4 600 km d’Atlantique pour éviter les Etats-Unis, mais aucun client confirmé : le câble Leif Erikson cherche un actionnaire canadien

Le navire câblier Cable Innovator, coque rouge et superstructure blanche, au mouillage devant une côte boisée

Le norvégien Bulk Infrastructure cherche un actionnaire canadien majoritaire pour financer et construire Leif Erikson, un câble de 4 600 km qui relierait l’Europe au Canada sans toucher le sol américain. Le coût annoncé dépasse 570 millions d’euros, aucun client n’est confirmé, et le projet est poussé sans succès depuis cinq ans par son promoteur.

4 600 km d’Atlantique, puis 1 900 km sous le Québec

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Le tracé décrit par l’entreprise part du campus N01 de Kristiansand, à la pointe sud de la Norvège, et traverse 4 600 km d’Atlantique jusqu’à Happy Valley-Goose Bay, à Terre-Neuve-et-Labrador. De là, la liaison se poursuit sur environ 1 900 km en souterrain, à travers le Québec, jusqu’à Montréal. Bulk annonce 46 millisecondes de latence jusqu’à Happy Valley-Goose Bay et 65 millisecondes jusqu’à Montréal, et présente le futur système comme le premier câble transatlantique alimenté à 100 % par des énergies renouvelables. Le coût de construction est évalué à plus de 570 millions d’euros.

« Il faut que ce soit un système de câble souverain canadien »

Peder Nærbø, fondateur et président exécutif du groupe, a exposé son plan à l’agence Bloomberg le 19 octobre 2026 : il recherche un partenaire canadien qui détiendrait la majorité du projet. « Il faut que ce soit un système de câble souverain canadien », déclare-t-il, en expliquant que « ce qui a tout changé, c’est l’escalade de la situation actuelle avec les Etats-Unis ». Bulk est déjà détenu à 65 % par BGO, filiale de gestion immobilière de l’assureur canadien Sun Life Financial, via deux fonds, et compte plusieurs fonds de pension canadiens à son actionnariat. Le groupe revendique environ 10 000 km de fibre déjà posés à terre et en mer.

Un seul lien direct récent, et il appartient à Alphabet

L’argument de souveraineté repose sur un constat vérifiable : très peu de câbles sous-marins relient le Canada au reste du monde sans transiter d’abord par les Etats-Unis, et aucun n’appartient à une société canadienne. Le plus récent lien international direct, le câble Topaz, qui relie le Canada au Japon, appartient à Alphabet, la maison mère de Google. Le projet a été présenté à des investisseurs lors d’un sommet organisé par le gouvernement canadien en septembre 2026, avec la promesse d’une « transmission de données directe, sécurisée et de grande capacité pour les marchés de l’IA, des télécoms et des hyperscalers ».

Un ministère qui ne commente pas, des opérateurs qui ne répondent pas

Le ministère canadien de l’Industrie, dirigé par Mélanie Joly, a refusé de commenter le projet lui-même, mais a indiqué à Bloomberg que la sécurité et la résilience des infrastructures du pays sont des « priorités clés » du gouvernement du premier ministre Mark Carney. Les trois grands opérateurs canadiens, Rogers, Telus et BCE, n’ont pas répondu aux sollicitations. Le 29 octobre 2026, le Canada et l’Europe doivent approuver à Montréal une déclaration sur « la meilleure façon de renforcer les liens numériques entre l’Europe, le Canada et l’Asie par de nouvelles infrastructures de câbles sous-marins », texte qui n’engage aucun financement sur Leif Erikson.

Leif EriksonDonnée annoncée par Bulk Infrastructure
Traversée sous-marine4 600 km, de Kristiansand à Happy Valley-Goose Bay
Prolongement terrestreEnviron 1 900 km en souterrain via le Québec jusqu’à Montréal
Latences46 ms jusqu’à Happy Valley-Goose Bay, 65 ms jusqu’à Montréal
Coût de constructionPlus de 570 millions d’euros
Mise en service affichée sur le site du groupeContrat en vigueur plus trois ans, attendue en 2026
Première annonce du projetOctobre 2021, avec le bureau d’études WFN Strategies

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Ce qui manque encore : clients, financement et permis

Les réserves sont nombreuses et aucune n’est levée. Le tracé et les études doivent encore être validés par l’Union européenne et le Canada. Des financements complémentaires et des clients restent à trouver, et des permis sont nécessaires, notamment auprès des communautés autochtones. Le site officiel de Bulk annonce toujours une mise en service à « contrat en vigueur plus trois ans », attendue en 2026, alors que le projet, annoncé une première fois en octobre 2021 avec le bureau d’études WFN Strategies, n’a ni actionnaire majoritaire ni financement complet à la fin de 2026. Son promoteur le pousse depuis cinq ans sans parvenir à le lancer.

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