Le président d’Acer, Jason Chen, accuse Samsung, SK hynix et Micron de répéter publiquement que les prix de la mémoire ne baisseront pas avant la fin de la décennie, afin de protéger des marges brutes « autour de 80 % ». Il prévoit malgré tout 5 à 20 % de hausse sur les PC d’ici à la fin 2026, et ne promet de reflux qu’après la mi-2027. Il ne produit aucune donnée à l’appui de son accusation.
Ce qui manque encore, selon Acer, tient en deux références
Devant des journalistes le 20 septembre 2026, dans des propos rapportés par DigiTimes puis repris par Tom’s Hardware, Jason Chen, président du conseil et directeur général d’Acer, a décrit des pénuries de composants qui se referment. Seules resteraient réellement tendues la mémoire LPDDR5X-9600, tout en haut du catalogue DDR5, et des processeurs de niche comme les N1 et N1X de Nvidia. La DDR4 et la DDR5 courante ne connaissent plus de pénurie aiguë, affirme-t-il. Selon Wccftech, il a résumé sa position d’une phrase : « il est impossible que la pénurie se poursuive jusqu’en 2030 ».
5 à 20 % de plus d’ici décembre, avant un pic à la mi-2027
Le calendrier qu’il avance n’a pourtant rien d’une bonne nouvelle immédiate pour les acheteurs. Les prix des PC augmenteraient encore de 5 à 20 % d’ici à la fin 2026, se stabiliseraient au premier semestre 2027, puis reculeraient, selon le compte rendu de Tom’s Hardware. TradingKey rapporte une formulation voisine : un pic des prix des composants vers la mi-2027, une période de stabilisation, puis un ajustement à la baisse au second semestre. Chen y ajoute lui-même une réserve : une baisse des prix de détail des PC reste à ce stade un espoir, pas un engagement.
L’accusation : des marges brutes « autour de 80 % » à tenir le plus longtemps possible
Le point dur est ailleurs. Selon Chen, les trois grands fabricants de mémoire annoncent publiquement des horizons de prix lointains parce qu’ils ne peuvent pas se coordonner directement : ces déclarations leur servent à se signaler mutuellement. « Quiconque a traversé ce cycle comprendra qu’il s’agit en fait de signalisation », rapporte TradingKey, qui indique aussi qu’il prête aux fournisseurs la volonté de maintenir des marges brutes « autour de 80 % le plus longtemps possible ». Tom’s Hardware cite la même idée autrement : « ils continuent donc de diffuser le message : laissez-moi vous dire, les prix ne baisseront pas avant l’année 20 et quelque chose ». Aucune pièce ne vient étayer ces propos, et Acer, gros acheteur de mémoire, n’est pas un arbitre neutre.
| Ce qu’annoncent les fournisseurs | Ce que répond Acer |
|---|---|
| SK hynix : pénurie encore pire l’an prochain, normalisation des prix pas avant 2030 (selon Tom’s Hardware) | « Il est impossible que la pénurie se poursuive jusqu’en 2030 » (selon Wccftech) |
| Le dirigeant d’Adata : une pénurie de DRAM qui durerait encore dix ans (selon Tom’s Hardware) | DDR4 et DDR5 courante ne sont plus en pénurie aiguë, seule la LPDDR5X-9600 reste tendue |
| Prix de la mémoire : 500 % de hausse en douze mois (Tom’s Hardware), DDR5 à 544 % au-dessus d’il y a un an (Wccftech) | Encore 5 à 20 % sur les PC d’ici fin 2026, pic à la mi-2027, reflux ensuite |
CXMT et YMTC sont déjà dans des machines vendues en Europe
Le pari de Chen repose sur les fabricants chinois, qu’il décrit comme des perturbateurs de prix, avec des capacités massives et une tarification plus agressive. Ce n’est plus une hypothèse de marché : selon Tom’s Hardware, Acer, HP et Asus utilisent déjà des puces CXMT dans certains produits, et des modèles Lenovo vendus en Allemagne embarquaient des SSD YMTC. Pour l’acheteur européen, la mémoire chinoise est donc déjà entrée dans les machines de marque, sans que la baisse de prix qu’elle est censée déclencher soit visible en rayon.
La hausse a quitté la mémoire pour les circuits imprimés
Chen décrit enfin une cascade qui dépasse largement la DRAM : les SSD, les circuits imprimés et jusqu’au tissu de fibre de verre des cartes mères voient leurs prix monter. « Beaucoup de gens viennent nous dire qu’ils veulent augmenter les prix, et nous trouvons cela un peu déconcertant : celui-là aussi doit augmenter ? », rapporte Tom’s Hardware. Selon TradingKey, il avertit que ces hausses en chaîne finiront par alimenter l’inflation et par forcer les banques centrales à relever leurs taux. Le constructeur qui annonce la fin de la pénurie est donc aussi celui qui prévient que la facture continuera de monter pendant plus d’un an.
