456 réacteurs demandés sur 3 640 hectares de terres publiques en Utah, mais aucun des 9,6 GW n’ira aux foyers de l’Etat

Paysage de terres publiques de l'Utah : une mesa aux falaises ocres éclairée par la lumière rasante du couchant domine une vaste étendue plate d'herbes sèches.

La start-up Valar Atomics demande plus de 9 000 acres de terres publiques, soit environ 3 640 hectares, près de Price, dans l’Utah, pour installer quelque 456 petits réacteurs et des centres de données. Les 9,6 gigawatts annoncés représentent 2,4 fois la production électrique moyenne de l’Etat et de quoi alimenter 7 à 7,8 millions de logements, mais aucun mégawatt n’est destiné aux foyers. Depuis 2000, les Etats-Unis n’ont mis en service que trois centrales nucléaires, pour 3,4 gigawatts au total.

Un dossier déposé au Bureau of Land Management pour 3 905 hectares

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Selon NPR, qui a publié son enquête le 30 septembre 2026 sous la signature de Geoff Brumfiel, Valar Atomics a déposé auprès du Bureau of Land Management, l’agence fédérale qui gère les terres publiques, une demande portant sur plus de 9 000 acres (environ 3 640 hectares) de terrain fédéral près de Price. L’entreprise réclame en outre environ 650 acres (263 hectares) de terres gérées par l’Etat de l’Utah, ce qui porterait l’emprise du campus au-delà de 9 650 acres, soit environ 3 905 hectares. Le dossier, révélé le 24 septembre 2026 par le Salt Lake Tribune, prévoit des centres de données, une usine de combustible nucléaire et des installations de stockage de déchets.

9,6 gigawatts annoncés, 11,4 selon l’arithmétique des réacteurs

Le projet, baptisé Project Beehive, repose sur environ 456 petits réacteurs modulaires de 25 mégawatts électriques chacun, pour une puissance totale annoncée d’environ 9,6 gigawatts, à laquelle s’ajoute une quantité supérieure de chaleur destinée à d’autres usages industriels. Les deux chiffres publiés ne se recoupent pas : 456 réacteurs de 25 MW donnent 11,4 gigawatts, et 9,6 gigawatts correspondraient à 384 réacteurs. TechRadar, qui a repris l’information le 3 octobre 2026, écrit d’ailleurs que les 456 unités produiraient « selon les informations disponibles » environ 9,6 gigawatts. L’entreprise avait d’abord envisagé une parcelle de 10 200 acres (4 130 hectares) près de Green River, avant d’y renoncer.

De quoi alimenter sept millions de foyers, aucun n’y aura droit

La comparaison avec le réseau local donne la mesure du projet : l’Utah produit aujourd’hui environ 4 gigawatts en moyenne, avec une pointe estivale d’environ 10 gigawatts. Sur la base d’une consommation moyenne de 900 à 1 000 kilowattheures par mois et par foyer américain, 9,6 gigawatts en fonctionnement continu alimenteraient 7 à 7,8 millions de logements, quand l’Etat en compte environ 1,3 million selon les estimations du Bureau du recensement. La totalité de cette électricité est pourtant prévue pour des installations informatiques. Le calendrier annoncé prévoit des travaux non nucléaires dès la fin 2026, les premiers réacteurs en 2028 et l’achèvement du site en 2032.

« Cela va au-delà de la communauté locale » : l’opposition se structure

Le bureau de l’Utah du BLM a confirmé la réception du dossier : « Nous examinons actuellement la demande pour en vérifier la complétude », indique l’agence, qui ajoute « nous veillerons à ce que le public ait de véritables occasions de donner son avis » dans le cadre de l’examen prévu par le National Environmental Policy Act. Neal Clark, directeur des espaces naturels à la Southern Utah Wilderness Alliance, déclare à NPR : « Il est préoccupant de voir que l’administration Trump, avec le soutien de l’Etat de l’Utah, pousse ce projet sur une superficie importante de terres publiques. » Lexi Tuddenham, directrice exécutive de la Healthy Environment Alliance of Utah, estime que « la coalition des personnes qui s’inquiètent de ces sujets dépasse complètement les clivages politiques » et que « si nous avons des installations comme celle-ci sur des terres publiques, pour du stockage de déchets, pour du développement nucléaire massif, pour des centres de données, cela aura des implications énormes sur la façon dont les terres publiques sont utilisées ».

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Un seul réacteur d’essai derrière les 456 annoncés

L’expérience industrielle accumulée reste mince. Valar Atomics a été retenue en août 2025 dans le programme pilote de réacteurs du département de l’Energie. Son réacteur d’essai Ward 250, acheminé dans l’Utah par avion C-17 en février 2026, a atteint la criticité en juin 2026 et produit de l’électricité le 1er juillet 2026, alimentant une puce Nvidia au moyen d’un système thermoélectrique. « Mesdames et messieurs, Valar Atomics vient de devenir la première start-up de l’histoire à produire de l’électricité nucléaire, ici même », déclarait ce jour-là Isaiah Taylor, son directeur général. L’entreprise assure qu’« aucune construction ne commence avant les permis et les autorisations, et c’est le processus public, et non nos objectifs internes, qui fixe le rythme ».

RepèrePuissance ou nombre
Project Beehive annoncé9,6 GW (456 réacteurs de 25 MW, soit 11,4 GW par le calcul)
Production moyenne de l’Utah4 GW
Pointe estivale de l’Utah10 GW
Centrales américaines mises en service depuis 20003, pour 3,4 GW au total
Logements de l’Utah1,3 million
Logements équivalents à 9,6 GW7 à 7,8 millions, dont aucun desservi

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