La Corée du Sud construit le premier cargo propulsé par un moteur deux-temps à l’ammoniac : WinGD revendique une efficacité égale au diesel

La Corée du Sud construit le premier cargo propulsé par un moteur deux-temps à l'ammoniac : WinGD revendique une efficacité égale au diesel

Le motoriste suisse WinGD a franchi une étape industrielle en installant un moteur marin deux-temps fonctionnant à l’ammoniac sur un navire en construction pour l’armateur belge Exmar.

L’équipement, un X52DF-A, a été monté sur un transporteur de 46 000 m3 destiné à transporter de l’ammoniac et du GPL, construit en Corée du Sud par Hyundai Mipo. Le navire, long d’environ 190 mètres, est annoncé pour une mise en service en 2026. L’annonce intervient dans un contexte de pression réglementaire et commerciale sur le transport maritime, sommé de réduire ses émissions de CO2, tout en conservant des performances compatibles avec l’exploitation de navires de commerce.

WinGD installe le X52DF-A sur un navire Exmar de 46 000 m3

L’installation du moteur X52DF-A marque une première revendiquée par WinGD sur le terrain commercial, avec un moteur deux-temps à ammoniac intégré à un navire en construction. Le bâtiment concerné est un transporteur combiné GPL/ammoniac de 46 000 m3, commandé en 2020 et réalisé par Hyundai Mipo en Corée du Sud pour Exmar. Il s’agit du premier d’une série de quatre sisterships, une configuration qui permet généralement d’industrialiser la chaîne d’approvisionnement, de standardiser la maintenance et de réduire les risques techniques sur les unités suivantes.

Sur ce type de navire, la propulsion principale doit composer avec des profils d’exploitation variés, des traversées au long cours, des phases de chargement et de déchargement, des attentes au mouillage, des manuvres portuaires où la réactivité compte. Le choix d’un moteur lent deux-temps, architecture dominante sur les grands navires marchands, vise à conserver un rendement élevé à charge continue. Les opérateurs attendent des performances stables sur des milliers d’heures, avec des arrêts techniques planifiés et des pièces disponibles dans les bassins d’emploi maritimes.

Le moteur a été construit par l’entité moteurs de HD Hyundai Heavy Industries, via sa branche Engine & Machinery. Ce détail pèse dans l’évaluation du projet, car il signale une capacité de fabrication en série et une maîtrise des procédés industriels. Dans l’industrie navale, le passage du laboratoire à l’usine est souvent le point de bascule, celui où les tolérances de production, la répétabilité des essais et la formation des équipes deviennent aussi déterminantes que la conception initiale.

WinGD indique que des essais menés en laboratoire ont été confirmés en usine, avec de faibles émissions et une efficacité comparable à celle de moteurs diesel. Pour l’armateur, l’enjeu n’est pas uniquement l’innovation, mais la capacité à tenir un calendrier de livraison et à limiter les surcoûts d’exploitation. La mise en service annoncée en 2026 donne une fenêtre de deux ans environ pour finaliser l’intégration, valider les procédures de sécurité, former l’équipage et obtenir les derniers jalons de conformité auprès de la classe et des autorités.

Les essais en usine confirment des performances proches du diesel

La comparaison avec le diesel reste le point de référence, parce que la propulsion au fioul marin a structuré l’économie du shipping pendant des décennies. Quand WinGD parle de performances efficaces similaires, cela vise d’abord la consommation spécifique et la capacité du moteur à délivrer une puissance continue à régime lent, condition indispensable pour des traversées longues. Les armateurs et affréteurs évaluent un navire sur des paramètres concrets, vitesse commerciale, consommation, disponibilité technique, coût des arrêts, et pénalités contractuelles en cas de retard.

Le passage d’essais en laboratoire à une validation en usine a une portée pratique. En laboratoire, les conditions sont maîtrisées, la qualité du carburant est contrôlée, les scénarios sont répétés. En usine, on s’approche du monde réel, avec des contraintes de montage, des variations de composants, des cycles d’essais standardisés et des exigences de documentation. Pour un carburant comme l’ammoniac, la stabilité de la combustion, la gestion des imbrûlés et le contrôle des émissions deviennent des sujets de premier plan, car le carburant ne se comporte pas comme un distillat classique.

Sur le plan climatique, l’intérêt de l’ammoniac tient à l’absence de carbone dans la molécule, ce qui permet de viser une réduction des émissions de CO2 à l’échappement. Mais la réalité opérationnelle dépend de l’origine du carburant. Un ammoniac produit à partir de gaz naturel sans captage de carbone n’offre pas le même bilan qu’un ammoniac issu d’électricité bas carbone. Cette distinction est devenue centrale dans les discussions entre armateurs, chargeurs et financiers, car les engagements de décarbonation s’appuient sur des méthodologies de comptabilité carbone de plus en plus exigeantes.

La performance globale ne se limite pas au CO2. Les motoristes doivent aussi traiter les émissions de NOx et le risque de glissement d’ammoniac, c’est-à-dire la présence d’ammoniac non brûlé dans les gaz. Les solutions passent par la calibration de l’injection, la gestion de l’air, et des systèmes de post-traitement adaptés. Dans le secteur, les exploitants veulent des dispositifs robustes, capables de fonctionner loin des bases de maintenance, avec des pièces standardisées et des procédures claires. Le fait que WinGD affirme une efficacité comparable au diesel vise à rassurer sur ce point, le navire devant rester économiquement exploitable, pas seulement démonstrateur.

Lloyd’s Register et la classe encadrent l’homologation des moteurs ammoniaque

La mise sur le marché d’un moteur à ammoniac ne se joue pas uniquement sur la technologie, mais sur l’acceptation par la classe, les assureurs et les États du pavillon. WinGD indique que ses moteurs lents à ammoniac ont reçu une homologation de classe, notamment via Lloyd’s Register en 2022 pour une approbation de principe sur une architecture bicarburant. Dans le maritime, ce type de validation est un passage obligé, car il conditionne l’assurance, l’accès aux ports, et la capacité à obtenir des financements sur des navires neufs.

Le rôle de la classe est d’encadrer les risques, toxicité du carburant, procédures de ventilation, détection de fuites, confinement des espaces, redondances de sécurité, et scénarios d’urgence. L’ammoniac est connu pour sa dangerosité en cas d’exposition, ce qui impose des règles strictes sur les zones machine, les circuits d’alimentation et les interfaces avec le stockage. Le navire doit intégrer des capteurs, des systèmes d’arrêt d’urgence, des protocoles d’évacuation et des équipements de protection adaptés. Ces éléments ne relèvent pas d’un simple ajout, ils influencent l’architecture du navire et la formation de l’équipage.

La réglementation internationale évolue aussi, avec des travaux à l’Organisation maritime internationale sur des cadres pour les carburants alternatifs. Les armateurs anticipent des exigences plus strictes sur l’intensité carbone et sur les carburants utilisés. Dans ce contexte, une homologation de classe sert de socle pour accélérer les décisions d’achat, car elle réduit l’incertitude technique et juridique. Les chantiers navals y trouvent aussi un intérêt, car ils peuvent proposer des designs plus facilement acceptés par les autorités.

WinGD évoque plus d’une trentaine de moteurs à ammoniac commandés après ces jalons de validation. Ce volume reste modeste à l’échelle d’une flotte mondiale, mais il signale un début de dynamique, surtout si les commandes couvrent plusieurs segments, transporteurs de gaz, vraquiers, et porte-conteneurs. Les exploitants de vraquiers, très sensibles au coût du carburant, attendent des solutions capables de fonctionner sur des routes longues, avec des infrastructures portuaires variables. La classe, de son côté, doit vérifier que les standards de sécurité restent cohérents d’un chantier à l’autre, ce qui explique une montée en puissance progressive plutôt qu’une bascule brutale.

Exmar, Hyundai Mipo et la Corée du Sud au centre du déploiement

Le choix d’un chantier sud-coréen comme Hyundai Mipo pour intégrer un moteur à ammoniac illustre la place de la Corée du Sud dans l’industrialisation des technologies maritimes. Les grands chantiers coréens disposent d’écosystèmes complets, ingénierie, fournisseurs, motoristes partenaires, capacités d’essais, et expérience des navires à gaz. Pour un transporteur combiné GPL/ammoniac, cette expérience compte, car l’intégration implique des interfaces entre propulsion, stockage, sécurité et opérations cargo.

Exmar se positionne sur une flotte capable de transporter des molécules liées à la transition énergétique. Un transporteur de 46 000 m3 peut servir à acheminer des cargaisons entre des hubs de production et des zones consommatrices, avec des contrats souvent structurés sur plusieurs années. Pour un armateur, équiper un navire d’un moteur à ammoniac peut être un argument commercial auprès de certains chargeurs, notamment ceux qui affichent des objectifs de réduction d’empreinte carbone sur leur chaîne logistique.

Le calendrier annoncé, commande en 2020 et mise en service en 2026, reflète la durée de maturation des projets navals. Entre la conception, les approvisionnements, la construction, les essais à quai, puis les essais en mer, chaque jalon peut être affecté par des retards. Ajouter un carburant nouveau complexifie la gestion du risque, car il faut aligner le chantier, le motoriste, les fournisseurs de systèmes d’alimentation et la classe. La réussite du premier navire conditionne souvent la suite, parce que les unités surs reprennent les mêmes choix techniques avec des ajustements issus du retour d’expérience.

La Corée du Sud joue aussi un rôle sur la chaîne de fabrication des moteurs, via HD Hyundai Heavy Industries et ses entités spécialisées. Cette concentration industrielle facilite la coordination entre le design du moteur, sa fabrication, et son intégration à bord. Pour les armateurs européens, la dépendance à l’Asie sur la construction navale est déjà une réalité, et les innovations de propulsion suivent le même chemin. Le déploiement sur un navire en construction, plutôt que sur un retrofit, permet d’intégrer dès le départ les volumes, les cheminements de tuyauterie, et les zones de sécurité, ce qui réduit les compromis techniques.

WinGD prépare une option X-DF-P propane pour 2027

Au-delà du moteur X-DF-A dédié à l’ammoniac, WinGD travaille sur une option permettant aussi l’usage du GPL, via une variante appelée X-DF-P pour propane. L’objectif est de répondre à un besoin concret du marché, des navires capables de transporter à la fois de l’ammoniac et du GPL, et de choisir le carburant en fonction des disponibilités, des prix et des contraintes opérationnelles. Dans le shipping, la flexibilité carburant est souvent un facteur de décision, car elle limite l’exposition à un seul marché de soutage.

WinGD présente ce package comme relativement léger, portant principalement sur la modification de l’injection. Cette approche vise à réduire le coût d’entrée et la complexité d’intégration. Pour un armateur, une modification limitée, documentée et validée, peut se traduire par moins de temps d’arrêt, une formation plus simple, et une meilleure disponibilité des pièces. Sur des navires spécialisés, la capacité à basculer entre deux carburants peut aussi servir de filet de sécurité si l’infrastructure d’avitaillement à l’ammoniac n’est pas disponible dans un port donné.

La disponibilité annoncée en 2027 suggère une feuille de route étalée, avec des étapes de tests, de validation et de standardisation. Les motoristes doivent prouver la stabilité sur différents régimes, le comportement en transitoire, et l’impact sur l’usure. Les opérateurs attendent des garanties sur les intervalles de maintenance et sur la compatibilité avec les systèmes de contrôle existants. La question du coût total de possession reste centrale, car un carburant alternatif ne s’impose que si l’équation économique tient, entre prix du carburant, taxes carbone, coûts de mise en conformité et valeur résiduelle du navire.

Le développement d’options multi-carburants répond aussi à une réalité du marché, la transition se fait par étapes. Certains navires peuvent démarrer avec un carburant disponible, puis augmenter la part d’ammoniac au fil du temps, en fonction des contrats et des routes. Cette logique est observée sur d’autres filières, comme le GNL ou le méthanol, où les navires sont parfois conçus pour une flexibilité progressive. Pour WinGD, proposer une gamme cohérente permet de sécuriser des commandes sur plusieurs segments, dont les vraquiers et les porte-conteneurs, où les volumes de carburant consommés sont très élevés et où la pression des chargeurs sur les émissions s’intensifie.

Source : WinGD

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