Le conseil des ministres indien a approuvé le 4 novembre 2026 une aide publique de 14 500 crores de roupies, environ 1,41 milliard d’euros, pour faire construire 92 GWh de stockage d’électricité raccordé au réseau. Ces 92 GWh équivalent à 170 % du parc déjà installé dans le pays, mais à 22 % seulement des 411 GWh dont l’Inde dit avoir besoin d’ici l’exercice 2031-2032. Et les deux tiers des capacités financées n’iront pas aux batteries.
14 500 crores de roupies pour moins de 15 % de la facture
Le dispositif, baptisé Viability Gap Funding, comble l’écart de rentabilité de projets qui ne sont pas encore mis en service. Selon le communiqué du bureau du Premier ministre indien, repris le 6 novembre 2026 par pv magazine, il court sur cinq exercices budgétaires, de 2026-2027 à 2030-2031. L’investissement total attendu des porteurs de projets est chiffré à 97 600 crores de roupies, soit environ 9,5 milliards d’euros. L’argent public ne couvre donc qu’un peu moins de 15 % du coût annoncé : le reste devra venir des développeurs. Les capacités seront attribuées par appels d’offres tarifaires concurrentiels, ouverts aux distributeurs d’électricité publics comme privés.
60 GWh de pompage contre 30 GWh de batteries
La répartition annoncée dit où va réellement l’argent. Les stations de transfert d’énergie par pompage captent 60 des 92 GWh, les batteries 30 GWh, et les technologies dites alternatives 2 GWh. Autrement dit, près des deux tiers du programme financent de l’hydraulique, filière lourde en génie civil et dépendante du relief, et un tiers seulement les batteries que les gestionnaires de réseau installent en quelques mois. Le communiqué ne justifie pas cet arbitrage et ne détaille pas la durée de décharge attendue de chaque catégorie.
| Catégorie soutenue | Capacité visée | Part du programme |
|---|---|---|
| Stations de pompage | 60 GWh | 65 % |
| Batteries | 30 GWh | 33 % |
| Technologies alternatives | 2 GWh | 2 % |
| Total | 92 GWh | 100 % |
170 % du parc existant, 22 % du besoin de 2032
Les deux chiffres qui donnent la mesure du plan figurent dans le communiqué officiel. Les 92 GWh visés représentent 170 % de la capacité de stockage déjà raccordée au réseau indien : le pays s’apprête donc à presque tripler son parc. Mais le même gouvernement évalue le besoin national à 411 GWh de stockage raccordé à l’horizon de l’exercice 2031-2032. Le programme approuvé le 4 novembre couvre ainsi environ 22 % de cet objectif, à un an de l’échéance. Rien n’indique, dans les documents publiés, comment les 319 GWh restants seraient financés.
40 % de contenu local imposé aux projets de batteries
Les projets de batteries devront respecter une exigence de contenu local d’au moins 40 % pour être éligibles. Selon le gouvernement, cette condition va « encourager la fabrication nationale, créer des opportunités pour l’industrie indienne ». La contrepartie est connue des industriels : une part minimale de fabrication domestique restreint le recours aux cellules importées, dans un marché où les prix des accumulateurs sont fixés hors de l’Inde. Le communiqué n’indique ni la méthode de calcul de ce taux, ni les composants concernés, ni le mécanisme de contrôle.
Ni barème par MWh, ni date d’appel d’offres
Plusieurs éléments décisifs manquent à l’appel. Ni le communiqué officiel ni ses reprises de presse ne publient le barème d’aide par MWh ou le plafond de subvention par projet, deux paramètres qui déterminent la rentabilité des offres. Aucun calendrier d’appel d’offres n’est daté, alors que le programme est censé commencer sur l’exercice 2026-2027. Enfin, le montant de 14 500 crores de roupies est celui du titre du communiqué du bureau du Premier ministre : d’autres reprises de presse indiennes ont cité un montant plus élevé, que le texte officiel ne confirme pas. Tant que le barème n’est pas publié, le volume réellement construit restera une inconnue.
