L’industrie américaine des semi-conducteurs pourrait manquer de 127 000 à 157 000 travailleurs d’ici 2030, selon une analyse de la SEMI Foundation conduite avec McKinsey & Company et la National Science Foundation. Le déficit ne vient pas des salaires, qui atteignent 187 000 dollars (environ 172 000 euros) dans les usines, mais d’un vivier qui ne se remplit pas : seuls 3 % des diplômés américains en ingénierie rejoignent le secteur chaque année.
390 milliards de dollars annoncés, 189 000 personnes à recruter
Le raisonnement de l’analyse part des investissements annoncés aux États-Unis entre 2026 et 2030 : plus de 390 milliards de dollars (environ 359 milliards d’euros) dans la fabrication, la conception, les matériaux et le conditionnement avancé. Faire tourner ces capacités exigerait environ 189 000 travailleurs supplémentaires, dont 74 % sur des postes liés à la production, et non à la recherche. Réserve importante : il s’agit d’une projection adossée à des annonces, dont une partie peut être décalée ou abandonnée, et non d’un comptage de postes vacants constatés aujourd’hui.
62 000 personnes attendues face à 189 000 postes
Face à cette demande, l’offre de main-d’œuvre projetée n’atteindrait qu’environ 62 000 personnes, d’où l’écart de 127 000 à 157 000 selon les scénarios. Selon McKinsey, seuls 3 % des diplômés américains en ingénierie qui prennent un poste d’ingénieur entrent dans les semi-conducteurs chaque année, et environ trois entreprises du secteur sur quatre, soit 73 %, déclarent des difficultés importantes à recruter des ingénieurs. La pyramide des âges aggrave le calcul : un tiers des salariés du secteur ont 55 ans ou plus.
| Indicateur, période 2026-2030 | Valeur annoncée |
|---|---|
| Investissements annoncés aux États-Unis | Plus de 390 milliards de dollars (environ 359 milliards d’euros) |
| Travailleurs supplémentaires nécessaires | Environ 189 000 |
| Offre de main-d’œuvre projetée | Environ 62 000 |
| Déficit à 2030 | 127 000 à 157 000 |
| Part de la demande liée à la production | 74 % |
Des rémunérations à six chiffres qui ne règlent rien
L’argument du salaire insuffisant ne tient pas dans les chiffres avancés. Les rémunérations citées dans les usines américaines vont de 127 000 à 187 000 dollars, soit environ 116 800 à 172 000 euros. Un technicien débutant démarre au-dessus de 50 000 dollars (environ 46 000 euros), un ingénieur procédé débutant au-dessus de 90 000 dollars (environ 82 800 euros). « Je suis inquiet. Nous ne voyons tout simplement pas assez de personnes techniques dans le vivier », déclare à CNBC Jon Taylor, vice-président exécutif de la division semi-conducteurs de Samsung à Austin, au Texas. Taylor Roundtree, associé chez McKinsey en charge de l’analyse de la main-d’œuvre, résume : « Il n’y a tout simplement pas assez de talents pour tout le monde. »
Sept États concentrent le risque, là où sont les chantiers
Les régions désignées comme les plus exposées sont le Texas, la Californie, l’Arizona, l’État de New York, l’Ohio, l’Oregon et l’Idaho. C’est là que se concentrent les grands chantiers : les deux usines de Samsung à Taylor, au Texas, pour lesquelles l’entreprise annonce environ 3 500 emplois, le complexe de TSMC en Arizona, l’usine mémoire de Micron dans l’État de New York et les usines d’Intel dans l’Ohio, dont la production n’est plus attendue avant 2030 et 2031. Le calendrier est le vrai point de friction : les effectifs doivent être formés avant les mises en service, pas après.
Le CHIPS Act a financé des formations, pas encore un vivier
Depuis le vote du CHIPS Act en 2022, plus de 80 community colleges ont lancé ou étendu un programme consacré aux semi-conducteurs, appuyés notamment par un fonds fédéral de 200 millions de dollars (environ 184 millions d’euros) dédié à la formation. Le programme SCALE du département de la Défense, doté de 45 millions de dollars (environ 41,4 millions d’euros), associe 22 universités. Ces dispositifs existent, mais l’analyse les met en regard d’un besoin de 189 000 personnes. « Si nous n’agissons pas plus vite et plus fermement que par le passé, nous perdrons », avertit Mitch Daniels, président par intérim de l’université Purdue.
