618 millions de tonnes de CO2 en plus d’ici 2030, mais 24 % de baisse dans un autre scénario : le Sierra Club chiffre les data centers d’IA

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2,1 milliards de tonnes de CO2 en 2030, soit 618 millions de tonnes de plus qu’en 2025 et 42 % de hausse : selon une analyse interne du Sierra Club révélée par Bloomberg le 28 octobre 2026, les centrales fossiles bâties pour alimenter les data centers d’intelligence artificielle annuleraient quinze ans de baisse des émissions de la production électrique américaine. L’organisation reconnaît elle-même une incertitude telle que l’écart entre ses bornes dépasse la demande électrique de la Californie et de la Floride réunies.

Quinze ans de baisse annulés, dans l’estimation haute du Sierra Club

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L’analyse n’est pas un rapport publié mais un travail interne, dont Bloomberg a rendu compte le 28 octobre 2026. Dans son estimation haute, le secteur électrique américain émettrait 2,1 milliards de tonnes de CO2 d’ici 2030, contre un niveau 2025 inférieur de 618 millions de tonnes, soit environ 42 % de plus. La comparaison qui donne son sens au chiffre est temporelle : cette hausse suffirait à effacer quinze années de recul des émissions de l’électricité aux Etats-Unis. Jeremy Fisher, conseiller principal pour le climat et l’énergie au Sierra Club, résume l’effet de ces ordres de grandeur : « Les chiffres continuent en quelque sorte à nous sidérer. » Selon lui, les projections de croissance des émissions ont été multipliées par deux à quatre par rapport à celles établies dix-huit mois plus tôt.

460 millions de tonnes hors réseau, pour éviter la file d’attente de raccordement

Le point le plus précis de l’analyse ne porte pas sur le réseau mais sur ce qui le contourne. Les installations non raccordées, souvent construites par les entreprises technologiques elles-mêmes pour ne pas attendre un raccordement, pourraient à elles seules dépasser 460 millions de tonnes de CO2 par an, à peu près le volume annuel des émissions du Mexique. L’arbitrage est donc explicite : la vitesse de mise en service se paie en combustible fossile. Selon une analyse d’Earthjustice et du Better Data Center Project, quatre cinquièmes de l’énergie des projets dits « apportez votre propre électricité » pourraient provenir du gaz naturel. Les groupes de production raccordés au réseau, eux, ajouteraient 10 % aux émissions de référence de 2030, soit 154 millions de tonnes.

L’incertitude est si large qu’elle vaut deux Etats entiers

Le Sierra Club s’appuie sur des dépôts publics et sur les projections d’autres organisations, dont le décompte des centrales et des émissions attendues d’ici 2030 établi par l’Environmental Integrity Project. Il admet aussi ne pas savoir combien d’installations seront réellement construites, quelles technologies seront retenues, ni quelle capacité renouvelable entrera en service. La mesure de cette ignorance est spectaculaire : entre l’estimation la plus basse et la plus haute, l’écart représente plus d’électricité que la demande combinée de la Californie et de la Floride. Brendan Pierpont, directeur du pôle électricité d’Energy Innovation, le formule ainsi : « Il y a une incertitude énorme, à la fois sur l’ampleur de la demande des data centers qui sera finalement construite et ajoutée, et sur la stratégie d’approvisionnement électrique. »

De moins 24 % à plus 42 % : les projections concurrentes ne se recoupent pas

Les autres travaux disponibles sont nettement moins alarmants, ce qui situe l’analyse du Sierra Club à une extrémité du champ. L’Union of Concerned Scientists tablait en janvier sur une hausse de 19 à 29 %, et jusqu’à 342 millions de tonnes par an d’ici 2035. Des chercheurs américains et canadiens avançaient en juin une hausse de 28 % des émissions du secteur. Parmi les projections concurrentes recensées par Bloomberg, un scénario à l’horizon 2040 aboutit même à une baisse de 24 % sous les niveaux de 2025. Aucun de ces chiffres ne décrit la même trajectoire, et la seule chose qu’ils partagent est leur dépendance à des décisions d’investissement non encore prises.

ProjectionHorizonVariation des émissions du secteur électrique
Sierra Club, estimation haute20302,1 milliards de tonnes, soit 618 millions de tonnes et 42 % de plus qu’en 2025
Union of Concerned Scientists, janvier2035De 19 à 29 % de hausse, jusqu’à 342 millions de tonnes par an
Chercheurs américains et canadiens, juinNon précisé28 % de hausse
Scénario recensé par Bloomberg204024 % de baisse sous les niveaux de 2025

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Brendan Pierpont cite comme facteurs de ralentissement les carnets de commandes de turbines à gaz, les délais d’attente pour les raccordements et d’autres obstacles susceptibles de retarder ou d’arrêter des projets. Un cas précis illustre le mécanisme : Oracle a déposé en octobre un avis de force majeure pour Project Jupiter, au Nouveau-Mexique, en invoquant des obstacles réglementaires et l’opposition de la population, ce qui rend peu probable l’échéance annoncée de 2028. Les 460 millions de tonnes hors réseau ne sont donc pas un bilan mais une capacité demandée, et c’est précisément ce que l’analyse ne peut pas trancher.

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