Les petits réacteurs modulaires ne sont pas rentables quand ils vendent leur électricité sur le réseau américain, mais 91 gigawatts électriques deviennent finançables s’ils alimentent directement des usines, selon une étude publiée dans Nature Communications. Toute cette rentabilité repose sur un crédit d’impôt à l’hydrogène qui expire en 2033 : sans lui, il ne reste que 12 gigawatts.
91 gigawatts rentables, à condition de ne pas vendre l’électricité
L’étude, signée Marisol Garrouste, Brendan Kochunas, Max Vanatta et Michael T. Craig, de l’université du Michigan, avec l’appui du laboratoire national de l’Idaho, est parue dans Nature Communications (volume 17, article 9399). Son résumé est sans détour : « Aux coûts d’investissement de première série et avec le crédit d’impôt, 91 gigawatts électriques de SMR pourraient être déployés avec des taux de rentabilité interne élevés, alors que la production d’électricité dédiée n’est pas rentable. » Autrement dit, le modèle économique que la filière met en avant, celui de la centrale qui injecte son courant sur le marché de gros, est celui que les chercheurs écartent.
Un crédit d’impôt qui expire en 2033 tient tout l’édifice
Le déploiement le plus attractif, selon les auteurs, consiste à produire de l’hydrogène industriel pour l’ammoniac, l’acier et le raffinage avant l’expiration, en 2033, du crédit d’impôt à la production d’hydrogène de l’Inflation Reduction Act. Les auteurs écrivent que « la rentabilité du déploiement dépend fortement du crédit d’impôt ». La version préprint de la même étude, déposée sur Research Square, chiffre la dépendance : sans ce crédit, seuls 12 GWe de réacteurs seraient rentables, et uniquement pour la chaleur industrielle. Le calendrier politique américain devient donc une contrainte technique pour une industrie dont les chantiers se comptent en années.
Si les coûts doublent, il ne reste plus que 27,5 gigawatts
Le préprint teste aussi ce qui arrive si les coûts d’investissement de première série dérapent. En cas de doublement, une hypothèse que les auteurs jugent cohérente avec l’expérience récente des grands réacteurs nucléaires, seuls 27,5 GWe restent rentables avec le crédit d’impôt, et aucun sans lui. Le préprint évoque à l’inverse une seconde vague pouvant atteindre 263 GWe pour la chaleur de procédé, mais uniquement si la première vague fait baisser les coûts.
| Scénario (version préprint de l’étude) | Capacité de SMR rentable |
|---|---|
| Coûts de première série, avec le crédit d’impôt hydrogène | 91 GWe |
| Coûts de première série, sans le crédit d’impôt | 12 GWe, chaleur industrielle uniquement |
| Coûts doublés, avec le crédit d’impôt | 27,5 GWe |
| Coûts doublés, sans le crédit d’impôt | aucun |
| Seconde vague après baisse des coûts, chaleur de procédé | jusqu’à 263 GWe |
Ammoniac, acier, raffinage : les sites passés au crible
Selon le compte rendu publié le 23 septembre 2026 par Interesting Engineering, les chercheurs ont modélisé la demande de 34 usines d’ammoniac, 9 aciéries, 47 raffineries de pétrole et près de 1 000 sites manufacturiers consommateurs de chaleur de procédé, site par site. Brendan Kochunas, professeur associé de génie nucléaire et de sciences radiologiques, déclare dans le communiqué de son département daté du 22 septembre 2026 : « Il y a beaucoup d’élan autour d’un déploiement accru de l’énergie nucléaire et des petits réacteurs modulaires, mais cette étude fournit la première analyse complète des endroits où il est réellement pertinent, sur le plan économique, d’en construire et d’en exploiter. »
Aucun réacteur de ce type n’est encore en service commercial
La réserve est posée par les chercheurs eux-mêmes et rappelée par Interesting Engineering : aucun modèle de SMR n’est entré en exploitation commerciale aux États-Unis à ce jour. Les coûts d’investissement utilisés dans le modèle sont ceux qu’annoncent les fournisseurs, et non des coûts constatés sur un chantier terminé. C’est précisément ce que teste la sensibilité à un doublement des coûts, et le résultat de ce test est le point dur de l’étude : les conclusions des auteurs, qui écrivent qu’elles « remettent en cause l’orientation de la filière vers le marché de gros de l’électricité », valent tant que les devis tiennent.
