9,2 milliards d’euros sur la table, et une ambition claire, décrocher l’un des cinq sites de gigafactory IA que l’Union européenne veut labelliser.
Le dossier français est porté par le consortium AION, emmené par Iliad, Orange et Scaleway, avec l’argument central d’une électricité disponible et peu carbonée, atout souvent mis en avant quand on parle de calcul intensif. En face, la compétition est déjà structurée, avec des offres crédibles en Espagne, en Allemagne et aux Pays-Bas. Le calendrier reste serré, la sélection doit avancer via EuroHPC, avec une étape attendue avant la fin de l’année, la publication d’une liste restreinte qui dira si la proposition française passe le premier filtre.
AION réunit Iliad, Orange et EDF autour de 9,2 Md
Le noyau dur d’AION rassemble huit entreprises françaises, Ardian, Artefact, Bull, Capgemini, EDF, Iliad, Orange et Scaleway. L’idée est de couvrir toute la chaîne, finance et infrastructures, énergie, télécoms, cloud et services numériques, pour présenter un projet jugé bancable et exploitable à grande échelle. Le montant évoqué est de 9,2 milliards d’euros, avec l’hypothèse, côté Iliad, d’un engagement pouvant aller jusqu’à 3,7 milliards d’euros.
Le projet est aussi soutenu par un réseau plus large d’acteurs académiques et industriels, parmi lesquels Inria, GENCI, Le Crédit Agricole, Nokia, Schneider Electric, Sopra Steria, ou encore Hugging Face. Cette composition n’est pas décorative, elle sert à crédibiliser une promesse de capacité de calcul intégrée aux besoins de la recherche publique et des industriels, pas seulement aux clients les plus solvables du cloud.
Sur le papier, AION s’appuie sur quatre principes affichés, performance, confiance, ouverture, responsabilité. Derrière ces mots, il y a une bataille très concrète, qui contrôle la pile technologique, du matériel au logiciel, et qui décide des règles d’accès. Le pari français consiste à dire, on peut bâtir une infrastructure de rang mondial tout en gardant une gouvernance européenne, et en limitant l’empreinte carbone via le mix électrique français, très nucléaire et hydraulique.
Une capacité de 200 MW, l’équivalent de 288 000 GPU H100
Le volume annoncé frappe fort, 200 MW de capacité, présenté comme l’équivalent de plus de 288 000 Nvidia H100. Pour donner un ordre d’idée, ce niveau place le projet dans la catégorie des très grands sites de calcul, capables d’entraîner et de servir des modèles d’IA de frontière, ceux qui nécessitent des grappes massives de GPU et des réseaux internes très haut débit.
Une autre estimation évoque un démarrage autour de 100 MW, avant montée en puissance. Et là, il faut être lucide, la puissance électrique n’est qu’un début. Il faut aussi sécuriser les puces, avec des options mentionnées comme Nvidia ou AMD, selon les besoins de performance. Dans le contexte actuel, l’approvisionnement en accélérateurs reste un point sensible, et il pèse sur les délais, les coûts, et la capacité à tenir des engagements auprès des clients.
Le discours d’AION vise aussi un problème que beaucoup d’entreprises européennes connaissent, le recours massif au GPU-as-a-service de fournisseurs américains pour les projets IA les plus exigeants. La promesse, c’est une offre de calcul de très haut niveau hébergée en Europe, avec des choix technologiques plus souverains. La nuance, c’est que même avec une gouvernance européenne, une partie du matériel critique peut rester dépendante de chaînes d’approvisionnement non européennes.
EuroHPC attend une shortlist, l’Espagne, l’Allemagne et les Pays-Bas en concurrence
La procédure passe par EuroHPC, l’organisme chargé d’orchestrer la sélection des sites. À ce stade, le casting complet des candidats n’est pas publié officiellement, mais plusieurs offres sont déjà identifiées comme sérieuses, notamment une proposition portée côté Telefnica en Espagne, et des consortia en Allemagne et aux Pays-Bas. Prochaine étape attendue, une shortlist avant la fin de l’année.
Dans le même paysage français, AION n’est pas seul à chercher des financements et une place centrale dans le calcul IA européen. Un autre programme est cité, un campus en région parisienne annoncé en 2025, de 1,4 GW, associé à un attelage incluant Bpifrance, Nvidia et Mistral. Et Mistral, de son côté, travaille aussi sur des implantations en Suède et à Paris. Résultat, les investisseurs et l’État doivent arbitrer entre plusieurs trajectoires, qui ne racontent pas la même histoire industrielle.
AION insiste sur une approche plus public-privé et plus ouverte, avec une coloration open source et une intégration à l’infrastructure de calcul de la recherche européenne. C’est un argument fort pour l’acceptabilité politique, mais il pose une question de modèle économique, qui paie quoi, via quels mécanismes, subventions européennes, cofinancements nationaux, dette privée. Tant que la répartition n’est pas détaillée, l’équilibre financier du projet reste un point de débat dans la compétition.
À retenir
- Le consortium AION propose 9,2 Md€ pour accueillir une gigafactory IA de l’UE en France.
- Le projet met en avant 200 MW de capacité, présenté comme l’équivalent de plus de 288 000 GPU H100.
- La sélection EuroHPC doit passer par une shortlist attendue avant la fin de l’année, avec une concurrence espagnole, allemande et néerlandaise.
- AION insiste sur une approche public-privé et open source, adossée à l’électricité bas carbone française.
