IA ». Lors de la conférence de résultats, il a ajouté que la demande s’étend au-delà de 2028, certains clients formulant déjà des intentions d’achat pour des équipements à livrer en 2029 et 2030. Concrètement, un graveur qui voudrait ajouter des capacités en 2028 se heurte à un fournisseur qui annonce par avance ne pas pouvoir suivre.
La mémoire pèse 46 % des systèmes, et l’EUV entre dans la DRAM
La répartition des ventes de systèmes du trimestre éclaire la mécanique : 54 % pour la logique, 46 % pour la mémoire. Cette poussée de la mémoire vient, selon l’entreprise, de l’extension des capacités de DRAM et de l’usage croissant de l’EUV dans les procédés DRAM avancés. La direction attend une hausse d’environ 75 % des revenus de systèmes destinés à la mémoire sur l’ensemble de 2026. La contrainte annoncée sur 2027 et 2028 touche donc directement les fabricants qui tentent d’augmenter leurs volumes de mémoire, un marché déjà tendu sur les prix.
La Chine remonte à 23 % des machines, par précaution d’approvisionnement
Deuxième enseignement : la Chine représente 23 % des ventes de machines au troisième trimestre, contre 14 % au deuxième, soit un bond d’environ 109 % d’un trimestre à l’autre en valeur. ASML attribue ce rebond au stockage, par des fabricants chinois de mémoire et de stockage, d’équipements de lithographie destinés à couvrir environ trois ans d’expansion au cas où leur approvisionnement serait coupé. Ce n’est donc pas, selon l’entreprise, le signe d’un marché chinois durablement regagné : elle maintient que la Chine ne devrait représenter qu’environ 20 % de ses ventes totales sur 2026 et prévoit un recul marqué de la demande chinoise par rapport à 2024 et 2025.
| Indicateur | 2e trimestre 2026 | 3e trimestre 2026 |
|---|---|---|
| Ventes nettes de systèmes | 6,6 milliards d’euros | 8,4 milliards d’euros |
| Services et parc installé | 2,8 milliards d’euros | 3,3 milliards d’euros |
| Part de la Chine dans les ventes de machines | 14 % | 23 % |
| Machines EUV livrées | Non communiqué | 17 |
44 à 45 milliards d’euros visés en 2026, sans carnet de commandes publié
Pour le quatrième trimestre, ASML attend entre 14,2 et 15,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires net et une marge brute d’environ 57 %, et entre 44 et 45 milliards d’euros sur l’année 2026 pour une marge brute d’environ 56 %. Ces prévisions restent les chiffres de l’entreprise elle-même. Un élément manque pour les vérifier : ASML ne publie plus de carnet de commandes trimestriel, et le dernier montant communiqué portait sur la fin 2025, à 38,8 milliards d’euros. Les lecteurs de ces résultats n’ont donc pas de mesure publique de la demande que le groupe dit ne pas pouvoir satisfaire, seulement sa description. Les dirigeants cités dans le communiqué sont Christophe Fouquet et le directeur financier Roger Dassen.
