Les Pays-Bas construisent DAWO, un poste de travail bureautique complet pour l’administration, bâti sur la distribution Linux NixOS. Huit communes l’expérimentent déjà sur des ordinateurs portables réformés, et la première version stable n’est pas attendue avant la fin de 2027. Le déclencheur est un épisode de 2025 : la messagerie Microsoft du procureur de la Cour pénale internationale, visé par des sanctions américaines, est devenue inaccessible, ce que Microsoft conteste.
Un ministère, trois opérateurs publics et un mandat donné en juillet
DAWO, pour Digitaal Autonome Werkomgeving Overheid, soit environnement de travail numériquement autonome pour l’administration, est piloté par le ministère de l’Intérieur et des Relations au sein du Royaume et mis en oeuvre par trois opérateurs informatiques publics : SSC-ICT, DICTU et DUO-ICT. Le mandat a été donné en juillet par la commission interministérielle pour le fonctionnement de l’État, indique le site technique néerlandais Tweakers, dont l’enquête a été reprise par It’s FOSS puis par Tom’s Hardware le 28 septembre 2026. Le périmètre annoncé couvre le système d’exploitation, la suite bureautique, les outils de collaboration, le stockage et les sauvegardes en nuage, les outils d’administration informatique et l’IA.
Pourquoi NixOS et pas une distribution Linux ordinaire
Le choix technique n’est pas idéologique mais opérationnel. Le gestionnaire de paquets Nix installe chaque paquet dans son propre répertoire, avec un contenu immuable et signé, ce qui permet de reconstruire une configuration à l’identique d’une machine à l’autre. Rutger Putter, membre de l’équipe de développement citée par It’s FOSS aux côtés de Victor Gevers et Bram Buijs, estime que 80 à 90 % d’une configuration peut être reprise telle quelle d’un déploiement à l’autre. Second argument : NixOS tourne sur des machines que Windows 11 refuse, et les expérimentations en cours se font précisément sur des ordinateurs portables réformés.
Huit communes en test, un code public, aucun budget publié
Huit communes néerlandaises participent au pilote par l’intermédiaire de l’association des communes des Pays-Bas. Des informations antérieures en citaient quatre : Bois-le-Duc, Zaanstad, Ede et Amsterdam. Le code est publié sur le dépôt public code.overheid.nl, sous le compte MinBZK, avec les dépôts DAWO et DAWO-NixOS, hébergés sur une instance Forgejo et doublés d’une instance Codeberg pour les contributeurs extérieurs. Le site officiel du projet, lui, ne publie ni calendrier ni budget : il énonce cinq objectifs, dont le renforcement de l’indépendance numérique néerlandaise, la sécurité et la protection des données, et la traçabilité des systèmes informatiques de l’État. La première version stable est attendue pour la fin de 2027 selon Tom’s Hardware, It’s FOSS parlant pour sa part de « l’année prochaine ».
Une messagerie coupée en 2025, et un démenti de Microsoft
L’élément déclencheur est politique. Après le décret de sanctions américaines du 6 février 2025 visant le procureur de la Cour pénale internationale, Karim Khan, l’Associated Press a rapporté le 25 mai 2025 que celui-ci n’avait plus accès à sa messagerie Microsoft. La réserve est de taille : Microsoft a démenti avoir coupé ce compte, le président de l’entreprise Brad Smith affirmant que c’est la Cour elle-même qui avait basculé la messagerie du procureur vers le service suisse Proton, et la Cour n’a publié aucune version officielle. Le fait constaté, lui, n’est pas contesté : le 31 octobre 2025, la Cour pénale internationale a confirmé abandonner Microsoft Office pour la suite allemande OpenDesk.
Ce que cela change, et ce que cela ne change pas encore
Pour La Haye comme pour Amsterdam, la question n’est plus le prix des licences mais la possibilité qu’une décision étrangère coupe l’accès à des outils de travail. C’est ce risque que DAWO vise à réduire, en plaçant le socle technique sous contrôle national et en publiant son code. Dans les faits, huit communes sur plusieurs centaines testent le dispositif sur du matériel de réemploi, aucune administration centrale n’a migré, aucun budget n’est public et la version stable reste à plus d’un an. Les Pays-Bas ne sont pas isolés : l’Allemagne a déjà quitté des systèmes Microsoft, le Danemark et la France ont engagé un réexamen comparable de leurs socles techniques, selon Tom’s Hardware.
| Élément | État annoncé au 28 septembre 2026 |
|---|---|
| Socle technique | NixOS, paquets immuables et signés |
| Pilotage | Ministère de l’Intérieur, avec SSC-ICT, DICTU et DUO-ICT |
| Communes en expérimentation | 8, sur ordinateurs portables réformés |
| Configuration réutilisable d’un poste à l’autre | 80 à 90 % selon l’équipe de développement |
| Première version stable | fin 2027 selon Tom’s Hardware |
| Budget public du programme | non publié |
