3 680 euros la pile de HBM3E contre quelques centaines un an plus tôt, mais l’export reste légal : la HBM part soudée à un processeur bridé

Gros plan sur une puce mémoire SK hynix soudée sur la carte électronique d'un smartphone Huawei

Un contrebandier a décrit à The Information le montage qui lui permet de faire entrer en Chine de la mémoire à haute bande passante placée sous contrôle à l’exportation : il soude des piles de HBM Samsung et SK hynix sur des processeurs volontairement médiocres, et le colis sort légalement. Selon un courtier de Shenzhen cité par le même reportage, une pile de HBM3E se négocie désormais autour de 3 680 euros (4 000 dollars), contre quelques centaines de dollars un an plus tôt. Rien n’interdit ce montage aujourd’hui : les règles ne regardent que la puissance du processeur, pas la mémoire qui lui est attachée.

Un processeur volontairement faible pour faire sortir la mémoire

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Le reportage, publié début novembre 2026 et repris le 3 novembre par Tom’s Hardware et par le Seoul Economic Daily, décrit une société de conception de puces qui fabrique des processeurs serveur bon marché et peu performants, calibrés sous les seuils des contrôles américains et sud-coréens. Ces puces sont ensuite assemblées sur le même substrat que des piles de HBM de Samsung Electronics et de SK hynix, interdites à l’exportation vers la Chine si elles partaient seules. Le colis est déclaré comme un processeur de faible performance, et c’est cette déclaration qui compte : selon The Information, les règles de contrôle évaluent la puissance de calcul du processeur de l’assemblage, pas la mémoire embarquée.

Hong Kong, des navetteurs et un fer à souder à Shenzhen

Selon le Seoul Economic Daily, l’assemblage est sous-traité à Taïwan, en Corée du Sud et en Asie du Sud-Est. Les modules finis partent ensuite vers Hong Kong, puis franchissent la frontière de Shenzhen dans les bagages de navetteurs qui circulent chaque jour entre les deux territoires. Dans des ateliers de Shenzhen, des techniciens chauffent les cartes jusqu’à ramollir la brasure, soulèvent les piles de mémoire et jettent le reste des composants. Le taux d’échec est élevé, une chaleur excessive pouvant déformer ou fissurer les piles. L’opération reste rentable parce que la mémoire récupérée vaut beaucoup plus cher que l’ensemble jeté.

3 680 euros la pile, soit jusqu’à 29 440 euros de mémoire par accélérateur

Un courtier de Shenzhen, qui met en relation fournisseurs et acheteurs, chiffre l’envolée auprès de The Information : une pile de HBM3E qui changeait de main pour quelques centaines de dollars il y a un an se négocie aujourd’hui autour de 4 000 dollars, soit environ 3 680 euros. Comme une puce d’IA réclame six à huit piles, cela représente de 22 080 à 29 440 euros de mémoire par accélérateur, selon les prix du marché parallèle rapportés par le reportage. Ces montants ne sont confirmés par aucune source officielle : ils proviennent d’intermédiaires anonymes.

ÉlémentChiffre rapporté
Pile de HBM3E en Chine, fin 2025Quelques centaines de dollars
Pile de HBM3E en Chine, novembre 2026Environ 3 680 euros (4 000 dollars)
Mémoire par accélérateur d’IA (six à huit piles)22 080 à 29 440 euros
Part de Samsung et SK hynix sur le marché mondial de la HBMPlus de 80 %

Une faille ouverte depuis décembre 2024, déjà utilisée à Taïwan

Le procédé n’est pas nouveau. Selon une analyse publiée par la lettre AI Frontiers, les contrôles américains de décembre 2024 visaient la vente de piles de HBM brutes mais ne restreignaient pas la mémoire déjà intégrée à une puce d’IA. Fin 2024 et début 2025, plusieurs sociétés taïwanaises auraient exploité cette même faille en fixant de la HBM Samsung de manière peu solide sur des processeurs très simples, conçus pour paraître conformes tout en laissant la mémoire facile à extraire une fois arrivée en Chine. Deux ans plus tard, la faille réglementaire est toujours ouverte, et c’est elle, et non une fausse déclaration, qui rend le circuit possible.

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Ce qui tire la demande : les rendements de CXMT et les consignes de Huawei

La demande chinoise vient d’un goulet d’étranglement. Le fabricant chinois CXMT a commencé une production pilote de HBM3E mais souffre de rendements faibles. Et selon le Seoul Economic Daily, Huawei a indiqué à certains clients que son futur processeur Ascend 960DT contiendrait une quantité importante de mémoire coréenne, tout en leur demandant de se procurer eux-mêmes cette mémoire à haute bande passante, puisque l’entreprise ne peut pas l’acheter directement. Tom’s Hardware situe par ailleurs le prix de l’actuel haut de gamme de Huawei, l’Ascend 950DT, autour de 34 040 euros (37 000 dollars). Le contrebandier, lui, anticipe la fermeture de la fenêtre et déclare au Seoul Economic Daily : « Les répressions en Corée et aux Etats-Unis ne feront que se durcir, donc je prévois de vendre l’essentiel de ma participation dans la société l’année prochaine. » À ce stade, aucune poursuite liée à ce montage précis n’a été annoncée, et ni Samsung, ni SK hynix, ni Huawei ne sont accusés d’avoir organisé ces flux.

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