Annoncé pour octobre 2025, le redémarrage de la centrale nucléaire de Palisades, environ 800 MW, est bloqué depuis le 30 août 2026 par un assemblage de combustible immobilisé à 30 degrés dans la cuve. La Nuclear Regulatory Commission a autorisé le 14 octobre une opération de récupération fabriquée sur mesure, le lendemain d’un rapport d’inspection constatant un « environnement de travail glacé » dans deux services du site.
2,58 milliards d’euros publics pour le premier réacteur américain ressuscité
Le réacteur de Palisades, à Covert dans le Michigan, a été arrêté le 20 mai 2022. Racheté par Holtec International, il doit devenir la première centrale nucléaire américaine définitivement arrêtée à repartir. Le soutien public annoncé le 1er octobre 2024 atteint environ 2,58 milliards d’euros : une garantie de prêt du département de l’Energie de 1,4 milliard d’euros (1,52 milliard de dollars) et 1,2 milliard d’euros d’aides du département de l’Agriculture aux deux coopératives électriques qui achèteront le courant, Wolverine Power Supply Cooperative pour 435 MW et Hoosier Energy pour 369 MW. Le redémarrage était alors annoncé pour octobre 2025.
L’assemblage DD41 couché à 30 degrés en position H-1
Le chargement du combustible a commencé le 30 août 2026 : 204 assemblages devaient rejoindre la cuve, dont 136 assemblages usés très radioactifs et 68 assemblages neufs. Le même jour, l’assemblage référencé DD41 a basculé dans la position H-1 du coeur et s’est immobilisé à 30 degrés par rapport à la plaque du coeur, son extrémité basse reposant dans le coeur, son extrémité haute appuyée contre la structure opposée. Selon la NRC et l’American Nuclear Society, aucune radioactivité n’a été rejetée, les crayons de combustible et leurs gaines sont restés intacts, aucun autre assemblage n’a été endommagé et l’ensemble est resté stable, sans mouvement observé. L’assemblage présente en revanche un gauchissement important et son dispositif de préhension est devenu inutilisable : il ne peut plus être sorti avec l’outillage normal.
Une modification de licence à usage unique accordée en « conditions d’urgence »
Holtec a déposé sa demande de modification de licence le 30 septembre 2026, en demandant une réponse pour le 2 octobre. La NRC l’a approuvée le mardi 14 octobre 2026, dans le cadre de « conditions d’urgence » selon ExchangeMonitor, sous la forme d’une modification à usage unique. Elle autorise un outil de récupération fabriqué sur mesure, un conteneur de transfert spécifique et un chemin alternatif entre la cuve et la piscine de désactivation. L’agence qualifie l’intervention de « premier processus de mouvement de combustible de ce type » et estime, à titre préliminaire, qu’elle n’augmente pas « de façon significative la probabilité ou les conséquences d’un accident déjà envisagé » et ne réduit pas « de façon significative une quelconque marge de sûreté ».
133 heures à l’air libre, 22 tonnes et une tolérance de 5 centimètres
Les marges sont étroites. Selon l’association Beyond Nuclear, l’assemblage endommagé ne peut rester en condition sèche, exposé à l’air, que 133 heures au maximum sans risque accru de surchauffe. Interesting Engineering indique que Holtec dispose de dix jours pour l’opération et que l’ensemble chargé pèse environ 22 tonnes. L’entreprise précise que ses équipes « s’arrêteront et évalueront leurs étapes si les caméras montrent un écart de plus de deux pouces entre l’assemblage et les socles de support du conteneur », soit environ 5 centimètres.
| Etape | Date |
|---|---|
| Arrêt du réacteur | 20 mai 2022 |
| Financement public annoncé | 1er octobre 2024 |
| Redémarrage initialement annoncé | Octobre 2025 |
| Chargement lancé, bascule de l’assemblage DD41 | 30 août 2026 |
| Demande de modification de licence | 30 septembre 2026 |
| Rapport « environnement de travail glacé » | 13 octobre 2026 |
| Récupération approuvée par la NRC | 14 octobre 2026 |
| Redémarrage désormais visé | Mars 2027 |
Un rapport d’inspection qui vise la chaîne d’approvisionnement et la qualité
Le rapport d’inspection de la NRC daté du 13 octobre 2026 conclut qu’« un environnement de travail glacé existe dans deux services précis » de Palisades, la chaîne d’approvisionnement et l’assurance qualité, où « les employés hésitent à faire remonter des préoccupations de sûreté par toutes les voies disponibles sans craindre des représailles ». L’agence n’a relevé ni violation ni problème significatif de sûreté et considère que la culture de sûreté d’ensemble est maintenue. Patrick O’Brien, directeur des affaires gouvernementales de Holtec, déclare que l’entreprise « prend des mesures pour traiter ces problèmes et poursuivra son travail pour maintenir et renforcer un environnement de travail sain et soucieux de la sûreté ». Selon The National, qui cite une source proche de l’entreprise, le redémarrage est désormais visé pour mars 2027, soit dix-sept mois après la date promise en 2024. Holtec a aussi déposé le 30 septembre un dossier préliminaire pour deux réacteurs modulaires SMR-300 de 340 MWe sur le même site.
