Des militaires américains armés se préparaient à monter à bord d’un navire chinois et des avions étaient déjà en vol quand des responsables ont regardé de plus près le rapport de renseignement qui avait déclenché l’opération. Ce rapport avait été produit avec l’aide d’un chatbot, et il était « entièrement faux », révèle CNN le 18 septembre 2026. Une source parle d’un épisode qui « a failli déclencher une guerre ».
Des avions en vol avant que quelqu’un ne relise le sourçage
L’enquête, signée Katie Bo Lillis et Zachary Cohen, situe les faits au printemps 2026, pendant la guerre avec l’Iran. Un rapport de renseignement diffusé dans l’ensemble de l’armée américaine affirmait qu’un navire chinois transportait au Moyen-Orient des composants d’un programme d’armement nucléaire. Selon quatre sources familières de l’épisode citées par CNN, un plan d’interception a été enclenché. Deux de ces sources précisent que des militaires armés se préparaient à monter à bord ; l’une d’elles et une autre source indiquent que des avions militaires étaient en vol. Des responsables n’ont creusé le sourçage du document que juste avant l’opération prévue.
Deux passages par l’IA dans la même chaîne de renseignement
CNN décrit un mécanisme en deux temps. L’analyste, rattaché à un commandement des opérations spéciales, a d’abord interrogé un chatbot au sujet de renseignements sur le manifeste du navire, qui provenaient du US Special Operations Command Pacific, basé à Hawaï. Le robot a fusionné du renseignement de source ouverte avec du renseignement d’origine électromagnétique classifié détenu par le gouvernement, et a mal identifié le matériel transporté. L’analyste a ensuite utilisé de nouveau l’IA pour mettre en forme ces conclusions dans un rapport au format standard, celui auquel les responsables militaires accordent leur confiance, puis l’a diffusé.
| Étape de la chaîne | Ce qu’en dit CNN |
|---|---|
| Origine des données | Renseignement sur le manifeste du navire, venu du commandement des opérations spéciales pour le Pacifique, à Hawaï |
| Première utilisation de l’IA | Un chatbot fusionne source ouverte et renseignement électromagnétique classifié, et identifie mal la cargaison |
| Seconde utilisation de l’IA | Mise en forme dans un rapport de renseignement standard, puis diffusion |
| Réaction militaire | Plan d’interception, militaires armés prêts à monter à bord, avions en vol |
| Arrêt | Examen du sourçage juste avant l’opération, rapport jugé « entièrement faux » |
| Cargaison réelle | Non établie par CNN |
« Des copies des outils commerciaux, avec du rouge à lèvres »
CNN n’a pas pu établir si le chatbot était un produit commercial ou un outil gouvernemental. Un ancien haut responsable américain connaissant ces systèmes décrit ainsi l’outillage interne : « Les outils internes ne sont pour l’essentiel que des copies des outils commerciaux, avec du rouge à lèvres. » Plusieurs responsables décrivent à CNN un effort décentralisé : différentes parties du gouvernement emploient des outils différents, sous des ordres et des normes de sûreté différents, sans aucun ensemble unique de règles pour vérifier ce que ces systèmes produisent. Le commandement concerné et le Pentagone n’ont pas répondu à la demande de commentaire de CNN.
Trois millions de personnels visés par la stratégie de janvier
En janvier 2026, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a publié une « stratégie d’accélération de l’intelligence artificielle ». Il déclarait alors : « Nous allons libérer l’expérimentation, éliminer les barrières bureaucratiques, concentrer nos investissements et démontrer l’approche d’exécution nécessaire pour nous assurer de mener la course à l’IA militaire. » Le mémo qui accompagne la stratégie fixe l’objectif de « démocratiser l’expérimentation et la transformation par l’IA dans tout le ministère, en plaçant les modèles d’IA américains de premier plan directement entre les mains de nos trois millions de personnels civils et militaires, à tous les niveaux de classification ». Selon Ars Technica, le Pentagone a indiqué au Congrès en juin que 1,5 million de ses personnels avaient déjà utilisé ces outils.
Le ciblage, sans directive sur ce que l’humain est censé rattraper
Une source proche des politiques militaires actuelles déclare à CNN : « L’IA dans le ciblage monte clairement en puissance, et il n’existe aucune directive réelle sur la façon dont la présence d’un humain dans la boucle empêchera les pertes civiles ou les tirs fratricides. » Le média indique que ce type d’hallucination n’a pas été isolé dans la communauté du renseignement depuis la diffusion de ces outils. Le débat public porte ces dernières semaines sur des scénarios où l’IA échapperait au contrôle humain ; cet épisode désigne un risque plus immédiat, celui d’humains qui décident sur la foi d’un document fabriqué par une machine.
