La FAA s’apprête à mettre un outil d’intelligence artificielle dans la boucle des contrôleurs aériens de Washington, première étape d’un déploiement sur les 29 millions de miles carrés d’espace aérien américain. Le contrat atteint 875 millions de dollars sur douze ans, soit environ 805 millions d’euros. Personne n’a encore répondu par écrit à la question de savoir qui assume le résultat quand la prédiction est fausse.
Trois aéroports de Washington pour commencer, 29 millions de miles carrés en ligne de mire
Le système s’appelle SMART, pour Strategic Management of Airspace, Routes, and Trajectories. Selon Ars Technica et TechCrunch, qui reprennent tous deux une information du Wall Street Journal, des responsables gouvernementaux et industriels ont indiqué qu’il pourrait entrer en service dès le lundi 21 septembre 2026 pour les trois grands aéroports de la région de Washington. La suite viserait l’ensemble de l’espace aérien national supervisé par la Federal Aviation Administration, soit 29 millions de miles carrés, environ 75 millions de kilomètres carrés.
875 millions de dollars sur douze ans pour un fournisseur de Boston
SMART fait partie d’un contrat de 875 millions de dollars, environ 805 millions d’euros, attribué en juin 2026 à Air Space Intelligence, entreprise établie à Boston. Le marché couvre aussi le système Flow Management Data and Services, appelé à remplacer celui en place au centre de commandement du contrôle aérien de la FAA, en Virginie. Une fiche d’une page décrit SMART comme « une plateforme en nuage qui vient renforcer les systèmes de gestion du trafic aérien existants de la FAA » et indique qu’elle utilise l’IA pour évaluer « les horaires des compagnies aériennes, la météo, la capacité des aéroports, les conditions de l’espace aérien et les contraintes opérationnelles afin de prévoir les flux de trafic et d’identifier les conflits potentiels avant qu’ils ne surviennent ».
Les compagnies aériennes ont mis des semaines à comprendre ce qu’on leur proposait
Selon Politico, cité par Ars Technica, le secteur est resté plusieurs semaines dans le flou sur les intentions de l’agence. Des responsables de compagnies s’exprimant sous anonymat disent n’avoir été rassurés qu’après que la FAA a précisé que SMART ne modifierait aucune procédure, ni pour les contrôleurs ni pour les compagnies, et se bornerait à produire des « informations de routes alternatives » diffusées par les systèmes existants de la FAA. Le type exact de modèles d’IA employés dans SMART n’est pas public, précise Ars Technica.
« Qui assume le résultat lorsqu’une prédiction est fausse »
Philip Mann, consultant principal chez Vector Strategic Consulting LLC et ancien de la FAA pendant dix-sept ans, juge que réduire d’abord le périmètre est « le bon choix ». Il écrit à Ars Technica : « Le risque de SMART n’a jamais tenu à une prédiction isolée, c’est un système à l’échelle nationale dont les composants d’IA comportent plus d’inconnues que tout ce que la FAA a déployé jusqu’ici. Chaque réduction de périmètre fait reculer les inconnues. » Il dit attendre de voir « quelles preuves conditionnent l’extension suivante : les performances sous charge réelle et avec des données dégradées, et non en conditions de démonstration, ainsi qu’une réponse écrite à la question de savoir qui assume le résultat lorsqu’une prédiction est fausse ». Mann veut aussi savoir si le déploiement reste borné, comme la FAA l’avait décrit en juin, aux aéronefs volant à 24 000 pieds et au-dessus, soit environ 7 300 mètres.
Un outil déployé sur fond de pénurie de contrôleurs et d’une collision mortelle
L’effectif des contrôleurs aériens américains a reculé de 6 % en dix ans, selon un rapport du Government Accountability Office publié en décembre 2025. Pendant la fermeture administrative de 43 jours, du 1er octobre au 12 novembre 2025, 15 à 20 contrôleurs sont partis en retraite chaque jour contre quatre en moyenne, selon le secrétaire aux Transports Sean Duffy, et le patron de la FAA Bryan Bedford a évoqué la perte de jusqu’à 500 contrôleurs stagiaires. En mai 2026, l’agence a abaissé d’environ 2 000 son estimation du nombre de contrôleurs nécessaires pour 2026-2028. Le 29 janvier 2025, 67 personnes sont mortes dans la collision entre un hélicoptère Black Hawk de l’armée américaine et un avion de ligne près de l’aéroport Reagan de Washington : les enquêteurs ont retenu le sous-effectif de la tour parmi plusieurs facteurs causaux.
| Élément | Donnée |
|---|---|
| Contrat SMART et Flow Management Data and Services | 875 millions de dollars, environ 805 millions d’euros, sur 12 ans, attribué en juin 2026 |
| Mise en service possible | Lundi 21 septembre 2026, trois aéroports de Washington |
| Cible finale | 29 millions de miles carrés, environ 75 millions de km² |
| Trafic déjà géré par Flyways | Plus de 40 %, chiffre annoncé par Air Space Intelligence |
