Quatorze mois d’enquête, une conclusion officielle de menace pour la sécurité nationale, et zéro droit de douane : la proclamation signée le 28 octobre 2026 par Donald Trump sur les importations de robots et de machines industrielles ne contient aucune mesure contraignante. Ni elle ni la fiche de synthèse de la Maison Blanche ne publient un seul chiffre à l’appui de la dépendance qu’elles invoquent. Trois mois plus tôt, les drones avaient reçu 100 % de droits.
Une menace reconnue, aucune mesure prise
Le texte, intitulé « Ajustement des importations de robotique, de machines industrielles et de leurs pièces et composants aux Etats-Unis », entérine la conclusion du secrétaire au Commerce : ces produits « sont importés aux Etats-Unis en quantités et dans des conditions telles qu’ils menacent de porter atteinte à la sécurité nationale », au titre de la section 232 du Trade Expansion Act de 1962. C’est la formule qui, dans les précédentes procédures, a servi de base à des droits de douane. Ici, elle n’ouvre sur aucun tarif. Le président se réserve seulement la possibilité d’imposer plus tard droits, taxes, quotas, redevances ou programmes d’incitation à l’investissement.
Négocier d’abord, et un seul jalon : le 26 avril 2027
La proclamation charge le secrétaire au Commerce et le représentant américain au commerce (USTR) de « mener conjointement la négociation d’accords destinés à répondre à l’atteinte redoutée ». Le seul engagement daté est un rapport d’étape commun dans les 180 jours, soit au plus tard le 26 avril 2027, suivi de points périodiques. L’enquête de section 232 avait pourtant été ouverte le 2 septembre 2025, la consultation publique se refermant le 17 octobre 2025 : quatorze mois de procédure pour un dispositif qui ne change, à ce stade, le prix d’aucune machine importée.
Cent pour cent sur les drones de plus de 25 kg, rien sur les robots
La comparaison est fournie par l’administration elle-même. La proclamation du 13 août 2026 sur les systèmes d’aéronefs sans équipage a imposé 100 % de droits sur les appareils de plus de 25 kg ou dotés d’imagerie thermique, ainsi que sur les stations d’accueil et les composants critiques, et 25 % sur les drones de 25 kg ou moins, le tout applicable aux marchandises déclarées à partir du 3 septembre 2026. Elle était assortie d’un programme du département du Commerce exonérant les nouvelles usines américaines qualifiées. Pour les robots, le même raisonnement de sécurité nationale aboutit à une invitation à discuter.
Un périmètre très large, mais pas un chiffre pour l’étayer
Le champ couvre la robotique au sens large, robots autonomes, humanoïdes, quadrupèdes et véhicules terrestres autonomes, les machines industrielles et l’ensemble de leurs pièces et composants, avec des usages dans les 16 secteurs d’infrastructures critiques américains. La fiche de synthèse affirme que « les Etats-Unis produisent moins de robotique et d’équipements industriels qu’ils n’en consomment et n’ont pas la capacité de satisfaire la demande américaine croissante » et que « la quasi-totalité des systèmes de défense modernes et des secteurs d’infrastructures critiques requiert l’usage de robotique ou de machines industrielles ». Aucun pourcentage d’importation, aucun montant, aucun seuil ne vient appuyer ces phrases. La proclamation évoque enfin un risque de cybersécurité, les importations venant de « certaines entités étrangères » traitant et stockant « couramment des données sensibles », sans nommer de pays.
Les seuls chiffres disponibles viennent de la Fédération internationale de robotique
Pour mesurer la dépendance invoquée, il faut se tourner vers l’IFR, qui annonçait le 18 juin 2026 l’installation de 38 000 robots industriels aux Etats-Unis en 2025, en hausse de 11 % sur un an. L’automobile reste le premier client avec 13 500 unités, soit 1 % de moins qu’en 2024 ; la métallurgie et la machine, comme l’électrique et l’électronique, pèsent environ 3 000 installations chacune, l’agroalimentaire progressant d’environ 30 %. « Les Etats-Unis sont de retour sur la voie de la croissance », déclare Takayuki Ito, président de l’IFR. La densité robotique américaine reste pourtant au huitième rang mondial. L’IFR ne publie en revanche aucune répartition entre robots importés et robots produits sur place : la donnée qui fonderait la proclamation n’existe pas publiquement.
| Densité robotique, robots pour 10 000 salariés de l’industrie | Valeur |
|---|---|
| Corée du Sud | 1 220 |
| Allemagne | 449 |
| Japon | 446 |
| Etats-Unis, huitième rang mondial | 307 |
| Chine | 166 |
