Au moins 38 data centers texans ont obtenu depuis 2024 des permis d’air de type « source mineure » pour produire leur électricité sur place, couvrant plus de 2 100 groupes électrogènes diesel, selon l’enquête de Floodlight et du Texas Tribune. Le gouverneur Greg Abbott a suspendu le 21 septembre 2026 la délivrance des permis liés aux data centers, mais la NAACP juge que l’audit ignore précisément les sites qui fabriquent leur propre courant.
Un permis prévu pour les pressings, utilisé pour 2 100 groupes diesel
La catégorie de permis d’air mise en cause sert d’ordinaire aux pressings, aux carrossiers, aux centrales à béton et aux concasseurs : elle existe pour éviter un examen lourd à de petites sources de pollution répétées. Selon l’enquête publiée le 9 juillet 2026 par Floodlight et le Texas Tribune, au moins 38 data centers texans s’en sont servis depuis 2024 pour autoriser plus de 2 100 groupes électrogènes diesel, sans étude d’impact, sans avis au public et sans consultation. Cumulés, ces groupes sont autorisés à rejeter près de 2 500 tonnes courtes d’oxydes d’azote par an, soit environ 2 270 tonnes, plus du triple de la plus récente centrale à charbon de l’État, précise Floodlight.
Abbott gèle les permis, mais l’audit regarde d’abord le réseau
Le 21 septembre 2026, Greg Abbott a ordonné à la Texas Commission on Environmental Quality (TCEQ) d’arrêter la délivrance de tous les permis liés aux projets de data centers, selon le communiqué du gouverneur et le Texas Tribune. Aucune agence de l’État ne doit avancer sur une autorisation avant que la Public Utility Commission of Texas, le Texas Water Development Board et l’ERCOT n’aient obtenu et examiné un audit des projets engagés dans la procédure de raccordement au réseau texan. La TCEQ doit remettre un point de conformité au cabinet du gouverneur avant le 19 octobre 2026.
La NAACP vise le trou du dispositif : les sites hors réseau
Dans une lettre ouverte adressée à Abbott le 29 septembre 2026, la NAACP Texas State Conference et le NAACP Center for Environmental and Climate Justice jugent la mesure insuffisante. Leur argument porte sur le périmètre : l’audit part de la file d’attente de raccordement, donc il laisse de côté les projets qui produisent ou achètent leur électricité sur site, et il n’examine pas les effets cumulés de pollution, d’eau et de bruit. Les deux organisations réclament un moratoire complet, la publication obligatoire des impacts, un suivi indépendant et un « Frontline Framework » fondé sur le consentement des communautés. Elles chiffrent la consommation d’eau des data centers texans à 25 milliards de gallons par an, soit environ 94,6 milliards de litres, avec une projection de 161 milliards de gallons en 2030, soit environ 609 milliards de litres, alors que 77 % du Texas connaît des conditions de sécheresse. Elles citent Nueces County et Fort Stockton, déjà sous tension hydrique.
Abilene : 62 groupes diesel posés, 41 turbines demandées ensuite
Le campus Stargate d’OpenAI à Abilene, développé par Crusoe dans une coentreprise avec SoftBank et Oracle, couvre 1 100 acres, soit environ 445 hectares, avec une centrale à gaz de 360 MW en première phase. Floodlight indique que le site avait déjà construit 10 turbines à gaz et 62 groupes diesel autorisés par des permis mineurs, avant de demander 41 turbines et 18 groupes supplémentaires. Ces 10 turbines émettraient 1,6 million de tonnes courtes de gaz à effet de serre par an, soit environ 1,45 million de tonnes. Bruce Buckheit, ancien responsable de l’application de la réglementation de l’air à l’agence fédérale de l’environnement, rappelle que ces permis visent « les petites choses qui arrivent souvent », comme les stations-service ou les pressings, et estime que Stargate « n’a rien de courant ».
Des déclarations d’émissions qui s’arrêtent juste sous le seuil
Floodlight relève que plus de 54 % des data centers examinés ont déclaré des émissions d’oxydes d’azote juste en dessous des seuils qui déclenchent un examen renforcé. Kathryn Guerra, ancienne agente de la TCEQ passée chez Public Citizen, estime que « ces permis de niveau inférieur sont accordés très vite » sans que le public le sache, et que « cela semble assez intentionnel ». James Doty, qui a contrôlé la qualité de l’air à la TCEQ pendant une trentaine d’années, résume : « Si un data center obtient son permis d’exploitation, il est trop tard. » La TCEQ n’a pas répondu aux questions précises de Floodlight ; un représentant a déclaré que l’agence « ne délivre que des permis d’air conformes aux règles d’application étatiques et fédérales ». Ces tonnages restent des plafonds d’autorisation, pas des émissions mesurées.
| Site | Oxydes d’azote déclarés par an | Seuil local d’examen renforcé |
|---|---|---|
| CyrusOne, Whitney | 249,1 tonnes courtes, soit 226 tonnes | 250 tonnes courtes, soit 227 tonnes |
| Vantage, près de San Antonio | 99,8 tonnes courtes, soit 90,5 tonnes | 100 tonnes courtes, soit 90,7 tonnes |
