Plus de 700 ouvriers de production de Micron à Taïwan ont touché sur l’exercice 2026 une rémunération annuelle équivalente à au moins cinq années de salaire mensuel, selon Digitimes. Ils ne représentent pourtant que 17 % environ des effectifs de ligne, et les syndicats de l’île, qui avaient menacé de faire grève, réclamaient près de 83 mois de salaire et une part fixe du bénéfice d’exploitation.
Cinq ans de salaire sur un an, mais pour 17 % des ouvriers de ligne
Selon Digitimes, qui a révélé le versement le 30 octobre 2026, plus de 700 ouvriers de production ont atteint sur l’exercice 2026 une rémunération annuelle totale équivalente à au moins cinq années de salaire mensuel de base. Il ne s’agit donc pas de primes valant à elles seules cinq ans de salaire, mais du cumul de l’année rapporté au salaire mensuel. Ces 700 personnes constituent environ 17 % des plus de 4 300 ouvriers de production que Micron emploie à Taïwan, site qui compte au total près de 15 000 salariés.
Trois primes dans le même mois, dont une de 1 000 000 de dollars taïwanais
Le versement combine trois éléments, selon Tom’s Hardware qui s’appuie sur Digitimes : une prime de performance annuelle estimée entre 7,5 et 12,5 mois de salaire pour la majorité des salariés, une prime de mise en production de masse égale à 20 % du salaire annuel, et une prime exceptionnelle de reconnaissance de 1 000 000 de dollars taïwanais, soit environ 28 500 euros, proratisée pour les salariés ayant moins d’un an d’ancienneté. Ce paiement prolonge l’annonce du 11 septembre 2026, rapportée par Focus Taiwan et TrendForce : Micron présentait alors la plus importante enveloppe de rémunération de son histoire sur l’île, équivalente à 35 à 68 mois de salaire pour les ouvriers de production.
83 mois réclamés contre 35 à 68 proposés : le bras de fer n’est pas clos
La générosité affichée répond à un conflit social. Les syndicats taïwanais de Micron avaient menacé de faire grève et rejeté le paquet de septembre, qu’ils jugeaient insuffisant au regard des profits tirés de la mémoire pour l’intelligence artificielle. Leurs revendications étaient chiffrées : une prime unique d’environ 83 mois de salaire pour l’exercice 2026, puis, à partir de l’exercice 2027, des primes égales à 15 % du bénéfice d’exploitation versées chaque trimestre. Les montants versés restent donc en deçà de la demande syndicale, et la revendication d’une part fixe du résultat n’a pas été satisfaite dans sa forme initiale.
| Élément | Demande syndicale | Dispositif retenu par Micron |
|---|---|---|
| Prime unique exercice 2026 | Environ 83 mois de salaire | Enveloppe de 35 à 68 mois annoncée en septembre |
| Prime récurrente | 15 % du bénéfice d’exploitation, par trimestre | Prime trimestrielle sur le bénéfice net après impôt, minoré des investissements |
| Forme du paiement | Non précisée | 50 % en numéraire, 50 % en actions |
| Entrée en vigueur | Exercice 2027 | Deuxième trimestre de l’exercice 2027 |
Une prime trimestrielle calculée après déduction des investissements
Micron a répondu le 22 octobre 2026, selon American Bazaar, en créant une prime trimestrielle liée aux bénéfices pour tous ses salariés dans le monde, visée pour le deuxième trimestre de son exercice 2027 et possiblement versée avant le Nouvel An lunaire. Tom’s Hardware évoque un démarrage en janvier 2027, avec une première prime payée intégralement en numéraire. L’assiette n’est pas celle réclamée par les syndicats : elle repose sur le bénéfice net après impôt diminué des dépenses d’investissement, un point qui compte pour un fabricant dont les investissements industriels sont massifs. Le montant est modulé par la note de performance individuelle, à 110 % pour un salarié jugé « dépasse les attentes », 100 % pour « conforme aux attentes » et 35 % pour « doit progresser ». Micron a aussi relevé sa cotisation retraite à Taïwan de 8 % à 10 % et ajouté trois jours de congés payés. Donghui Lu, président de Micron Taïwan, affirme que le nouveau dispositif ne se fait pas au détriment de l’ancien : « La prime trimestrielle est un avantage nouvellement créé et ne détourne pas de fonds du programme de prime annuelle existant. » Aucun montant attendu n’a été publié.
Ce que la pénurie de mémoire coûte en salaires chez les trois fabricants
La surenchère salariale est l’un des effets visibles de la pénurie de mémoire provoquée par les data centers d’intelligence artificielle. Selon Tom’s Hardware, les salariés de Samsung ont accepté en mai 2026 une prime moyenne de 312 800 euros, et ceux de SK hynix doivent recevoir environ 438 800 euros cette année, un montant qui pourrait approcher 828 000 euros en 2027. Ces trois industriels concentrent la production mondiale de DRAM et de mémoire à haute bande passante, ce qui donne à leurs ouvriers de salles blanches un pouvoir de négociation inhabituel.
