Les déclarations déposées auprès du régulateur américain de l’énergie portent désormais sur 60,4 gigawatts de centrales à gaz à raccorder au réseau d’ici fin 2030, contre 41,8 GW dans la prévision de décembre 2025, soit 44 % de plus en huit mois. Dans le même temps, les ajouts d’éolien prévus ont reculé de 33,9 %. Ces chiffres ne sont pas des chantiers : ce sont des intentions de développeurs.
Des données fédérales compilées par deux organisations militantes
Le 5 octobre 2026, Environment America Research & Policy Center et Frontier Group ont publié un explicatif et une carte interactive bâtis sur les dernières données de l’Energy Information Administration (EIA). Les déclarations transmises pour des mises en service démarrant en août 2026 totalisent 60,4 GW de capacité gaz supplémentaire raccordée au réseau d’ici fin 2030, contre 41,8 GW en décembre 2025. En janvier 2023, seuls 20,4 GW étaient attendus à cette échéance : les projets ont donc presque triplé. Selon le communiqué, 60,4 GW représentent plus de capacité que l’ensemble des centrales de tous les Etats américains sauf trois, le Texas, la Californie et la Floride.
| Capacité gaz attendue sur le réseau d’ici 2030 | Valeur |
|---|---|
| Prévision de janvier 2023 | 20,4 GW |
| Prévision de décembre 2025 | 41,8 GW |
| Déclarations d’août 2026 | 60,4 GW |
| Variation en huit mois | + 44 % |
Le Texas prend un tiers du total, et un seul complexe en porte la moitié
Des centrales à gaz sont prévues dans 32 Etats et à Washington D.C. Le Texas concentre à lui seul 20 GW, précisément 20 047,8 MW, soit 33,2 % de toute la capacité gaz nouvelle proposée d’ici 2030, ce qui élargirait de 24 % son parc gaz existant. L’essentiel vient du projet Matador, un complexe énergétique privé et pôle de traitement de données de 3 064 hectares dont la capacité totale approche 11,6 GW : cette seule installation ajouterait plus de capacité gaz que la capacité de production, toutes sources confondues, de 16 Etats américains pris individuellement, selon l’explicatif.
| Etat | Capacité gaz prévue d’ici 2030 | Part du total national |
|---|---|---|
| Texas | 20 047,8 MW | 33,2 % |
| Louisiane | 6,6 GW | non précisée |
| Pennsylvanie | 4,4 GW | non précisée |
| Oklahoma | 3,0 GW | non précisée |
| Mississippi | 2,6 GW | non précisée |
| Total des cinq Etats | sans objet | 61 % |
L’éolien recule de 33,9 %, et le gaz pèse trois fois plus
Les ajouts prévus d’éolien ont chuté de 33,9 % depuis décembre 2025, et les ajouts prévus de solaire et de stockage par batteries n’ont pas progressé au rythme de la demande, même si le solaire reste la première source de capacité nouvelle attendue sur le réseau. Il est désormais prévu trois fois plus de capacité gaz que de capacité éolienne d’ici 2030, alors qu’en décembre 2024 encore le pays attendait davantage d’éolien que de gaz. Les auteurs attribuent cette inversion à la demande des data centers : selon le Lawrence Berkeley National Laboratory qu’ils citent, ces sites pesaient 4,7 % de la consommation électrique américaine en 2024, contre 1,9 % en 2018, et pourraient en représenter de 9,5 % à 15,3 % en 2030.
Ce que les chiffres de l’EIA ne comptent pas
La réserve est posée par les auteurs eux-mêmes. L’EIA n’exige la déclaration, via son formulaire 860, que des installations destinées à être raccordées au réseau local ou régional. Les centrales à gaz hors réseau que les data centers prévoient pour leur usage propre échappent donc au décompte et pourraient, selon l’explicatif, ajouter des dizaines de gigawatts. Une estimation citée avance que les centrales bâties sur les sites de data centers pourraient accroître de 20 % les émissions du secteur électrique américain. Les données d’août 2026 proviennent du rapport Electric Power Monthly publié en septembre 2026. Rien n’indique que ces projets seront tous construits.
Vingt-cinq à trente ans d’exploitation, et une mise en garde des auteurs
L’enjeu tient à la durée de vie du matériel : les centrales à gaz à cycle combiné fonctionnent 25 à 30 ans, rappelle l’explicatif, et le méthane qu’elles brûlent a un pouvoir de réchauffement par tonne 34 fois supérieur à celui du CO2 sur un siècle. « Les données sont claires : la montée en flèche de la demande d’électricité pour alimenter les data centers met en péril la transition de notre pays vers les énergies propres », déclare Andre Delattre, vice-président senior et directeur des opérations de The Public Interest Network. L’explicatif, signé par Tony Dutzik, du Frontier Group, et Johanna Neumann, d’Environment America Research & Policy Center, cite aussi une étude estimant qu’en scénario de forte croissance, les installations fossiles au service des data centers pourraient contribuer à environ 600 000 cas de symptômes d’asthme et environ 1 300 décès prématurés en 2028.
