Perpetua Resources a déposé le 26 octobre 2026 un formulaire 8-K annonçant un programme d’environ 85 millions de dollars (78,2 millions d’euros) signé avec l’armée de Terre américaine pour évaluer un gisement de tungstène dans l’Idaho. Les États-Unis n’ont plus d’extraction commerciale de ce métal depuis 2015, soit onze ans. Le document ne promet aucune production : il finance des forages et des essais jusqu’au 19 octobre 2029.
Un programme de 85 millions de dollars qui ne paie que des forages
Selon le dépôt transmis à la SEC, la filiale Perpetua Resources Idaho (PRII) a signé un Ordnance Technology Initiative Agreement passé par le Defense Ordnance Technology Consortium, le véhicule contractuel de l’armée de Terre américaine. Le texte décrit un coût total estimé d’environ 85 millions de dollars, une contribution de l’armée de 40 millions de dollars (36,8 millions d’euros) et une contribution équivalente de 40 millions apportée par l’industriel. Le même document mentionne par ailleurs un partage de coûts d’environ 45 millions de dollars (41,4 millions d’euros), sans détailler la façon dont ce montant se raccorde aux deux apports de 40 millions. Rien n’est engagé au-delà : la première phase, d’environ 18 mois, porte sur près de 18 millions de dollars (16,6 millions d’euros), « partagés à parts égales entre PRII et l’armée américaine ».
Ce que l’accord finance exactement, mot pour mot
Le 8-K énumère trois catégories de travaux, et trois seulement : des forages destinés à définir une ressource minérale potentielle en tungstène, la collecte de matériau pour des essais métallurgiques en laboratoire et à l’échelle du banc, puis le permis et l’ingénierie d’une descenderie d’exploration permettant d’accéder à des zones de minéralisation connue. L’objet déclaré du programme est d’évaluer la faisabilité technique et économique d’un concentré de tungstène sur le district minier historique de Stibnite. Interesting Engineering, qui a relayé l’annonce, souligne qu’une mise en exploitation commerciale exigerait encore des autorisations supplémentaires, des travaux de développement et des infrastructures de production qui ne figurent dans aucun de ces 85 millions.
| Élément du programme Tungsten OTIA | Montant (dollars) | Équivalent euros |
|---|---|---|
| Coût total estimé | environ 85 millions | 78,2 millions |
| Partage de coûts mentionné dans le 8-K | environ 45 millions | 41,4 millions |
| Contribution de l’armée de Terre | 40 millions | 36,8 millions |
| Contribution de Perpetua Resources Idaho | 40 millions | 36,8 millions |
| Première phase, environ 18 mois | environ 18 millions | 16,6 millions |
Onze ans sans la moindre mine, et une facture qui est venue de Pékin
Le contexte explique l’empressement. Les États-Unis ont cessé toute extraction commerciale de tungstène en 2015, quand le minerai importé est devenu moins cher que la production nationale. Selon Scientific American, la Chine a contrôlé plus de 78 % de la production mondiale en 2025, sur environ 94 000 tonnes extraites cette année-là. En février 2025, Pékin a instauré des contrôles à l’exportation sur une sélection de produits en tungstène, en réponse aux droits de douane américains. Le métal n’a rien d’anecdotique : sa dureté, sa densité et sa tenue aux très hautes températures en font la matière première des outils de coupe industriels, d’alliages spéciaux et de composants de défense.
Une priorité affichée par le Pentagone, un chantier qui commence par un trou
Vic Ramdass, responsable au ministère de la Défense américain, déclare à Scientific American : « Développer une source nationale de tungstène est l’une de nos toutes premières priorités en matière de minéraux critiques et stratégiques. » L’accord signé avec Perpetua traduit cette priorité en argent public, mais au stade le plus amont de la chaîne. Entre un forage d’exploration et un concentré livré à un fabricant d’alliages, il reste une étude de faisabilité complète, des permis environnementaux, une usine de traitement et un financement de construction, aucun de ces éléments n’étant couvert par le document déposé à la SEC.
Stibnite, un site de la Seconde Guerre mondiale jugé sur des chiffres anciens
Le district de Stibnite n’est pas choisi au hasard. Selon Interesting Engineering, il a fourni pendant la Seconde Guerre mondiale environ la moitié du tungstène américain et 90 % de son antimoine, et des campagnes d’exploration antérieures y ont recoupé une intersection de 9,75 mètres titrant 4,6 % de tungstène. C’est précisément ce que les nouveaux forages doivent vérifier : à ce jour, aucune ressource minérale en tungstène n’est définie sur le site, puisque c’est l’objet même du programme. La période d’exécution court jusqu’au 19 octobre 2029, ce qui situe au mieux à la fin de la décennie le moment où les États-Unis sauront s’ils disposent d’un gisement exploitable, et non celui où ils produiront du métal.
