La Commission de sûreté et de sécurité nucléaires de Corée du Sud a autorisé le 27 octobre 2026, par cinq voix contre deux, la poursuite d’exploitation des réacteurs Kori 3 et Kori 4 pour dix années supplémentaires. Les deux unités sont à l’arrêt depuis 2024 et 2025, et le redémarrage n’est annoncé qu’au premier semestre 2027. Les quatre réacteurs coréens immobilisés représentent déjà environ 1 900 milliards de wons de ventes d’électricité jamais réalisées.
Cinq voix contre deux pour prolonger deux réacteurs de quarante ans
La décision a été prise lors de la dix-septième séance de l’année de la Nuclear Safety and Security Commission (NSSC), selon le compte rendu repris par la presse coréenne, dont le Seoul Shinmun le 28 octobre 2026. Le vote n’a pas été unanime : cinq commissaires pour, deux contre. Les réacteurs, exploités par Korea Hydro and Nuclear Power (KHNP) sur le site de Kori, près de Busan, voient leur exploitation prolongée de dix ans au-delà de leur durée de vie de conception de quarante ans, soit jusqu’en septembre 2034 pour Kori 3 et jusqu’en août 2035 pour Kori 4. Il s’agit, selon le Korea JoongAng Daily, de la quatrième autorisation de poursuite d’exploitation délivrée dans le pays, après Kori 1 en 2008, Wolsong 1 en 2015 et Kori 2 en 2025.
Deux ans d’arrêt avant le feu vert, et encore un an avant le courant
Le calendrier explique l’essentiel de la tension du dossier. Kori 3 a atteint la fin de sa durée de conception le 28 septembre 2024, Kori 4 le 6 août 2025, et les deux unités sont restées à l’arrêt depuis. KHNP avait déposé sa demande en septembre 2022 et l’examen de sûreté conduit par le Korea Institute of Nuclear Safety (KINS) ne s’est achevé qu’en septembre 2026. Le redémarrage est prévu par étapes au premier semestre 2027, possiblement en février ou mars, indique le Korea JoongAng Daily. Autrement dit, l’autorisation ne remet aucun mégawattheure sur le réseau avant l’année prochaine.
| Réacteur | Fin de la durée de conception | Nouvelle échéance autorisée |
|---|---|---|
| Kori 3 | 28 septembre 2024 | Septembre 2034 |
| Kori 4 | 6 août 2025 | Août 2035 |
1 900 milliards de wons de ventes d’électricité jamais réalisées
Le coût de l’attente est chiffré. Les quatre réacteurs coréens à l’arrêt, Kori 3, Kori 4, Hanbit 1 et Hanbit 2, représentent environ 1 900 milliards de wons de ventes d’électricité non réalisées jusqu’au 22 septembre, soit environ 1,42 milliard de dollars selon le Korea JoongAng Daily, à peu près 1,31 milliard d’euros. Ce manque à gagner est celui de l’exploitant, pas une facture adressée aux abonnés. Sur la puissance des deux unités concernées, les sources coréennes ne concordent pas : le Korea JoongAng Daily retient 950 mégawatts par réacteur, soit 1,9 gigawatt à deux, tandis que le Seoul Shinmun avance 1 025 mégawatts par unité, soit 2 050 mégawatts, et compare ce total à la consommation de cinq ou six grandes usines de semi-conducteurs de 350 mégawatts chacune.
Les centres de données d’IA invités dans un dossier de sûreté
La justification avancée est explicitement électrique. Selon le Korea JoongAng Daily, un seul grand centre de données réclame de 500 mégawatts à 1 gigawatt, et le pays prévoit 8,4 gigawatts de capacité de centres de données d’ici 2029, puis 10 gigawatts supplémentaires d’ici 2035. Le Seoul Shinmun évoque pour sa part un besoin additionnel de 25 à 30 gigawatts, voire davantage, pour les grappes industrielles dédiées aux semi-conducteurs et à l’intelligence artificielle. Rapportée à ces ordres de grandeur, la prolongation de Kori 3 et Kori 4 pèse moins de deux gigawatts, et seulement à partir de 2027.
Deux commissaires pointent le risque d’accidents simultanés
Les deux votes négatifs ne portaient pas sur le principe de la prolongation mais sur la qualité de l’examen. Les commissaires opposés ont mis en doute le fait que les régulateurs aient suffisamment évalué, selon le Korea JoongAng Daily, « le risque d’accidents simultanés sur plusieurs réacteurs d’un même site et les effets du changement climatique ». Le site de Kori concentre plusieurs unités, ce qui donne à cette réserve une portée concrète : elle ne conteste pas l’état d’un réacteur en particulier, mais la méthode d’évaluation appliquée à un site multiréacteurs. La NSSC a néanmoins délivré l’autorisation, et la décision n’est assortie d’aucun montant d’investissement public communiqué.
