Endurance Energy annonce avoir foré le premier puits géothermique sous-marin au monde et fait fonctionner la première centrale sous-marine à bilan électrique positif. Dans les faits, la machine a tourné 29 secondes et n’a produit plus d’électricité qu’elle n’en consommait que pendant 8,7 secondes, pour environ 60 wattheures. La start-up de Seattle a levé l’équivalent de 58 millions d’euros et promet 2 MW aux Tonga pour la fin 2027.
8,7 secondes de bilan positif sur 29 secondes de fonctionnement
L’opération a eu lieu le 27 septembre 2026 et a été rendue publique par un communiqué du 19 octobre 2026. Selon l’entreprise, la centrale a produit, nette de sa propre consommation, une médiane d’environ 2 kW avec un pic de 16,5 kW, pendant 8,7 secondes, sur 29 secondes de fonctionnement total. Canary Media chiffre le résultat à environ 60 wattheures, soit une ampoule de 60 watts allumée pendant une heure. La puissance nominale annoncée de l’engin est de 100 kW, soit six fois le pic atteint.
Un puits de 16 m au lieu des 61 m visés, large de 5 cm
Le site retenu est le volcan sous-marin Axial Seamount, sur la dorsale Juan de Fuca, à environ 480 km au large de l’Oregon, par environ 1 500 m de fond. Le forage n’a atteint que 16 m de profondeur, contre 61 m visés, pour un diamètre d’environ 5 cm. Selon Heatmap News, ce trou trop étroit n’a pas laissé passer assez de chaleur pour alimenter correctement la machine. La température mesurée après cimentation était de 260 degrés, contre environ 281 degrés dans l’évent hydrothermal voisin, qui a finalement servi de source de chaleur.
« Nous avons posé une centrale électrique sur un volcan sous-marin actif »
L’engin, baptisé Adélie, pèse 3 tonnes, fonctionne selon un cycle organique de Rankine avec une turbine tournant à environ 26 000 tours par minute, et a été piloté en direct depuis Seattle par la fibre du Regional Cabled Array de l’Ocean Observatories Initiative, exploité par l’université de Washington. Andrew Redd, fondateur et directeur général, ancien ingénieur de SpaceX, déclare dans le communiqué : « Le 27 septembre, nous avons posé une centrale électrique sur un volcan sous-marin actif et nous avons produit de l’électricité. » Il ajoute : « La principale question que nous nous posions était de savoir si le système peut produire plus d’énergie qu’il n’en consomme. Adélie l’a fait. »
11 jours sur 21 passés à déboguer le foreur, puis un câble en panne
Le déroulé de la campagne est moins net que l’annonce. Selon Heatmap News, l’équipe a consacré 11 des 21 jours de mission à déboguer le foreur. L’arrêt de la production est venu de la protection de surintensité de la batterie, déclenchée par un bogue logiciel, puis une panne de câble d’alimentation a empêché toute reprise pendant la plongée. L’entreprise prévoit de corriger le logiciel, de modifier le matériel et de redéployer l’engin réparé pendant l’hiver 2026. Les chiffres de production comme la qualification de première mondiale proviennent de l’entreprise elle-même.
| Paramètre | Annoncé ou visé | Obtenu le 27 septembre 2026 |
|---|---|---|
| Profondeur du puits | 61 m | 16 m |
| Puissance | 100 kW nominaux | 2 kW nets en médiane, pic à 16,5 kW |
| Durée | Fonctionnement continu visé | 29 s au total, 8,7 s à bilan positif |
| Energie produite | Non annoncée | Environ 60 Wh selon Canary Media |
| Prochaine étape | 2 MW aux Tonga fin 2027 | Redéploiement de l’engin réparé à l’hiver 2026 |
58 millions d’euros levés, 2 MW promis aux Tonga, et une spécialiste sceptique
Endurance Energy a réuni environ 58 millions d’euros au total, dont une série A d’environ 50 millions d’euros en juin 2026 menée par Founders Fund. Son premier projet commercial est annoncé aux Tonga : une unité de 2 MW visée pour la fin 2027, pour réduire la dépendance au diesel du réseau de l’archipel. L’entreprise affiche une ambition à l’échelle du gigawatt, alors que la géothermie ne pèse que 0,4 % de la production électrique des Etats-Unis selon GeekWire. Emily Pope, géologue et senior fellow au Center for Climate and Energy Solutions, citée par Canary Media, juge que cette voie « ajoute énormément de difficulté technologique à une technologie de production d’énergie » et estime que des îles isolées adopteraient plus économiquement du solaire et des batteries. Les tentatives antérieures de géothermie en mer, en Chine en 2016 et en Islande, étaient restées au stade de la recherche, la seconde butant sur la corrosion par l’eau de mer.
