Plus de 300 moratoires locaux ont été adoptés aux Etats-Unis pour geler les data centers, mais ils ne retardent réellement que 2,3 GW de capacité, selon le cabinet SemiAnalysis. Dans le même temps, 38 GW de capacité informatique doivent être livrés sur le sol américain en 2027, plus du double de 2026.
Plus de 400 textes locaux confrontés aux projets, parcelle par parcelle
SemiAnalysis suit plus de 400 instruments locaux répartis dans 17 Etats, dont plus de 300 moratoires effectivement adoptés à la date de septembre 2026. Ces juridictions abritent 77 campus représentant environ 20 GW. Le cabinet définit un moratoire comme une « pause légale temporaire », presque toujours un « gel de l’acceptation des nouvelles demandes ». Sa méthode croise le suivi par imagerie satellite de plus de 6 000 installations, des registres de propriété, des permis et des demandes d’accès aux documents administratifs. Les analystes ont travaillé, indique le cabinet, avec « une armée d’agents de recherche de pointe ».
Trois projets retardés pour 1 525 MW, et 0,8 GW de plus pour New York
Au terme de cet examen projet par projet, SemiAnalysis ne retient que trois chantiers réellement décalés, pour un total de 1 525 MW. Il faut y ajouter le gel décidé par l’Etat de New York, qui touche 1,4 GW mais ne retarde véritablement que 0,8 GW. Le total des capacités retardées atteint ainsi environ 2,3 GW, à comparer aux 20 GW présents dans les périmètres concernés. « Nous pensons que les moratoires POURRAIENT retarder la construction, mais ils n’y sont tout simplement pas encore à une échelle suffisante », écrit le cabinet, qui reprend sa propre mise en majuscules.
Quatre conditions à réunir en même temps, et il suffit qu’une manque
Les raisons de cette inefficacité sont mécaniques. Un moratoire ne révoque pas les autorisations déjà délivrées, il peut expirer avant que le projet suivant ait besoin d’un accord, et les délais de livraison des équipements ou les contentieux fixent souvent déjà le calendrier. Pour décaler une mise en service, selon SemiAnalysis, il faut que le texte atteigne la parcelle, qu’il soit en vigueur au bon moment, qu’il recouvre le calendrier et qu’il couvre l’usage sans contournement possible. Le Michigan compte 45 moratoires adoptés et 7 proposés pour une exposition quasi nulle de son pipeline : un campus de Google y occupe un terrain industriel déjà zoné pour le traitement de données. L’Ohio en compte 40, dont 83 % votés en 2026.
Le seul cas où la pause a mordu : un township de Pennsylvanie
Le contre-exemple existe. Dans un township de Pennsylvanie, la pause a été adoptée avant que le promoteur NorthPoint, près de Scranton, ne dépose sa demande de dérogation : l’approbation locale est repoussée à l’année suivante, et l’entreprise poursuit sa démarche. Tom’s Hardware relève à l’inverse que le data center prévu par SpaceX à Brownsville se trouve sur un terrain que la ville a retiré de ses limites. Le chiffre de 2,3 GW est par ailleurs incomplet, précise le cabinet : il n’intègre pas la pause ordonnée par le gouverneur du Texas Greg Abbott, qui a demandé à la Texas Commission on Environmental Quality de ne plus délivrer de permis pour ces projets. Selon le cabinet d’avocats Bracewell, elle s’applique qu’un projet soit ou non dans la file d’attente d’ERCOT et devrait durer jusqu’à la mi-décembre.
| Indicateur, selon SemiAnalysis | Valeur |
|---|---|
| Instruments locaux suivis dans 17 Etats | Plus de 400 |
| Moratoires adoptés (septembre 2026) | Plus de 300 |
| Capacité située dans les périmètres concernés | Environ 20 GW, 77 campus |
| Capacité réellement retardée au niveau local | 1 525 MW, 3 projets |
| Retard imputable au gel de l’Etat de New York | 0,8 GW sur 1,4 GW touchés |
| Capacité informatique livrée aux Etats-Unis en 2027 | 38 GW, dont 22 GW déjà en construction |
Une opinion hostile qui déplace les projets plus qu’elle ne les arrête
La prévision du cabinet « n’a quasiment pas bougé au cours des douze derniers mois ». Sur les 38 GW attendus en 2027, 22 GW sont en construction verticale et 16 GW sont planifiés, pour l’essentiel financés et en travaux de terrassement. L’hostilité, elle, est réelle : un sondage réalisé par SemiAnalysis en août 2026 donne 46 % d’Américains ayant une image défavorable des data centers contre 29 % une image favorable, et 46 % qui s’opposeraient à une implantation dans leur commune, alors que l’IA elle-même recueille 46 % d’avis favorables contre 34 % défavorables. Cité par la note, le journaliste Archie Hall, de The Economist, juge que les moratoires sont pour l’instant « beaucoup plus d’aboiement que de morsure » et situe le risque principal dans la dissuasion des projets futurs, ce qui, selon lui, change surtout l’endroit où les data centers s’installent.
