0 % du chiffre d’affaires d’ASML en Europe au premier semestre 2026, contre 5 % en 2024 : le seul vendeur d’EUV réclame des acheteurs

Conteneurs de transport aérien bleus et blancs marqués ASML, alignés sur un terrain en friche sous un ciel dégagé à Tainan, à Taïwan

Seul fabricant au monde de machines de lithographie à ultraviolets extrêmes, ASML n’a vendu aucun système en Europe au premier semestre 2026 : 0 % de son chiffre d’affaires, contre 5 % en 2024. Son vice-président chargé des affaires publiques l’a dit publiquement le 22 septembre, et demande à l’Union européenne d’arrêter de subventionner des usines pour commencer à garantir des commandes.

Zéro système vendu sur le continent qui l’a vu naître

La déclaration a été faite lors d’un débat public au centre politique et culturel néerlandais De Balie, rapportée le 22 septembre 2026 par Bloomberg puis par Tom’s Hardware. « Nous ne vendons absolument rien en Europe. Parce que l’Europe n’investit pas et parce qu’aucune usine de puces ne se construit en Europe. C’est réellement préoccupant », a déclaré Frank Heemskerk, vice-président exécutif chargé des affaires publiques d’ASML. Il précise que la part européenne du chiffre d’affaires est tombée à 0 %, « alors qu’elle était de 1 % ». L’entreprise est pourtant la première capitalisation boursière d’Europe, autour de 660 milliards de dollars, soit près de 607 milliards d’euros.

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Cinq ans de part européenne, ligne par ligne

Les publications financières d’ASML confirment la trajectoire. La part du continent dans le chiffre d’affaires n’a jamais dépassé 5 % sur la période récente, et s’est effondrée en deux ans.

ExercicePart de l’Europe dans le chiffre d’affaires d’ASML
20222 %
20234 %
20245 %
20251 %
1er et 2e trimestres 20260 %

Le problème n’est pas le carnet de commandes

Le chiffre ne traduit aucune difficulté commerciale. ASML a déclaré 9,3 milliards d’euros de ventes nettes et 2,9 milliards d’euros de résultat net au deuxième trimestre 2026, avec une marge brute de 54,0 %, au-dessus de ses propres prévisions, et son directeur général Christophe Fouquet indique dans le communiqué de résultats que « la prise de commandes est restée extrêmement forte au premier semestre ». Le diagnostic de Heemskerk porte donc sur un point précis : « Il n’y a tout simplement aucune demande ici pour ce type de machines très spécialisées. C’est cela le problème. » Selon le quotidien économique sud-coréen Seoul Economic Daily, la Corée du Sud a été le premier débouché du groupe au premier semestre 2026, devant Taïwan et la Chine.

Subventionner l’offre ou organiser la demande

La demande d’ASML déplace le terrain de la politique industrielle européenne. Jusqu’ici, l’Union a surtout financé la construction d’usines. Heemskerk réclame l’inverse : « Au-delà d’essayer d’attirer des investissements avec du capital du côté de l’offre, nous devrions en faire beaucoup plus pour créer de la demande. » Il dit en discuter avec la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et vise les clients des clients d’ASML, c’est-à-dire les industriels européens qui achètent des puces : « Nous devons faire en sorte que certains de ces acheteurs recommencent à parler beaucoup plus étroitement avec les fabricants européens. Dans des domaines comme l’intelligence artificielle pour l’industrie, par exemple, il reste de nombreuses occasions que l’Europe peut saisir. Mais il faut organiser cela collectivement. »

Le Chips Act de 2023 déjà jugé hors d’atteinte

Le Chips Act européen, adopté en 2023, visait à porter à 20 % la part de l’Union dans la valeur mondiale des semi-conducteurs d’ici 2030. Dans un rapport spécial publié en 2025, la Cour des comptes européenne a jugé cet objectif très improbable et prévoit une part d’environ 11,7 % en 2030, faute d’investissements suffisants dans de nouvelles usines. Le texte est en cours de révision. Les aides à l’offre n’ont pas non plus retenu Intel, qui a abandonné son projet allemand. Heemskerk prévient que son entreprise, elle, devra produire ailleurs : « Nous devons accroître la production, et nous ne ferons pas tout cela aux Pays-Bas. La concurrence est féroce pour nous attirer ailleurs. » Les États-Unis, la Chine et l’Inde courtisent le groupe.

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Une alerte à relativiser sur les puces matures

Tom’s Hardware relève que le dirigeant est peut-être trop pessimiste : l’Europe conserve des positions dans les puces matures, l’automobile et l’électronique industrielle, des segments qui ne réclament pas de lithographie à ultraviolets extrêmes. C’est précisément la limite du chiffre de 0 % : il mesure l’absence d’usines de pointe sur le continent, pas la santé de toute la filière européenne. Mais il vient de l’entreprise qui, seule, vend l’outil sans lequel aucune usine de pointe n’est possible.

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