211 milliards d’euros et 668 000 salariés pour tout fabriquer aux Etats-Unis, mais la CTA juge les 50 % de semi-conducteurs impossibles

Machine de placement de composants en ligne dans un atelier d'assemblage électronique, avec bobines de composants et écran de commande

Fabriquer entièrement aux Etats-Unis dix catégories d’électronique grand public d’ici 2031 coûterait 170,2 à 211,6 milliards d’euros d’investissement et exigerait 555 000 à 668 000 salariés supplémentaires, soit plus du double des effectifs actuels du secteur. C’est l’association professionnelle du secteur elle-même qui le chiffre, et son président exécutif juge l’objectif présidentiel sur les semi-conducteurs « physiquement impossible ».

Dix catégories, une échéance en 2031, et une facture en trois monnaies

78,1 milliards d’euros par an pour bâtir des data centers américains, mais le Census ne compte ni les serveurs ni les baies

La Consumer Technology Association (CTA), première association professionnelle technologique américaine, a transmis à ses membres début octobre 2026 une étude chiffrant une production 100 % américaine de dix catégories de produits domestiques. Atteindre cet objectif d’ici 2031 « exigerait entre 185 et 230 milliards de dollars de dépenses d’investissement, 555 000 à 668 000 employés à temps plein supplémentaires, et 19,1 à 19,5 milliards de kilowattheures d’électricité par an », écrit l’association, soit 170,2 à 211,6 milliards d’euros et 19,1 à 19,5 térawattheures annuels. Les catégories retenues sont les moniteurs, portables, aspirateurs robots, enceintes connectées, téléphones mobiles, montres connectées, téléviseurs, consoles de jeu, écouteurs et casques sans fil.

La main-d’oeuvre et l’électricité avant l’argent

La CTA insiste sur un point : la contrainte de main-d’oeuvre pèse probablement plus lourd que la contrainte financière, puisqu’il faudrait plus du double des effectifs actuels de la fabrication américaine d’informatique et d’électronique. L’association note aussi que la demande électrique d’une relocalisation simultanée de toutes les chaînes d’approvisionnement entrerait en concurrence avec les besoins des data centers d’IA sur la même période. Elle justifie l’exercice ainsi : « Il ne suffit plus de dire que la relocalisation est difficile. Les questions pratiques sont ce qu’elle coûterait, produit par produit, ce qu’elle exigerait physiquement, et qui paierait. »

Plus 152 % sur le coût d’un téléphone, plus 41 % sur un téléviseur

En tenant compte des droits de douane déjà en vigueur, avec des données douanières arrêtées à septembre 2026, la CTA chiffre la hausse du coût de fabrication produit par produit. Les plus fortes hausses touchent, selon elle, les appareils contenant processeurs, mémoire et écrans avancés. L’association estime que les entreprises répercuteraient entre 25 et 50 % de cette hausse, et que « les dix produits de notre rapport connaîtraient une hausse de prix moyenne pondérée de 27 à 55 % ». Elle n’a publié aucune prévision de prix pour un modèle précis.

ProduitHausse du coût de fabrication (production intégrale)Hausse du prix de détail modélisée (assemblage seul)
Téléphone mobile+ 152 %+ 17 à 33 %
Montre connectée+ 97 %+ 7 à 14 %
Ordinateur portable+ 93 %+ 12 à 25 %
Console de jeu+ 58 %+ 7 à 15 %
Aspirateur robot+ 52 %+ 1 à 2 %
Téléviseur+ 41 %+ 2 à 3 %

Le scénario que la CTA défend vraiment : l’assemblage seul

L’association propose une « première étape » bien plus étroite : relocaliser uniquement l’assemblage final, pas la fabrication de chaque composant. Elle la chiffre à 14,7 à 17,5 milliards d’euros, 61 000 à 73 000 emplois et 1,4 à 1,8 milliard de kilowattheures par an, soit environ un dixième de la facture d’investissement du scénario complet. Le coût de fabrication d’un téléphone augmenterait quand même de 67 %, celui d’un portable de 50 %. Pour rendre ce chemin viable, la CTA demande la suspension des droits de douane sur les composants, au minimum pour les partenaires jugés fiables : « Les droits de douane sur les composants renchérissent le coût d’assemblage aux Etats-Unis par rapport au mix d’importations actuel. »

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« Physiquement impossible » : le patron de la CTA contre l’objectif des 50 %

La tension est explicite. Donald Trump a exigé que les Etats-Unis relocalisent 50 % de la fabrication de semi-conducteurs avant la fin de son mandat, dans le cadre d’un décret « Genesis Mission » signé fin 2025. En conférence de presse, Gary Shapiro, président exécutif du conseil de la CTA, a déclaré qu’« il n’est pas réaliste de penser que dans environ deux ans, nous aurons plus de 50 % de la fabrication de semi-conducteurs aux Etats-Unis », avant d’ajouter : « Je veux dire, c’est tout simplement physiquement impossible, impossible en termes de main-d’oeuvre. Et même si vous y mettiez tout l’argent aujourd’hui, vous ne pourriez pas le faire. » Deux réserves s’imposent : la CTA est l’organisation de lobbying du secteur, donc partie prenante, et ses chiffres sont ses propres estimations, non validées par un organisme public. Elle indique que 80 % de ses membres sont de petites entreprises et avertit qu’une hausse de leurs coûts pourrait « affecter de façon mesurable l’inflation américaine globale ». Ces chiffres ont été repris indépendamment par Inside U.S. Trade et TokenPost le 7 octobre 2026.

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